Avec Anny Grondin, le conte est bon

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Depuis « Kriké Kraké », une émission de contes qui passait à la télé, Anny Grondin a fait son bout de chemin tout en ne perdant pas de vue son amour des histoires. Attachée à la littérature orale, elle essaie de la transmettre aux grands comme aux petits.

Anny Grondin, quand on entend votre nom, on l’associe à « Kriké Kraké », ce qui nous ramène dans les années 90, qu’est-ce qui a gardé votre amour du contact intact ?

Ce sont tous ces gens qui se déplacent encore pour écouter des histoires, il y a aussi tous ceux qui ont suivi le stage « Rakontèr zistoir » organisé par l’Udir (l’Union pour la défense de l’identité réunionnaise). Et puis, il y a eu plein de projets qui ont gravité autour du conte. Il y a eu une formation de contes à Madagascar, la collection de livres de contes « Dans mon soubik » lancée par l’association Solidarités et cultures d’Irène Stojcic. Elle est docteur et elle a également proposé d’autres projets tels que des livres sur les thèmes de la leptospirose, la violence faite aux femmes ou encore l’asthme. Et puis, il y a eu plus récemment « Digdig mon bertèl » des contes de La Réunion des Comores un projet auquel j’ai participé avec Sully Andoche et Mounawar. Cependant, je trouve dommage que les espaces où raconter soient restreints.

Le conte vous anime, mais que préférez-vous l’écriture ou le « rakontaz » ?

Le rakontaz. J’aime bien les choses éphémères. J’ai toujours eu peur d’écrire, je m’en suis libérée, mais je ne me considère pas écrivaine.

Au Zinzin, le restaurant de la famille Pounia dont vous faites partie, vous proposez des soirées contes, y-a-t’il réellement un public pour ce genre de spectacle ?

Un public n’est jamais acquis, mais le fait d’instaurer un rendez-vous régulier ça créait une attente. Au départ quand les soirées contes « Marmit zistoir » ont été lancées à Saint-Denis, il n’y avait pas trop de monde et puis les contes sont sortis des lieux savants (écoles ou bibliothèques) pour se retrouver aussi dans l’espace public et c’est une bonne chose, mais rien n’est gagné.

Avec l’Udir, vous proposez des stages d’initiation au conte, les ateliers « Rakontèr zistoir », comment sont-ils nés ?

C’est né de cette frénésie de transmettre qu’avait Daniel Honoré, il ne voulait pas que des pans de la littérature orale se perdent.

Vous avez formé plus de 300 personnes au conte en dix ans, la disparition de Daniel Honoré met-elle un terme à ces ateliers ?

Non, ce n’est pas ce qu’il aurait souhaité. Il y aura une autre session, on ne sait pas encore sous quelle forme, mais elle se fera. Cependant, le budget diminue ce qui met en péril ce genre de formation. Pour la formule que nous proposons, nous ne demandons pas de gros budget, mais cela nécessite beaucoup de travail de notre part.

Un moment de plaisir partagé

Qu’est-ce qu’on y apprend ?

Dans ce stage, on apprend à se connaître sous une autre facette. Il y a des gens qui se révèlent. On casse la honte et c’est important dans la vie de tous les jours. Et puis on apprend des histoires. Au-delà du conte les gens sont contents de partager ce moment en commun. C’est un moment partagé de plaisir, on apprend à connaître les gens et à les aimer. Les gens prennent des risques, mais il ne sont pas jugés. Il y a de la solidarité qui se créé, on s’encourage et on se soutient. Nous autres formateurs nous redécouvrons des histoires et d’autres façons de les restituer. Cela nous enseigne que nous avons notre grain de sel à apporter dans la transmission de la littérature orale.

Comment êtes-vous venue au conte ?

Quand j’étais petite, il y avait une dame du nom de Jacqueline Moutal qui nous contait des histoires à mes sœurs, mon frère, mes cousines, mes cousins, d’autres marmailles et moi. C’est elle qui m’a donné le goût des contes.

Admirez-vous des conteurs ?

Ma conteuse préférée, c’est Shéhérazade. Mais elle est fictive. Alors j’aime aussi Sully Andoche, Jean-Bernard Ifanohiza, Mimi Barthélémy, Salim Hatubou et Praline Gay-Para.

Quelle place devrait prendre le conteur notre société actuelle ?

Aucun en particulier. Mais il ne doit pas disparaître. Le rôle du raconteur a changé, avant c’était un « casseur les cuits » qui détendait tout le monde en fin de journée. C’était une personne ordinaire qui travaillait. Il avait un don. Maintenant le statut a changé, le « rakontèr » s’est intellectualisé, il est devenu un artiste.

Quelle est la fonction du conte ?

Il donne des leçons de vie, des gardes-fous, mais ce sont aussi des repères sur une société. Il est à noter que les femmes sont plutôt absentes des contes créoles et que quand elles y apparaissent ce n’est pas très flatteur, il y a en effet Mme Desbassyns et Grand mère Kal. Cela nous montre une société issue de l’esclavagisme et qui véhicule encore les valeurs de cette époque.

Quel conseil auriez-vous pour de jeunes conteurs ?

Racontez le plus possible, même si c’est une histoire devant la famille, car plus on raconte un conte, plus on le patine et plus on prend du plaisir à le raconter. Au départ, ça sera un peu douloureux de le faire, mais on peut très bien imaginer raconter à plusieurs, ça permet d’acquérir de l’expérience. Il faut aussi trouver des espaces bienveillants. Il ne faut pas tout de suite se lancer dans une heure de conte. Et puis, il ne faut pas croire que les enfants sont le public le plus facile. Et puis, il faut surtout travailler et bien se préparer pour maîtriser son histoire.

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