Enilorac le caméléon

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Dire de Jean- Noël Enilorac qu’il est un boulimique est un doux euphémisme. Il n’arrête jamais. Une passionnante et dévorante boulimie. Photographique. Magicien de l’émulsion, rencontre avec cet artiste hors du commun.

Il figure parmi l’un des rares à travailler encore en argentique. Diplôme de l’école des Beaux-Arts en poche, Jean-Noël Enilorac n’a pas hésité à franchir l’océan pour aller se confronter aux difficultés du métier du haut de ses vingt ans. Il a ainsi pu exercer ses talents sous de multiples facettes, à Aix-en-Provence pour photographier les enfants dans les supermarchés, travailler pour le comité d’entreprise d’EDF. « C’est sûr, quand tu idéalises le métier, tu ne te vois pas shooter des marmailles dans les centres commerciaux. Tu retrouves très vite la dure réalité du métier. Mais cela m’a permis d’acheter ma première voiture. Et surtout d’apprendre encore et encore » confie Jean-Noël.

De retour sur son île natale, il travaille pour l’association Com Titans au Port pendant quatre ans avant d’exercer ses talents pour l’agence Mozaik Images, département photo de Métis.

Freelance, il photographie aussi bien pour la mairie du Port, la CIVIS que la Cinor.

Plus tard, photographe pour le Femme Mag du JIR, il peaufine sa technique du portrait pendant trois ans auprès de la gent féminine.

Influences multiples

Photographe officiel du Kabardock durant treize années au Port, il s’initie à la photo de spectacle qu’il affectionne particulièrement. L’accès aux loges, aux coulisses lui permet d’avoir un autre regard.

Il travaille alors pour le Sakifo, le Leu Tempo festival, Danse en l’R et Opus Pocus. Une expérience enrichissante qui lui apporte une certaine reconnaissance.

Les influences photographiques de Jean-Noël sont multiples. Admiratif du travail de Cartier Bresson pour son sens de l’esthétique et du cadrage, il voue une admiration à nulle autre pareille pour la démarche artistique de Sebastião Salgado dans ses reportages noir et blanc au long cours sur la condition humaine dans le monde.

Il est aussi séduit par la photographe américaine Nan Goldin et son approche intimiste, sa gestion de la couleur si particulière dans le traitement de ses sujets.

William Klein avec son ouvrage New York a aussi sa préférence : « J’aime chez lui son engagement photographique et corporel. Il ne cherche pas la perfection mais s’attache à créer des émotions » confie le photographe réunionnais.

Bien de consommation

Jean-Noël se revendique comme un enfant de BKL (Jean Bernard, Karl Kugel et Bernard Lesaing) qui ont initié tant de photographes réunionnais à la photographie dite sociale. Un autre regard auquel Jean-Noël ne fut pas insensible. « Je n’ai pas travaillé directement à leurs côtés, lorsque j’étais aux Beaux-Arts. Mais à travers l’expérience de René Paul Savignan, Philippe Gaubert et Nathalie Vechot, mes trois dalons de l’époque, j’ai su capter cette énergie, ce dynamisme qui les animait. Ce n’est que plus tard à Aix-en-Provence que j’ai eu l’occasion de côtoyer Bernard Lesaing, avec qui j’ai particulièrement pu apprécier cette philosophie du reportage social. Je m’inscris aujourd’hui dans cette lignée, même si je trouve que c’est de plus en plus dur de travailler autour de cet axe. »

Aujourd’hui, Jean-Noël, spécialisé dans le mariage, les portraits de famille, et la photographie de spectacle, diversifie ses activités photographiques avec notamment la vidéo, qui a sans conteste permis à nombre de photographes d’élargir leur champ de vision. Et Jean-Noël n’échappe pas à la règle. « Ce qui a changé dans l’approche du métier, c’est que le champ d’investigation et les budgets se sont considérablement restreints. Face à ce déferlement d’images avec l’avènement du numérique, on a gagné en quantité, laissant de côté la qualité. Alors si je suis pour une meilleure accessibilité autour du numérique, je pense que l’on a perdu cette culture de l’image. Elle est devenue un bien de consommation, un produit low cost » confie Jean-Noël, dubitatif.

Alors où se situe la place de l’artiste face au foisonnement de toutes ces images véhiculées ?

« J’ai un parti pris. Je l’assume. J’essaye de vendre ma vision de la photographie. Et c’est ce qu’apprécient et recherchent certains clients qui me font confiance.

Le métier de photographe tel qu’on l’a connu est en voie de disparition. On est dans l’instantané. Le métier évolue vite, très vite. On ne peut pas lutter contre cela. Il faut savoir s’adapter. Je crois plus en l’avenir de la vidéo. Il y a encore une petite marge. Mais c’est l’évolution logique du marché. On ne peut pas aller contre. Mais ce n’est pas pour autant que je vais baisser les bras. En 26 ans de métier, pas une fois en me levant le matin, je me suis posé la question de savoir si ce que je fais ne me correspond pas. Je fais ce que ce j’aime. C’est une chance. C’est ce qui me fait tenir » conclut, le regard amusé, Jean-Noël Enilorac.

Un artiste qui s’expose

Diplômé de l’école des Beaux-Arts de la Réunion du Port, il débute
à 22 ans un travail photographique et vidéo sur « L’être et le paraître
au travers de l’autoportrait » qui donnera vie à de diverses expositions :
 « Rencontre africaine de Bamako » Mali (1996), « Rencontre internationale
de la photographie d’Arles en off » Arles (1998), galerie en art contemporain
Sextius, Aix-en-Provence (1999), 10 ans de l’artothèque de la Réunion, 
Saint-Denis (2001), exposition « IMAGES/IMAZ », le Port Réunion (2003).

En 2000, il illustre la revue AKOZ espace public sur le thème du créole.

En 2002 et 2006, il est lauréat de la bourse FIACRE d’aide individuelle à la 
création. DRAC Réunion.

En 2003, il participe à l’exposition « Lieux-imprévus » organisée 
par le musée Léon-Dierx où il effectuera un travail in situ dans 
la rue piétonne Maréchal Leclerc en proposant aux  passants de marcher et
de rouler sur des photographies noir et blanc contrecollées sur plaque 
d’aluminium à même le sol.

Dans la même année, il expose aux rencontres africaines de Bamako au Mali. 
En 2004, il expose avec un collectif de photographes réunionnais au salon 
international du livre de Genève en Suisse.

À la même époque, il devient photographe de concert pour la salle de concert 
du Kabardock et par la suite, pour le festival de musique Sakifo.

En 2006 il reçoit une bourse d’aide à l’écriture de scénario de court 
métrage de fiction, ADCAM réunion.

De 2007 à 2010, il devient le photographe du magazine Femme Magazine. 
Dans le cadre de ce travail, il réalise des portraits de femmes et des 
reportages sur la vie réunionnaise.

En 2009, il débute la réalisation d’un livre photographique en noir & blanc 
sur le paysage à l’île de la Réunion : « Frontière du réel » qui se veut un 
manifeste pour un paysage contemporain à l’île de la Réunion.

En 2010, il réalise l’exposition « Du zanzi au Zanzibar café », 
reportage photographique sur la vie quotidienne d’un bar du centre-ville 
de Saint-Denis.

En 2011, il expose au Café de la danse, Paris. Une série de photographie de 
Concert.

- Exposition collective dans le cadre de l'anniversaire d’Emmaus.

En 2012, il expose le projet « la photo de la semaine » à l’Hôtel de 
Ville de Saint-Denis, Réunion.

En 2013, il expose le projet « Kart Postal » sur les 4X3 de la ville de 
Saint-Denis. En 2014, il expose le projet « Ligne blanche » dans 
le cadre des Journées du patrimoine.
© Crédits photo :Pierre MARCHAL

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