Axel Ruhomaully célèbre la mémoire et le savoir-faire des métiers

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Parmi ses oeuvres phares, on remarque une Norton de 1939, la moto de Che Guevara photographiée à Cuba à l’issue d’une rencontre avec son fils ou encore, le saxophone d’Adolphe Sax exposé au Musée des Instruments de Musique à Bruxelles… Recueillir la mémoire du patrimoine étant le principe conducteur de son travail, quoi de plus logique que soit revenu au photographe belgo-mauricien la mise en place de l’exposition anniversaire des 10 ans de la Saga du Rhum, en février dernier.

 

Pour rappel, la Saga du Rhum répond à l’ambition des trois distilleries réunionnaises que sont Isautier, Savanna et Rivière du Mât, de mettre en lumière un savoir-faire pluri-centenaire dont elles sont héritières, celle de la production de rhum… Situé au cœur de la plus ancienne distillerie familiale de l’île, celle d’Isautier à Saint-Pierre, le site qui invite au voyage historique, culturel et sensoriel a ouvert ses portes voilà 10 ans, en 2008. Et c’est au photographe Axel Ruhomaully, basé à Maurice, co-fondateur de l’agence d’ingénierie culturelle Meta-Morphosis qu’est revenu de créer l’exposition ayant marqué la date anniversaire de sa première décennie d’existence. « Je me suis inspiré de l’exposition « Cité mécanique » organisée par Meta-Morphosis à Maurice dans le cadre des Journées du Patrimoine de 2017, pour proposer le concept appliqué à l’univers du rhum… et ça a plu », sourit Axel.

Après Saint-Pierre, Rivière du Mât, pourquoi pas Maurice…
Pas moins de 300 000 visiteurs ont pu apprécier au gré d’un parcours didactique, l’histoire du patrimoine technique et humain réunionnais, associée à celle du rhum, depuis l’ouverture du site patrimonial. Et sont repassés, gratuitement, par les mêmes portes entre les 16 février et 3 avril pour découvrir les composantes de l’exposition anniversaire, Secrets de Rhum. Superbe série de photographies d’art sur les symboles forts de l’industrie du rhum, signées d’Axel Ruhomaully, interviews issues de témoignages diffusés en boucle, implication de cinq artistes réunionnais – Sandrine Collet, Dominique Dorla, Hougo Torgemen, Nicoletta B. et Géraldine Gabin – chargés de transformer des objets industriels abandonnés en œuvres d’art, ainsi que l’édition d’un livre pour concrétiser un important travail de mémoire ont constitué les grands axes de cette exposition. Laquelle a vocation à être itinérante. Après son implantation sur le site de la distillerie de Rivière du Mât jusqu’au 15 juin, pourquoi pas Maurice dans un avenir proche… L’idée n’est pas exclue si toutes les contraintes liées à son déplacement peuvent être solutionnées laisse entendre le photographe.

Aux alentours de 200 coups de flash pour détacher l’objet sur fond noir

Si l’achèvement de l’exposition de Secrets du Rhum a signé pour son concepteur la fin d’une belle aventure avec Meta-Morphosis, il correspond aussi à son envie de revenir à ses premiers amours, la photo, tournée vers un seul objectif : valoriser, préserver la mémoire du savoir-faire, des lieux et des objets d’exception, qu’ils soient conservés et exposés ou oubliés. Pour ceux qui l’ignorent, la patte d’Axel est identifiable à ces points immuables : parti est pris de toujours photographier le sujet de face, avec une focale de 50 mm (la plus proche de l’œil humain) par le biais d’un minutieux travail de lumière en mode ‘clair-obscur’. Son procédé photographique consiste à déclencher l’appareil par créer un fond noir et, par une série de coups de flash successifs (entre 200 et 250) de révéler le sujet, sa matière et ses couleurs et aboutir, à ce qu’il nomme, des images en ‘pochoirs de lumière’. Comme pour le bateau en cale sèche de l’exposition « Cité mécanique », certaines prises de vue exigent jusqu’à 8 heures de travail.

Tirées sur Canson, numérotées et certifiées

Pour photographier ce qui le séduit, Axel saute autant que possible dans un avion… pour aller à la rencontre d’un objet, repéré et exposé dans un musée lointain et mis à sa disposition le temps de la prise de vue par la direction. Mais il fait aussi de nombreux déplacements sur La Réunion pour une toute autre raison : se concerter avec son binôme, Bertrand Lorion, un artisan ‘tireur d’images d’art’, dont le laboratoire à Saint-Pierre est certifié par Canson, fabricant de papier d’art depuis 1557. Tous les tirages du photographe – numérotés et livrés avec certificat – sont, en effet, réalisés par les soins exclusifs d’un des gérants des 10 labos certifiés Canson, en France. Et, si la prise de vue d’une seule image peut durer jusqu’à 8 heures, la fabrication du tirage (imprimé sur papier coton Etching Rag 310 gr, contre-collé sur plaque d’aluminium de 2mm et encadré en caisse américaine) peut exiger jusqu’à 2 jours de manipulation…

Outre traquer des pièces de collection des musée, Axel creuse la veine d’une nouvelle approche de son travail en photographiant un tout autre type d’objets, la sculpture. Outre sa collaboration avec le sculpteur Pierre Matter, basé en métropole, celle qu’il a nouée avec le Réunionnais DIGEMA, un artiste créant à partir d’écrous martelés, donnera lieu à une exposition photo en octobre à La Réunion. Ouvrez l’œil…

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