Briice Liie : la scène, la scène…

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Brice Langevillier est né au Port il y a 35 ans et vit désormais à Dos d’Âne, dans les Hauts de la Possession. Passionné par l’humour sous toutes ses formes et par la scène, « Briice Liie » se lance aujourd’hui sur les planches, façon Stand Up, un des rares à se coller à cet exercice des plus délicats…

Comment l’humour est-il entré dans ta vie ? Te souviens-tu du moment précis où tu t’es dit « je veux faire de la scène un jour ! » ?

Je ne vais pas être très original mais je pense que c’est un peu comme tous les humoristes… Depuis très jeune, je reprenais les sketches et spectacles de Thierry Jardinot, Sully Rivière et compagnie ; je faisais beaucoup d’imitations, je me rappelle d’ailleurs que j’imitais plutôt bien Angelo Lauret, l’ancien président de la Chambre d’agriculture. Tout cela faisait beaucoup rire mon entourage et je me suis mis à faire des petites scènes lors de manifestations dans mon quartier de Dos d’Âne : fête des mères, etc… Puis, j’ai tout arrêté.

Quelques années plus tard, il y a six ans environ, j’ai entendu dire que Ludovic Pirrazzoli de Radio Réunion 1ère organisait un concours d’humoristes. J’ai donc pensé à ma défunte mère qui m’avait toujours poussé à persévérer dans cette voie, elle me disait souvent « Tu devrais aller voir Thierry Jardininot pour faire rire les gens !”. J’ai saisi ma chance et me suis rendu au casting qui se déroulait dans un restaurant. Thierry Jardinot était de passage à la radio pour un concours d’humoristes. Depuis ce jour-là, l’humour est entré dans ma vie et n’en est pas sorti. J’ai rencontré d’autres gars comme moi, certains sont devenus des amis, nous avons formé les Komiks Associés et je travaille aussi de mon côté pour mes sketches et spectacles à venir.

« Ce que tu racontes, c’est ce que tu as vécu, alors pourquoi tu te déguises ? »

En 5 ans, comment a évolué ta carrière d’humoriste ?

Au début, je jouais beaucoup de personnages différents à l’image de Jardinot (ndlr. : encore lui !). Mais, il y a 2 ans, j’ai découvert le Stand Up alors, j’écris beaucoup, des sketches essentiellement. Je me sens bien mieux dans cet univers parce que c’est moi. J’aimais faire les personnages mais ils ne me représentaient pas du tout, ils n’étaient que des masques que j’empruntais. J’ai véritablement eu le déclic du Stand Up grâce à Shirley Soignon lors de son passage dans l’île. Après avoir vu un de mes sketches, elle m’a posé une question simple : « ce que tu racontes, c’est ce que tu as vécu, alors pourquoi tu te déguises ? ». Je jouais à l’époque un personnage féminin du nom de Bégonia et je me suis dit que je n’avais pas besoin de me déguiser en femme pour faire rire les gens, d’autres femmes le font très bien ! Après, si c’est pour faire une petite vidéo ou un délire entre potes, je peux me déguiser, ce n’est pas un problème mais pour mes sketches de spectacles, je préfère être moi-même, au naturel, authentique devant le public. Avec les Komiks Associés, nous continuons de travailler aussi, j’y ai une place « d’ambianceur » où je présente mes amis sur scène et joue des petits sketches. Le groupe est formé de cinq personnes : Kay, Yohann, Pascal, Titi et moi. Chacun a une spécialité, l’un est animateur de profession, un autre musicien donc chacun apporte un peu ce qu’il sait faire et nous mettons tout en commun pour en faire un spectacle aussi fluide que possible.

« Je ne suis pas un conteur « kriké kraké » non plus, mon créole n’est pas très élaboré, c’est du français à la sauce carri ! »

Concernant tes propres sketches, quels sont tes thèmes de prédilection et les sujets tabous ? Dans quel type d’humour es-tu ?

Je n’ai pas de thèmes de prédilection à proprement parler. Justement, dans mon dernier spectacle, Come from Dos d’Âne, il y a de tout ! La femme, le respect de cette dernière surtout, les croyances locales, le Maloya… plein de thèmes divers et variés. J’aime bien parler de mon quartier de Dos d’Âne et des a priori que les gens ont sur les habitants des Hauts de l’île. Pour mes vidéos sur Facebook, je choisis un thème pour la journée qui peut être d’actualité ou pas, au gré de mon humeur… La période des Gilets Jaunes a donc été une source intarissable d’inspiration pour moi. Difficile à caser mais je peux dire que je ne suis pas du tout dans l’humour noir, je ne fais pas dans l’humour méchant. Je me prends d’abord en dérision avant de m’attaquer aux autres dans mes sketches. Sur scène, je ne suis jamais vulgaire ou injurieux. Il y a une chose que j’aime bien c’est faire rire les gens avec des sujets qui ne le sont pas forcément à la base. Par exemple, j’ai un sketch où je plaisante avec M. Clain, le djihadiste réunionnais… Sinon, j’aimerais bien dans de futurs sketches, m’attaquer à la politique, à ma façon, bien sûr.

« On m’a souvent reproché qu’il me serait difficile d’exporter mon spectacle en métropole parce que je parle créole dans mes sketches mais je ne peux pas chasser le naturel, cette langue fait partie intégrante de moi »

Quelle place tient La Réunion et la langue créole dans tes spectacles ?

Dans mes spectacles, je parle de ce que je connais vraiment, donc mon île de La Réunion tient toute la place dirons-nous. Le fait de parler créole dans mes sketches m’est naturel aussi. On m’a souvent reproché qu’il me serait difficile ensuite d’exporter mon spectacle en métropole parce que je parle créole dans mes sketches mais je ne peux pas chasser le naturel, cette langue fait partie intégrante de moi. S’il faut faire mes sketches 100% en langue française, ce n’est plus moi. Mon responsable métropolitain, installé à La Réunion depuis deux ans, est venu voir mon spectacle et m’a confié qu’il avait tout compris. Je pense que le créole est avant tout une intonation, une façon de penser et de s’exprimer qui est particulière ; une fois que l’on a saisi cela, elle est suffisamment proche du français pour que n’importe quel francophone s’y retrouve. Je ne suis pas un conteur « kriké kraké » non plus, mon créole n’est pas très élaboré, c’est du français à la sauce carri ! Et puis, j’aime la mélodie, le débit de la langue créole. Ce que tu dis pour faire rire en créole ne fait pas forcément rire en français.

Ton rêve serait-il de pouvoir vivre un jour de ta passion : la scène ?

Clairement, oui. En tout cas, je souhaite vivre de l’humour dans toutes ses ramifications, qu’il s’agisse d’écrire pour moi, pour les autres, ou de mettre en scène… J’aime la scène et tout son univers : le jeu, les silences, les regards, les positions du corps, l’élocution…

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