Éric Étangsalé ou l’artiste qui souhaitait révéler le peuple réunionnais

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Oui, « Étangsalé » est le véritable nom de famille d’Éric, jeune quadragénaire originaire de Saint-Pierre. Au-delà de son statut d’artiste, l’homme est un visionnaire doublé d’un rêveur aux pieds bien ancrés sur Terre, et il compte bien mettre sa pierre à l’édifice d’un éveil positif de la société réunionnaise toute entière…

Quel a été votre tout premier contact avec le dessin et comment est-il devenu votre passion ?
Petit, je prenais des magazines et reproduisais les dessins que je voyais au crayon puis, je me suis attaqué aux portraits. Ensuite, à l’adolescence, je peignais sur des tee-shirts. Pendant toute ma scolarité, je me rappelle avoir toujours dessiné. J’ai toujours ressenti des émotions particulières en regardant les simples choses de la vie. Mais je me suis véritablement mis au dessin assez tardivement, car une autre de mes passions me prenait le plus clair de mon temps lorsque j’étais plus jeune : le basket. N’aimant pas trop me disperser, j’ai donc privilégié le sport au détriment du dessin, et ce n’est qu’une fois adulte et mes capacités physiques et athlétiques réduites, que je me suis réellement plongé dans l’art qui est le mien aujourd’hui. En 2014, j’ai eu comme un déclic artistique ; depuis, je passe le plus clair de mon temps à peindre.

Comment avez-vous compris que vous étiez doué pour le dessin ? Quelle part portez-vous à l’inné et à l’acquis ?
Je me rappelle qu’un jour, au collège, j’avais dessiné sur une feuille A3 quelques personnages emblématiques des dessins animés de Marvel. À la vue de ce dessin à peine achevé, un ami m’a de suite proposé la somme de vingt francs en échange de celui-ci. Plus tard, j’ai réalisé avec des amis des fresques derrière le Mac Do du Tampon : Le Che, Jimmy Hendrix, Bob Marley et Jim Morrison. Familles et amis me disaient toujours que j’avais « un truc », qu’il me fallait persévérer dans le dessin. Entre l’inné et l’acquis, je dirais donc qu’il faut les deux ! Avoir des facilités est une chose, mais les travailler en est une autre. Il y a aussi toute la dimension du plaisir de peindre qui reste capitale ! L’argent ne peut être la motivation première de l’artiste.

« La peinture a cette capacité de donner vie aux couleurs et c’est en cela qu’elle devient magique. Avec un pinceau et un tube de peinture, un monde d’émotions s’ouvre à vous (…) »

Quelles sont vos principales sources d’inspirations et influences artistiques ?
La Réunion. Ses paysages, ses habitants, ses moments de vie si particuliers et empreints de culture locale… Je peins tout ! Souvent, je prends mon appareil photo pour capturer les images et les reproduire plus tard. Sur l’écran d’ordinateur, on se rend compte de la palette de couleurs infinies qui composent la photo, et mes dessins s’en retrouvent d’autant plus précis, presque vivants. Je fonctionne beaucoup aux émotions, je me fie à ce que je ressens dans l’instant présent. Mon style de peinture n’est pas encore bien défini, je travaille énormément les différentes techniques sans en privilégier une en particulier. Portrait, paysage, nature morte, abstrait… Je refuse de me ranger dans une case artistique précise car l’art est mon mode d’expression favori. La peinture a cette capacité de donner vie aux couleurs et c’est en cela qu’elle devient magique. Avec un pinceau et un tube de peinture, un monde d’émotions s’ouvre à vous et ces dernières peuvent être partagées par d’autres.

« On ne peut nier le malaise ressenti par tout un chacun à La Réunion. (…) Les effets positifs de l’art ne se font pas ressentir immédiatement, le temps joue en sa faveur »

À votre façon, vous avez souhaité vous investir dans le combat des gilets jaunes. Quel regard portez-vous sur la société réunionnaise actuelle ?
Je pense qu’en tant que Réunionnais, nous sommes capables d’aller très haut dans nos passions. Les causes des gilets jaunes m’ont interpellé, et j’ai souhaité mettre la main à la pâte en créant des affiches, des pancartes. Actuellement, sur le spot de Manapany, je réalise les portraits des gens présents sur des supports en PVC d’un format d’un mètre vingt sur un mètre grâce à la technique de l’aérographe. Chaque panneau porte un slogan ou un thème, et tous sont installés autour du rond-point. Le but étant de montrer que les gilets jaunes sont toujours présents. Je pense que le combat est légitime, surtout chez nous, car les inégalités sont trop importantes. On ne peut nier le malaise ressenti par tout un chacun à La Réunion. Je pourrais être égoïste, rester chez moi et ne pas passer des heures au soleil sur un rond-point. Même si je ne suis pas directement concerné, je veux soutenir la cause. L’art peut faire bouger les lignes car il touche les cœurs. Si les gens s’arrêtent ne serait-ce qu’une seule minute devant une de mes toiles, j’estime que j’ai gagné. Les effets positifs de l’art ne se font pas ressentir immédiatement, le temps joue en sa faveur.

Qu’y a-t-il de plus difficile dans votre métier et à l’inverse, de plus gratifiant ?
Le plus difficile est de combiner mon travail de préparateur / chauffeur routier, ma vie de famille avec mes deux enfants et ma passion du dessin. J’ai pas mal de commandes à honorer : via Messenger, les clients m’envoient une photo que je reproduis en dessin. Actuellement, j’ai entre cinq et six commandes de tableaux par mois, sans compter que je peins en dehors de ces commandes, je travaille, teste, crée… Sans hésitation, le plus gratifiant reste la réaction des clients à la livraison du tableau. Il arrive que certains d’entre eux pleurent tant ils sont touchés par l’émotion que leur a provoqué la toile. Cela vaut bien plus que de l’argent pour moi.

Souhaiteriez-vous vivre de votre passion et avez-vous un rêve artistique ?
Oui, clairement, mon but est de vivre de ma passion. Mais je tiens à conserver des prix très accessibles. Je considère qu’il est important que l’art entre chez tout le monde, quelle que soit la catégorie professionnelle. J’aimerais surtout échanger, apprendre et transmettre aux autres également. J’ai eu la chance de visiter le merveilleux musée du Louvre à Paris, et à la vue de tous ces chefs-d’œuvre inouïs, je suis resté bouche bée, scotché par ces magnifiques tableaux et sculptures. Au fond de moi-même, je rêve de voir un jour une de mes toiles exposée dans ce temple de l’Art. Je travaille tous les jours pour tenter de trouver la bonne combinaison, le parfait équilibre de peinture. Je veux dire à tous les Réunionnais que rien ne nous est impossible, nous sommes capables de tout et d’aller très loin dans nos projets !

Légende : Éric Étangsalé expose ses toiles dans plusieurs endroits de l’île : aux Arrangés, en face de la poste de Salazie, à la médiathèque de Saint-Pierre, dans des restaurants de Saint-Joseph et Saint-Philippe. Séduits par ses toiles ? Contactez-le via Messenger : eric etangsale.

Bio express

Éric Étangsalé naît à Baster, à Saint-Pierre de La Réunion en 1974, et grandit dans sa ville natale où il étudiera jusqu’à l’obtention de son BEP et CAP (spécialisation Dessin publicitaire). Très tôt, le jeune homme se découvre des facilités pour le dessin sans trop s’y investir. Après son service militaire en métropole en 1994, Éric revient à La Réunion et est embauché en tant que technicien dans un magasin de jeux vidéo au Tampon, où il se spécialisera dans la maintenance, puis dans la création de panneaux publicitaires. Après deux années de bons et loyaux services, la boîte met la clé sous la porte, et Éric obtient un contrat à La Cartonnerie de La Réunion en qualité de préparateur de colis et chauffeur routier. Voilà quatre années qu’Éric consacre tout son temps libre à sa passion du dessin, crée sur commande ou non, expose et vend ses œuvres au grand public. Il participe régulièrement à des expositions dans l’île et autres workshops à l’étranger, où il échange avec des artistes internationaux. Ne s’imposant aucune limite, l’artiste peint au marc de café, au vin rouge, au charbon… et rien ne dit qu’il ne se frotte demain à la sculpture… Un personnage authentique à suivre absolument !

© Crédits photo :SVN et Pierre MARCHAL

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