Interview Julien Moutoussamy, danseur et chorégraphe : « J’ai un problème avec la danse, je ne sais pas m’en passer… »

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Du haut de ses 28 ans, Julien Moutoussamy vit pleinement de sa passion pour la danse. Un dévouement qui l’a tout récemment emmené à la découverte des États-Unis où il a côtoyé ce qui se fait de mieux dans cet univers qu’il affectionne tant. Formé auprès de danseurs et de chorégraphes professionnels internationaux, « Julinho » ne cesse d’apprendre et ajoute à son art sa petite touche locale pour constituer comme il le dit si bien, son « ti zembrocal. »

 

Julien, peux-tu te présenter à nos lecteurs ?

« Je suis un Saint-Paulois qui a toujours été passionné par le football que j’ai pratiqué pendant 17 ans en club. À l’âge de 15 ans j’ai découvert le freestyle football. J’ai eu la chance grâce à cette activité de travailler avec des marques pour qui j’ai fait plusieurs prestations. J’ai d’ailleurs lancé une association de freestyle football à Trois-Bassins où on organise des entraînements. En plus de la danse que je pratique tous les jours, je travaille également dans la vidéo et la photographie où j’interviens parfois sur des baptêmes, communions, mariages afin d’étendre ma vision artistique tout en gagnant ma vie. »

Comment est née ta passion pour la danse ?

« J’ai découvert la danse à l’âge de huit ans à l’école Eugène Dayot mais je m’y suis réellement investi après le freestyle football. En fait, je me suis fait repérer par le quatrième cirque de la Réunion de monsieur Jean-Thierry Baret. Avec lui, j’ai créé des spectacles autour du freestyle football en mélangeant la danse et l’expression corporelle. On s’est produit un peu partout, notamment dans les écoles pour les enfants. C’est comme ça que petit à petit je me suis investi dans la danse dès que je pouvais. En travaillant même le soir dans ma chambre avant d’aménager un petit espace dédié chez moi. Petit à petit, je me suis tourné vers la chorégraphie. J’ai donné des cours, d’abord pour les petits à mes débuts et maintenant pour des adultes et même des professionnels. »

Tu reviens des États-Unis où tu as participé au très renommé World of Dance, comment s’est passé ton séjour ?

« Je suis allé aux États-Unis à l’aveugle l’année dernière pour découvrir leur vision de la danse et de la chorégraphie pendant trois semaines. C’était vraiment une découverte et je suis rentré à la Réunion en restant un peu sur ma faim car la période était trop courte. Ici, j’ai passé mon BPJEPS afin d’exercer comme animateur de manière réglementée mais j’ai compris que ça ne me qualifierait pas en tant que danseur professionnel. C’est là que je me suis lancé un défi en économisant pendant un an, mes parents m’ont aidé aussi et je suis retourné à Los Angeles cette année pour me former au Millenium Art Complex, la référence dans le milieu. Là-bas, tu reviens à zéro, personne ne te connaît et tu as tout à prouver. Je me suis trouvé un logement et l’aventure était lancée. On travaillait plus de 20 heures par semaine. En parallèle je faisais des prestations pour des personnes que j’avais rencontrées sur place afin d’être rémunéré. J’ai tenu un rythme de fou durant deux mois et demi mais ça valait la peine car j’ai pu affiner mes relations et mettre un pied dans la communauté de danseurs et de chorégraphes sur place. J’aimerais à terme pouvoir monter des projets avec eux depuis la Réunion pour faire bouger les choses ici. »

Quel est ta vision sur la situation de la danse à la Réunion ?

« Ce n’est pas le niveau qui manque à la Réunion, loin de là ! Mais nous sommes tellement loin de tout que c’est difficile de voir ce qui se passe ailleurs et de se former. Nous n’avons rien à envier au reste du monde mais il faut avouer que l’information circule beaucoup plus vite à l’international. Justement, si un jour j’arrive à former de véritables professionnels à la Réunion, c’est que mon travail aura vraiment payé. »

Aujourd’hui, arrives-tu à vivre de la danse sur l’île ?

« Honnêtement, aujourd’hui je vis de ma passion. Du lundi au dimanche, je donne des cours à droite et à gauche et je fais mon chemin ti lamp ti lamp… Mais je n’aurais jamais dit que ça m’arriverait, au contraire. Au début, j’ai essayé de m’éloigner de la danse car pour moi ce n’était pas un métier d’avenir. C’était compliqué car je faisais du foot, j’essayais d’arrêter la danse pour me focaliser sur mes projets mais c’était plus fort que moi. À la base c’était juste une passion, avec la maturité j’ai arrêté de lutter et je m’y suis investi pleinement. J’ai un problème avec la danse, je ne sais pas m’en passer. »

As-tu des personnes qui t’inspirent dans ton parcours ?

« Oui carrément ! Je ne citerais pas tous les noms car il y en a beaucoup mais je m’inspire beaucoup des Américains par exemple. Les Asiatiques également. Je m’informe sans cesse. Je m’intéresse beaucoup à la culture de la Réunion parce que je considère que le hip-hop appartient aux américains, les arts martiaux à l’Asie et de notre côté nous avons le Maloya. Je considère que c’est mon rôle de le mettre en avant tout en mélangeant avec ce que j’ai appris ailleurs. La musique réunionnaise m’inspire beaucoup. J’ai des amis également ici qui sont allés faire des écoles de danse à l’international, je leur dois beaucoup car ils m’ont influencé dans mon style de danse. En général, je repère toujours ce qui m’intéresse ailleurs pour le retravailler à ma façon. C’est mon ti zembrokal à moi ! »

Que peut-on te souhaiter dans un avenir proche (d’ici cinq ans) ? Quels conseils donnerais-tu à un jeune qui souhaite évoluer comme toi dans la danse ?

« Dans 5 ans, j’aimerais avoir mon propre studio. Ce serait top d’avoir un endroit bien à moi et de pouvoir y donner des cours plutôt que d’être sans cesse sur la route. S’il fallait donner un conseil ce serait de jamais lâcher l’affaire. Le meilleur arrive parfois lorsqu’on s’y attend le moins. Il s’agit de garder la tête sur les épaules et de travailler avec le cœur. Si tu aimes ce que tu fais, ça se ressentira dans ton travail et la récompense sera sincère. La clé pour moi c’est de partager, d’aller chercher l’information, d’être patient et de suivre son instinct. »

© Crédits photo : NDLR

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