Klowdy la pétillante

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C’est à la Cité des Arts de Saint-Denis, « sa deuxième maison », que nous avons rencontré Klowdy, artiste montante de la scène réunionnaise, à la voix soul. Portrait d’un petit bout de femme au grand coeur et à l’énergie débordante.

Klowdy pétille. Klowdy pétille quand elle nous rejoint à la Cité des Arts, un peu essoufflée, cheveux remontés, jean taille haute, crop-top et baskets blanches aux pieds. Elle a 15 minutes de retard, dont elle s’excuse, arborant un sourire tranche-papaye qui illumine son visage poupon. Et puis, quand même, elle nous avait envoyé un petit message Facebook pour nous prévenir, un émoticône smiley qui minaude comme conclusion. Elle nous fait déjà fondre. Elle pétille quand, spontanément, elle nous claque la bise pour nous saluer. Elle pétille quand elle nous fait comprendre qu’elle préfère commencer par l’interview écrite plutôt que filmée « pour se poser un petit peu ». Oui, Klowdy est un peu « dans le speed » en ce moment. En réalité, elle est un peu dans le speed tout le temps. Une petite nana de 24 ans, 1m60 à tout casser, qui ne tient pas en place, qui a des projets et des envies plein la tête, certes, mais qui sait clairement où elle va et ce qu’elle veut. Une battante qui se lève tous les jours à 5h pour mener de front ses études de journalisme, ses projets musicaux et l’activité commerciale qu’elle a démarré mais dont elle ne souhaite pas parler pour l’heure. La priorité du moment, c’est la préparation du Prix du 20 Desamb, qui aura lieu le 14 novembre au Kerveguen à Saint-Pierre. Et on en saisit vite l’enjeu : « Si je gagne, je jouerai sur huit scènes, dont une au Sakifo », confie-t-elle. Pourtant, le parcours musical de cette boule d’énergie n’était, de prime abord, pas une évidence. Pour elle en tout cas.

« Les arbres, c’était mon public »

Klowdy, de ses noms et prénoms Marie-Claudie Folio, est née à Antsalaka, dans le nord de Madagascar, et a grandi à Diego Suarez. Un environnement propice à la découverte artistique, selon elle : « Dans la culture malgache, la musique fait partie intégrante de la vie. Il y a de la musique partout, tout le temps : pour les anniversaires, pour les décès, pour les fêtes ». Ses parents ne sont pas musiciens, non, mais ils sont mélomanes, « de véritables passionnés de reggae ». Pas étonnant du coup que ses compositions reprennent parfois les rythmiques de la musique jamaïcaine.

La chanteuse qui, petite, s’imaginait sur scène, dansant et chantant devant les arbres qu’elle prenait pour public, intègre à l’âge de 7 ans une chorale. À 10 ans, elle quitte la Grande Île afin de rejoindre son père à La Réunion. Et si à 14 ans, elle monte sur la scène du Petit Stade de l’Est aux côtés des candidats de la Star Academy, son vrai déclic est en fait son voyage au Canada, où elle effectue un PVT [permis vacances travail], bac en poche. « Je voulais, bouger, partir, découvrir autre chose. Je ne savais absolument pas quoi faire de ma vie ». En perte de repères, loin de sa famille, de ses amis, loin « des montagnes, de la mer, de La Réunion », celle qui s’intéressait davantage à la culture nord-américaine qu’à son île, se met finalement à chercher des photos de l’île Bourbon sur internet, à scroller sur You Tube : « J’avais besoin d’écouter du maloya, du sega, alors que je n’en écoutais pas tant que ça quand j’habitais à La Réunion. Ce n’était pas ancré en moi ». L’éloignement l’emmène à se redécouvrir, elle et ses valeurs: « Je viens d’une famille multiculturelle, mon grand-père c’est un yab, ma grand-mère, une cafrine et ma famille maternelle est malgache. J’ai tous ces côtés en moi et je suis très bien comme ça. C’est un peu cette image-là que j’ai envie de véhiculer dans mes textes ». Elle se découvre un côté militant, et l’envie insatiable de partager ses valeurs de paix, de vivre-ensemble prend de plus en plus de place. « C’est par la musique que j’avais envie de faire passer des messages, de me battre pour une cause ». Alors elle se met à écrire. L’inspiration fuse et la magie opère : elle décide de faire quelque chose de son don artistique. « Je n’avais pas envie de continuer à chanter toute seule dans ma salle de bain toute ma vie en fait », plaisante-t-elle.

Quand elle rentre à La Réunion, elle provoque des rencontres avec des musiciens et tout s’enchaine. Des scènes et des tremplins qu’elle remporte entre 2014 et 2016 (Golden Mic, Mega Wat, Le Son du Bahut), à la rencontre de son actuel manager Luciano Mabrouk fin 2015, elle se retrouve en première partie de Davy Sicard, jouera à Liberté Métisse, se produira au Kaloo Bang Festival et tournera un clip pour le Live Sauvage de Réunion La 1ère. Elle verra même son morceau Komare, issu de sa collaboration avec le duo de DJs Do Moon, apparaître sur la compilation Ibiza 2018… et par conséquent mixé par des DJs internationaux.

Autodidacte

Klowdy, c’est une autodidacte qui se laisse porter et qui fonce en même temps. Sa voix, elle l’a travaillée toute seule, sans jamais prendre de cours, dans sa chambre ou dans sa salle de bain, en calquant ses idoles : Ayo, Asa, ou Selah Sue. Avant de monter sur scène, elle ne s’échauffe pas. Le stress ? Elle en fait son affaire. « Le mauvais stress est là quand on n’est pas prêt. Moi je travaille pour être toujours prête. Donc je n’ai que du bon stress ». Quand elle sort ses premières notes, on n’y croit pas : des tremolos placés juste là où il faut, une voix un tantinet éraillée, suave, qui s’envole dans les aigus, genre « il est où le problème ? ». Elle chante en anglais, en malgache en créole. Et ça parait simple, si simple. Simple et humble. Comme elle. Quand on lui demande qui l’inspire, elle est surprise par la question, limite. Alors, elle nous parle de tous les artistes qu’elle côtoie au quotidien, des gens qui l’entourent : « tout le monde m’inspire en fait. Il y a toujours une partie à prendre chez les autres. Il n’y pas UNE SEULE personne qui m’inspire ». 

Tout ça, elle le raconte calmement, posément, avec une sérénité déconcertante. On sent pourtant que ça fuse, que ça bouge, que ça bouillonne là-haut. Ses créations en sont le reflet. On lui demande de définir sa musique, parce qu’on est un peu perdu, c’est vrai. Elle répond en mode automatique : « Afro-soul-reggae-urbain». Et d’ajouter en riant : « Je n’ai pas envie d’être cantonnée à une seule chose. Il y a quand même un lien entre mes chansons, un côté actuel, urbain qui revient. Mais de toutes façons, les mélanges, le métissage, c’est La Réunion ! ». 

« Une meuf à tout faire »

Dans la vie, c’est pareil, la dionysienne se définit comme « une meuf à tout faire ». « Je n’aime pas la routine, je n’aime pas la monotonie. J’ai besoin que ma vie soit chargée pour vivre, quoi. Dès qu’il n’y a rien, je panique ». Klowdy n’est pas le genre de fille à s’éparpiller pour autant. Ni dans sa vie, encore moins dans sa musique : « La musique, c’est un combat de toute une vie. Je ne m’en rendais pas compte. Mais c’est du taff ! Il faut être carré, rien ne doit être laissé au hasard. Mais sans ça, ce ne serait pas excitant », positive-t-elle. Ses études, qu’elle suit au sein de l’École des médias de l’océan Indien à Saint-Denis, c’est pour « assurer ses arrières ». Car même si la musique fait partie d’elle, Klowdy reconnait qu’en vivre, c’est « vraiment un choix de vie ». « Les dates ne tombent pas comme ça, le milieu est difficile ». Et puis, elle aime le journalisme. Comme elle aime un tas d’autres choses, d’ailleurs. Pour l’heure, elle se focalise sur la concrétisation de son premier album, sur de possibles tournées, « pour défendre ses textes ailleurs qu’à La Réunion ». Elle ne souhaite pas encore évoquer l’album en cours parce que « ça reste la musique : tant que ce n’est pas confirmé, je ne veux pas m’avancer ». 

Elle pétille cette Klowdy. Et c’est avec une grande sagesse qu’elle finit par nous glisser : « De toutes façons, je ne peux pas me permettre de ne pas réussir dans la vie. Je suis l’espoir de ma famille à Mada. Si je réussis tout ce que j’accomplis, je vais pouvoir les aider, comme le font déjà mes tantes, dont j’espère reprendre le flambeau un jour. Mes parents m’ont appris à construire à partir de rien. C’est peut-être la raison pour laquelle je suis comme ça au final ».

 

© Crédits photo : Pierre MARCHAL
© Crédits vidéo : Hakim ZITTE

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