Jace

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« Je ne suis pas un Ayatollah anti conformiste ».

On ne présente plus Jace. Véritable mythe vivant, incarnation de la réussite dans le microcosme du graffiti réunionnais, authenthique produit exportable, l’artiste s’est affranchi des barrières douanières depuis belle lurette pour inscrire dans le temps et sur les murs des plus grandes capitales son inénarrable empreinte artistique. Et si l’homme se défend de toute velléité bassement mercantile (il faut bien vivre de son art), il reconnaît que la frontière est parfois bien mince. Du haut de son un mètre quatre vingt quinze l’homme impose le respect. Timide, certes, la tête dans les nuages mais les pieds sur terre. Anticonformiste, original et en dehors de toute normalité, Jace aime  toujours autant surprendre. Pour le meilleur et pour le rire.

Rendez vous avec l’artiste en 5 épisodes.

 Avec le temps de la consécration et une certaine reconnaissance artistique, développes tu toujours un certain goût pour la provoc ou t’es tu embourgeoisé ?

Non je ne pense pas m’être embourgeoisé. J’ai autant de plaisir dans la  provocation mais je ne me revendique pas dans des actes de  vandalisme gratuit. Cela reste une performance, un geste avec une démarche artistique. Avec derrière une certaine cohérence d’ensemble. Comme un puzzle que l’on assemble petit à petit pour former une œuvre globale. J’éprouve autant de plaisir à me produire dans la rue, derrière un masque, en marge de la légalité ; et exposer dans des galeries afin de montrer au plus grand nombre le chemin parcouru.

 C’est une certaine forme d’ambiguïté tout de même ?

Peut-être. Mais je reste convaincu de la nécessité de m’exprimer dans la rue, de perpétuer  à travers mes voyages l’univers du Gouzou.  J’ai besoin d’élargir mon champ de connaissance, pour enrichir mon vocabulaire graphique.

Attentif et sensible aux maux de la société contemporaine, tu portes un regard non complaisant sous la forme d’une réflexion artistique sur les catastrophes écologiques, les excès de la publicité, les stéréotypes imposés par les médias ou les inégalités sociales. Un humour au vitriol pour dénoncer les excès ?

Oui, je suis toujours dans ce mouvement revendicatif. Je suis un citoyen du monde et en aucun cas un moralisateur ; je ne suis pas un Ayatollah anti conformiste. Et je ne suis pas radicalement opposé aux différents modes de consommation.

Pourtant tu subis la société de consommation?

Oui, bien sûr. Je ne suis pas contre la publicité mais ce que je dénonce ce sont les excès de toutes sortes, les abus. J’étais en Inde, sur l’île de Goa, et les routes sont jonchées de panneaux publicitaires de quatre mètre sur dix. Une horreur visuelle qui fait que ce pays est en train de perdre son âme, son authenticité. Récemment je suis allé sur Bali et on ne peut plus se baigner sans flirter avec des tonnes de déchets dans l’eau, une véritable catastrophe pour un si beau pays ! Les exemples sont infinis …

© Pierre MARCHAL

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