Guan Di en fête : La Réunion passe à l’heure chinoise.

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Moment important de l’année pour la communauté chinoise, au fil des années, depuis 2004, la célébration de Guan Di a également su s’imposer comme un temps fort du calendrier culturel réunionnais. L’espace de quelques jours, en juillet ou en août, lions et dragons envahissent les rues autour des pagodes. L’odeur des mets se mêle à la lumière des feux d’artifice et au bruit des pétards. Les danses s’enchaînent au son des musiques traditionnelles. Dans le monde entier, lors du 24e jour du 6e mois du calendrier soli-lunaire chinois, les temples dédiés au dieu Guan Di sont à la fête.

 

Mais que sait-on vraiment de Guan Di ?

Guan Di, ou Guan Yu, comme il était connu de son vivant, est un général chinois du IIIe siècle (fin de la dynastie des Han). Stratège hors pair et respecté en son temps, il est salué pour son courage et sa loyauté. Sa mort en martyr, refusant de plier devant l’ennemi, participe rapidement à faire de lui une légende. Au fil des années, la vie de celui que l’on surnomme le « héros des trois royaumes » est mise en scène par les théâtres ambulants et comptée à travers les provinces chinoises. Ainsi, dès la fin du VIe siècle, sous la dynastie des Sui, Guan Yu est déifié et devient l’une des principales divinités du culte chinois. Modèle de vertus pour les bouddhistes, guerrier saint pour Confucius, il met à l’honneur huit principes fondamentaux : la fidélité, la sincérité, la droiture, la probité, la grandeur, l’honneur et l’honnêteté. Dans la culture populaire chinoise, Guan Di posséderait la faculté d’éloigner les mauvais esprits et permettrait de communiquer avec l’au-delà. Protecteur des soldats bien sûr, il est aussi le dieu de la justice, de la littérature et du commerce. Traditionnellement, les familles s’adressent à lui avant de prendre une importante décision que ce soit au point de vue personnel ou professionnel.

Comme de nombreux dieux, Guan Yu possède diverses appellations, qui varient selon les titres que lui octroi les différentes administrations impériales. C’est à partir du XVIe siècle, qu’il est connu sous le nom de Guan Di. Un changement de patronyme initié par la dynastie des Ming (1572-1679), Guan Yu est glorifié comme « grand empereur qui aide le ciel et protège l’Etat » et devient ainsi Guan Di, « Di » signifiant « empereur ».

Guan Di à La Réunion.

Le culte arrive à La Réunion dès la moitié du XIXe siècle et l’arrivée des engagés. À l’instar des Indiens qui ramènent avec eux toute la richesse des rites hindous, les Chinois embarquent le dieu Guan Di. Ces populations Hakkas ou cantonaises en majorité, s’installent peu à peu dans l’île faisant figure de référence en matière de commerce. Une réussite qu’elles doivent, peut-être à la bienveillance de Guan Di, qui rappelons-le est également le dieu des commerçants. On imagine donc l’importance de la divinité dans toutes les « boutiks sinwas » de l’île. Une dominance dans le commerce qui perdure d’ailleurs à notre époque, puisque les « Sinwas » s’imposent toujours comme les leaders du secteur, notamment dans les grands réseaux de distribution.

On considère aujourd’hui, que la communauté chinoise représente moins de 5 % de la population réunionnaise. Si elle est en majorité de confession catholique, elle n’en oublie pas pour autant les cultes ancestraux. En effet, les Réunionnais d’origine chinoise sont encore très attachés aux divinités traditionnelles et à Guan Di en particulier, qui se pose comme guide spirituel. À La Réunion, la plus grande pagode consacrée à Guan Di se trouve à Saint-Pierre depuis 1920. Situé au 46 rue Marius et Ary Leblond, le temple est dominé par la couleur rouge, synonyme de bonheur dans la culture chinoise. Traditionnellement, avant de se recueillir, il faut brûler 3 bâtons d’encens, un pour le ciel, un pour la terre et un pour l’humanité.

La célébration

Un moment de fête et de commémoration autour d’une devise : « entre quatre mers, tous les hommes sont frères » et qui se base sur trois piliers « le culturel, le cultuel et l’économie ». Chaque année, grâce au travail de plus de 200 bénévoles et de la Fédération des associations chinoises de La Réunion (FAC), les festivités qui célèbrent le jour de la naissance du guerrier, s’organisent autour de plusieurs moments symboliques : une première soirée est consacrée au rite des offrandes, elle se termine par la dégustation des mines de longévité. La seconde soirée est l’occasion de rassembler les fidèles autour d’un repas en l’honneur de la divinité, on le remercie pour ses bienfaits durant l’année écoulée et on le prie pour celle à venir.

A noter : Cette année Guan Di déménage. À Saint-Denis le village Han ne se trouvera pas comme à l’accoutumé dans la rue Sainte-Anne, mais au sein de l’école Centrale. Les festivités se dérouleront en présence d’une délégation chinoise en provenance directe de la région d’origine du dieu Guan Di.

© Crédits photo : facebook «guan di reunion»

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