Fabrice Picot, talent à l’état brut

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L’homme est imposant et force le respect. L’homme est talentueux et force l’admiration. L’homme est généreux et force l’empathie. Personnage atypique que Fabrice Picot, venu tard au métier de photographe. Rencontre avec un phénomène, un homme à la générosité qui n’a d’égal que son talent. En toute simplicité, autour d’un café.

Dans le bas de la rue Maréchal Leclerc, dans son studio photo, au détour d’une petite rue étroite, l’homme est discret. Pas de pancarte, juste un numéro sur une grille. Fabrice Picot est assurément modeste. Pas le genre à parler de lui pour se mettre en avant. L’homme est timide. Une timidité sur laquelle il a dû travailler pour devenir photographe il y a dix ans.

Une carrière débutée comme agent administratif à la CAF, puis ouvrier forestier, Fabrice a bien plus la stature du bûcheron que du photographe survitaminé au milieu de mannequins effeuillés. Mais ne vous fiez pas à cette image : derrière ces mains imposantes dans lesquelles le moindre réflex fait figure de jouet, se cache un homme à la sensibilité exacerbée.

Déclic à New York

C’est au cours d’un voyage à New York en 2007 que Fabrice a eu le déclic. Il s’est pris au jeu en photographiant la ville à la pomme. Un regard qui lui vaudra l’admiration de ses proches et qui le poussera à franchir le pas d’une nouvelle vie artistique. Alors au RSA, il décroche son premier travail avec un éditeur réunionnais pour réaliser les portraits d’un Who’s who local. 500 personnes à photographier pendant plus d’un an. Un bel antidote pour vaincre sa timidité. Et l’occasion de faire des rencontres. Hommes politiques, artistes, entrepreneurs, tous ceux qui comptent à la Réunion poseront sous l’œil du jeune photographe.

« Je suis plutôt quelqu’un d’introverti, surtout à cette époque. Cela m’a permis de me dépasser, de vaincre ma timidité et de gagner en assurance. Un exercice formateur qui m’a donné l’occasion de mettre le pied à l’étrier » confie Fabrice.

Autodidacte, Fabrice se revendique sans réelle influence. « Je n’ai pas eu de formation. Je ne veux pas être parasité par le travail où l’imaginaire d’un photographe. Petit, j’admirais une publicité pour Babyliss dans le salon de coiffure de ma mère. Cette photo me hante encore. Si je devais me revendiquer d’une quelconque influence, disons que je suis admiratif du travail de certaines publicités de parfum. Tout y est. La technique, la beauté, la sensualité. Cela m’inspire dans mon travail. Bien évidemment, j’apprécie que les gens aiment mes photos mais je garde une certaine distance par rapport à cela ».

Mélomane, Fabrice Picot shoote en musique. C’est un perfectionniste. « Je photographie sans cesse dans l’optique de m’améliorer. Je veux juste créer une belle image, que mes clients se trouvent beaux. Je veux constamment relever le niveau. Pour moi l’image parfaite n’existe pas. C’est plat. Je veux lui trouver des petits défauts. Je prends du plaisir dans ce que je fais. Il y a tant de possibilités. »

Photo fausse

Fabrice aime transcrire une autre vision de la réalité, et proposer son regard. « J’essaye de ne pas être à hauteur d’homme, de varier mes cadrages. Je ne pourrais pas faire de la photo d’identité ou du reportage scolaire. Ce n’est pas pour moi. Sans décrier ceux qui le font. Il faut de tout. Je suis photographe et en tant que tel je me dois d’apporter une plus-value à mon métier. Si j’étais cuisinier, je ne ferais pas de pains bouchons ketchup mayonnaise.

J’aime retrouver l’essence même de ce qui fait l’originalité de ce métier. La créativité. Je ne supporte plus ces modes où l’on transforme la réalité à travers des techniques HDR, où toutes les photos se ressemblent. Il y a eu la mode voie lactée, le multi calques, et maintenant la pose longue. Tout se transforme, s’uniformise pour ne faire qu’un tout. L’accessibilité par le numérique a rendu la photo fausse. C’est un mode de consommation, un fast-food de l’image. Je veux redonner toute sa place au visuel, par l’émotion, la lumière, le cadrage. En restant polyvalent. Et même si l’on a tendance à dévaloriser notre art, avec l’avènement du numérique, je veux croire qu’il y a encore de la place pour des créateurs » conclue Fabrice tout sourire.

Fabrice Picot en bref

Né en 1976 à la Réunion, Fabrice Picot use ses bermudas à Saint-Denis sur les bancs de l’école Saint-Michel avant de s’orienter vers le lycée Georges Brassens. Photographe depuis dix ans, il est aussi à l’aise en mariage qu’en reportage. Freelance, il travaille pour la mairie de Saint-Denis, des agences de communication et pour des privés avec toujours à l’esprit son travail sur l’humain.

© Crédits photo : Pierre MARCHAL

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