Gessica Pitou : une femme multicartes

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Ce n’est pas un hasard si le nom de Gessica Pitou vous dit quelque chose… Petite-fille du célèbre ségatier « Loulou Pitou », la jeune femme, fière et forte de ses racines, compte bien mettre sa pierre à l’édifice de l’élévation des consciences. Véritable hyperactive : auteur, compositeur, interprète, metteur en scène, réalisateur et… directrice d’hôtel, Gessica porte plus d’une casquette sur sa tête bien faite !

Pouvez-vous nous faire une « bio express » de votre parcours personnel et professionnel ?

Je suis née à Aix-en-Provence, suis arrivée à La Réunion à l’âge de 7 ans et y suis restée jusqu’à mes 18 ans. Après l’obtention d’un DEUG de droit, j’ai rejoint ma mère en métropole. J’avais signé avec une maison de disque pour chanter mais ayant eu un souci de santé, je n’ai pu donner suite au contrat. J’ai ensuite rencontré une femme, gérante de restaurant qui est devenue une véritable amie. Cette dernière, fatiguée de gérer ses restaurants m’a proposé de reprendre la gestion d’un, puis d’un deuxième restaurant en proche banlieue de Paris. J’avais pu racheter les restaurants avec des sous mis de côté et l’argent reçu de la maison de disques. Finalement, j’ai revendu ces deux restaurants pour en acheter un troisième situé dans le château de la Comtesse du Barry. Mes problèmes de santé ne s’arrangeant pas, je suis rentrée à La Réunion il y a 14 ans. J’ai rencontré mon mari, eu ma fille qui a 13 ans maintenant. J’ai été chef de projet à l’IAE. J’ai ensuite divorcé et rencontré mon nouveau compagnon qui me booste sur toutes mes envies et folies du moment. Actuellement, je dirige l’hôtel Le Lindsey et mon dada : je suis auteur et metteur en scène du spectacle Zistwar Fanm.

Pouvez-vous nous en dire davantage sur les conditions de création de ce spectacle original Zistwar fanm ?

L’écriture, la poésie m’ont toujours attirée, j’ai sorti il y a six ans un album avec des textes de Baudelaire mis en musique jazz, notamment les textes issus de son passage dans l’île. Tout a commencé avec le spectacle Les Zacharnés 2016 et 2017, cela m’a beaucoup plu et je me suis vraiment mise à l’écriture. J’avais effectué un stage d’écriture en amont avec Claude Lemesle, grand parolier et compositeur français (ndlr : auteur de la chanson On dirait le Sud). Tout cela m’a amenée à écrire un spectacle et à travailler avec des artistes locaux tels que Fabrice Legros, Vanille, Natacha Tortillard… C’est ainsi qu’est né Zistwar Fanm. Puis, j’ai eu envie de parler de la situation de la femme dans le monde, un sujet un peu rabatteur mais de celle des hommes également. C’est ainsi qu’est né le spectacle Zistwar Fanm, nouvelles aventures qui n’est pas exclusivement une histoire de femmes. Sur un bon fond d’humour, j’ai souhaité trouver un juste milieu entre hommes et femmes, autour d’une série de sketches, le tout, mis en musique. Un spectacle de deux heures non-stop multidisciplinaire avec 18 artistes sur scène.

« Entre Gilbert Pounia, Fabrice Legros, Jim Fortuné (…) je ne sais plus lequel m’inspire le plus (…) leur point commun est qu’ils ont tous énormément de talent »

En quoi consiste le métier de metteur en scène ?

C’est assez compliqué à définir car il faut tout faire et porter toutes les casquettes, il s’agit de la construction d’un spectacle de A à Z. Le metteur en scène est un peu le chef d’orchestre du spectacle. Le fait que j’en sois aussi l’auteur me permet de noter tout ce que je veux faire et ce que j’ai envie de voir sur scène : les attitudes des personnages, les expressions à adopter, les émotions à faire passer… Le fait d’être l’auteur et le metteur en scène rend la tâche beaucoup moins compliquée. Il y a plusieurs niveaux d’écriture : il y a d’abord le texte puis, le dialogue et viennent toutes les annotations avec les couleurs de scène en termes d’atmosphère.

Quel est le programme pour cette année 2019 pour Zistwar Fanm, nouvelles aventures ? Le spectacle peut-il s’exporter ?

Pour le moment, nous avons six dates de programmées dans six théâtres de l’île, nous verrons plus tard si nous pouvons en faire davantage. Mais, en effet, l’idée serait par la suite d’exporter le spectacle, de le porter hors de nos frontières en 2020. Nous travaillons sur un gros projet pour la métropole avec des surprises dans ce nouveau spectacle mais, on en reparlera d’ici-là. Nous avons encore une belle année à vivre avec Zistwar Fanm, nouvelles aventures à La Réunion. Si les subventions nous sont accordées, nous pourrons éventuellement étendre la portée de notre spectacle ! Reste encore à voir la disponibilité de chacun des acteurs : pas simple à gérer lorsque l’on est une belle vingtaine !

« (…) toute ma vie, j’ai été tiraillée entre l’écriture de l’humour et de l’horreur : je me situe entre les deux extrêmes »

Quelles sont vos influences musicales pour créer vos propres mélodies et textes ? Quels sont les thèmes qui vous touchent le plus ?
J’ai toujours écouté énormément de jazz ! À La Réunion, les bons artistes pullulent entre Gilbert Pounia, Fabrice Legros, Jim Fortuné… Je ne sais plus lequel m’inspire le plus et impossible de choisir tant les styles sont différents. Leur point commun est qu’ils ont tous énormément de talent. Un thème qui me touche et qui apparaît aussi dans le deuxième spectacle, c’est la maltraitance des enfants. J’avoue que ce n’est pas ce qu’il y a de plus glamour en la matière mais toute ma vie, j’ai été tiraillée entre l’écriture de l’humour et de l’horreur : je me situe entre les deux extrêmes je pense. L’exercice est difficile et délicat mais il est possible de faire passer des messages importants par le biais de l’humour. J’étais pendant longtemps représentante de l’ECPAD à La Réunion, une ONG basée à Paris avec 70 antennes dans le monde, qui a pour objectif de défendre les enfants. Dans mon spectacle, le message est qu’il n’y a pas de frontières lorsqu’il s’agit de défendre un enfant.

Une autre corde à ton arc déjà bien tendu ?

Je me lance dans la mode avec la création de boubous. L’histoire est que lors de la séance d’habillage des acteurs, il a été compliqué de trouver la taille de tout le monde. J’ai donc décidé de créer ma propre marque de boubous appelée Les 3 P’tites Pommes. Le concept est de créer des pièces uniques en imprimant des paysages emblématiques de l’île sur les vêtements. Pourquoi les boubous ? Parce que j’en suis adepte moi-même, je m’en suis toujours fait faire sur-mesure, bien cintrés et très originaux. Mes amies me demandaient où je les achetais alors j’ai décidé de me lancer, enfin. Pourquoi la pomme ? Parce qu’elle a une connotation sensuelle et parce que j’adore la série Desperate Housewives. La créatrice et costumière Isabelle Gastellier, ma partenaire, m’aidera dans la conception des modèles et la marque devrait sortir en même temps que le spectacle.

© Crédits photo : GESSICA ©Elena Iv Skaya
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