François Chaignaud, délicat et démesuré

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Dans le cadre du Festival Total Danse organisé par les théâtres départementaux, François Chaignaud était de passage sur notre île afin de présenter deux de ses créations dont DUMY MOYI, un solo produit par la compagnie Vlovajob Pru, où il associé avec Cecilia Bengolea. Ce spectacle de 35 minutes mêlant chant et danse a été créé pour le Festival Montpellier Danse de 2013.

François Chaignaud ne passe pas inaperçu, androgyne, travesti y compris hors de la scène, il a les traits extrêmement fins et cultive l’ambiguïté jusqu’au bout de ses ongles manucurés et strassés à l’américaine. De lui se dégage une simplicité, une générosité et une humilité qui n’enlèvent rien à son immense talent, bien au contraire.

François est entré au conservatoire dès son plus jeune âge pour étudier la danse. En 2003 il ressort diplômé du Conservatoire National Supérieur de Danse de Paris puis collabore aux côté de grands noms de la chorégraphie. Également historien, il se passionne pour l’art et la littérature, ce qui le mène à des travaux de recherche sur les précurseurs de la modernité chorégraphique du début du XXème siècle aux avant-gardes actuelles, en passant par les symboliques du ballet classique jusqu’aux danses urbaines. Cette fascination pour l’histoire l’a conduit à diverses collaborations, notamment avec la légendaire drag queen  Rumi Missabu des Cockettes, le cabarettiste Jérôme Martin, des couturiers, photographes, vidéastes, musiciens et artistes variés.

À l’occasion de La Bâtie-Festival de Genève 2017, François crée de concert avec l’artiste NINO Lainé « Romances inciertos, un autre Orlando », autour de l’ambiguïté de genre dans le répertoire chorégraphique et vocal ibérique. Actuellement, il poursuit en collaboration avec Marie-Pierre Brébant, des travaux de recherche autour du répertoire d’Hildegarde de Bingen.

Audacieux, François est grisé par la relation très intense avec le public rendue possible par le cabaret, dans ces lieux exigus où la proximité et la promiscuité ne laissent pas de place à la « protection » de soi. Il aime cette ambiance empreinte d’électricité ainsi que l’exubérance et l’affirmation permises dans ce registre. La perception du public est différente à chaque fois en fonction du lieu et donc en fonction des mentalités, mais là où il se sent le mieux c’est quand son art rencontre l’architecture du lieu où il se produit.

Les influences de Chaignaud ne se limitent pas au cabaret, il se nourrit également de la polyphonie médiévale, et dans DUMY MOYI, on retrouve un peu de son 2ème voyage en Inde où il a eu une claque/coup de cœur. Ce fût un véritable questionnement sur sa virtuosité, sur sa position privilégiée, sur la beauté dans un système de croyance, un renvoi à l’absence de spiritualité, et la sienne en particulier.

« Je rêve de cette pièce comme d’un antidote. Antidote aux rituels du théâtre occidental, de sa frontalité, de sa périodicité, de son rapport de forces. Nous serons dans un lieu clos, sans gradins ni scène. Proches les uns des autres. Peu nombreux. De plain-pied. […] Et nous profiterons de la délicatesse et de la démesure – un peu à la manière des rituels de theyyam dans le Malabar, pendant lesquels les superbes costumes monumentaux des danseurs devenus dieux les distinguent et en même temps les rapprochent de celles et ceux venus les voir et les solliciter. Rythmé par des airs d’envoûtements ukrainiens, philippins ou séphardiques, j’imagine ce récital polyglotte pris au piège d’un costume-sculpture de Romain Brau comme une distribution sinueuse de danses, de chants et d’images impurs et raffinés. »

Dans son seul en scène, François est à la fois clinquant et magistral, avec ses costumes baroques, colorés et chargés signés Romain Brau, garnis de plumes, et de pierreries, avec son maquillage outrancier mais surtout sa technique impeccable, maitrisée à l’extrême. La performance vient à la fois du mélange des genres mais aussi du jumelage de son incroyable technique vocale et des techniques de corps qu’il utilise. Dans ce spectacle qu’il a joué 400 fois au moins, tout est d’une incroyable justesse et précision.

Au-delà de la performance artistique, le public réunionnais habitué aux spectacles de danses indiennes ne pouvait rester indifférent à cet imaginaire. Le Theyyam est en effet originaire du Kerala sur la côte de Malabar, dans le sud de l’Inde. Cette célébration hindoue qui mêle musique, chants et théâtre remonterait à plusieurs milliers d’années, voire au néolithique selon certains. Les artistes y incarnent des divinités locales, mais aussi des figures d’esprits, d’ancêtres, de héros, d’animaux ou d’arbres auxquels les spectateurs témoignent leur adoration.

Pour en savoir plus sur la compagnie de François Chaignaud et Cecilia Bengolea :

spectacles

 © Crédits photo : Pierre MARCHAL

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