10 bougies pour la Saga du Rhum

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Nous avons eu le plaisir, ce week-end, de rencontrer des personnes militantes qui ont mis leur talent au service d’un événement spécial. Nous fêtions en effet les 10 ans de la Saga du Rhum, le musée de Saint-Pierre dédié au rhum réunionnais.

Ce lieu culturel, unique en son genre, a été financé par la SPL Réunion des Musées Régionaux et par les 3 Distilleries de rhum de La Réunion : Isautier (groupe Isautier), Rivière du Mât (groupe COFEPP- La Martiniquaise), et Savanna (groupe Chatel).

Tous avaient en mémoire celle qui est à l’origine de ce lieu magique et de la renaissance du rhum réunionnais : Danielle Lenormand emportée par la maladie trop tôt. Jérôme Isautier, le patron du groupe ISAUTIER, n’a pas manqué de lui rendre hommage. Elle aurait été fière du remarquable travail muséal réalisé à l’occasion de ce dixième anniversaire.

Le génie du photographe et scénographe Axel Ruhomaully, de l’agence Meta-Morphosis, et les tirages de Bernard Lorion ont permis de sublimer les racines industrielles et mécaniques de la production de rhum réunionnais. « On se sert de l’art pour créer de belles histoires et générer de la fierté » déclare Axel Ruhomaully. Ses photos incroyables, fruit de nombreuses heures de travail sur la lumière sont sublimées par le tirage réalisé par cet artisan de génie qu’est Bertrand Lorion (Sud Diazo), dans un des dix ateliers français labellisés par le prestigieux groupe Canson et basé à Saint-Pierre (*proudly réunionnais).

Leur association avec plusieurs artistes locaux (Nicoletta Bedan, Sandrine Collet, Dominique Dorla, Hugo Torgemen et Géraldine Gabin) aura également vu la naissance d’une série d’œuvres créant un pont entre l’héritage patrimonial que représente le rhum à La Réunion et la profonde modernité de sa renaissance dans un contexte de santé publique exacerbé par une volonté collective de lutter contre les ravages de l’alcoolisme.

« Au fil du parcours aménagé, en hommage aux voyages au long cours, dans l’esprit d’une cale de bateau (à partir de palettes en bois recyclées), se succèdent différents éclairages artistiques et didactiques sur le patrimoine technique et humain issu de l’histoire du rhum réunionnais », nous explique Laure Testart, la chargée de communication de l’exposition.

À occasion exceptionnelle, cadeau exceptionnel. Outre cette exposition  qui se tiendra du 18 février au 3 avril, la Saga du rhum, sous la houlette de sa directrice Nathalie Hoareau et de l’ethnologue Emilie Carpaye ont édité un superbe recueil de 56 pages, intitulé Secrets de rhum. Ce catalogue d’exposition devrait être le premier d’une longue série de travaux scientifico-culturel sur l’histoire et le présent du rhum à La Réunion, mais aussi dans l’océan Indien et dans le monde.

Cerise sur le gâteau, Ian Burrell a fait le déplacement à La Réunion, pour mieux faire connaissance avec les rhums de La Réunion, qu’il a avoué découvrir. Pour ceux qui ne le connaissent pas, l’individu, originaire de la Jamaïque, est l’un des experts mondiaux façon œnologue du rhum. Son compatriote Usain Bolt, jeune retraité des pistes d’athlétisme, a même fait appel à lui pour travailler sur la carte de ses prochains restaurants.

Alors amateur d’alcool ou pas, je ne peux que vous engager à aller visiter cette exposition à la Saga du Rhum à Saint-Pierre. L’entrée de la salle d’exposition se fait indépendamment du musée et est gratuite. En outre, et on doit le souligner, la Saga du rhum est un des rares musées réunionnais à être bienveillant avec les personnes porteuses de handicap puisque tout est fait pour les accueillir et faciliter leur visite. Ainsi, les films de présentation des distilleries et du processus de fabrication du rhum projetés en parallèle à l’exposition sont doublés en langue des signes. Il est dommage que ce soit encore si rare qu’on doive s’en réjouir lorsque c’est le cas… Merci pour cet engagement.

Quelques rappels techniques sur le rhum (à consommer avec modération car l’abus d’alcool est dangereux pour votre santé et celle de vos proches)

Comme les réunionnais le savent, le rhum est une eau-de-vie obtenue par fermentation puis distillation de jus de canne à sucre, de sirop de canne à sucre ou de mélasse. La France a fait reconnaître au niveau européen puis international le rhum traditionnel des DOM. Si seul le rhum de la Martinique dispose d’une Appellation d’Origine Contrôlée (AOC), les rhums ultramarins, y compris celui de La Réunion relèvent du régime des indications géographiques protégées (IGP). Sur la base de cette règlementation française stricte, le rhum est dit « agricole » s’il est issu directement du jus de canne à sucre (le vesou, la qualité premium, notamment pour les vieux rhum). Il est dénommé « rhum de sucrerie » s’il est produit à partir du sirop ou de la mélasse et on l’utilise notamment pour les mélanges de type rhums arrangés. Enfin, le « rhum grand arôme » est distillé suite à la fermentation prolongée d’un mélange de vinasse et de mélasse. Ce produit caractérisé par la puissance de son arôme est notamment employé en pâtisserie et en cuisine. Dans le reste du monde, l’essentiel des rum (tradition anglaise) ou ron (tradition espagnole) sont issus de la fermentation de la mélasse, avec parfois des mélanges de plusieurs rhums (comme on le fait avec certains whiskys). Comme vous pourrez le découvrir à la lecture du catalogue de l’exposition, La Réunion a une longue histoire avec le rhum puisqu’on y faisait du rhum bien avant de faire du sucre. Mais on aura l’occasion de revenir sur ces pages de l’histoire réunionnaise.

Plus d’infos sur www.sagadurhum.fr

 

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