La culture, ça conserve

0
547

Attention, ces piles de boîtes frisent… l’addiction. Totalement vides, elles sont pleines de jeux de mots… et notamment de subtiles contrepèteries. Saurez-vous les retrouver ? On vous aide avec des italiques.

Ô ! Bienvenue dans le clan du Bongou ! La Boutik Lamok est née pour fêter la première bougie de Bongou, magazine web péi bien décalé. Pourquoi ? « On se tape tellement de spectacles creux qu’on s’est dit pourquoi pas des boîtes vides ? », lance Yann Manzone, demi-tête penchante de Bongou (l’autre moitié étant Marie Capron alias Zerbinette, tous deux ex-Azenda). « On vend du vide, comme l’industrie agroalimentaire, en fait ». Sauf qu’à 5 euros pièce, votre banquier dormira plus tranquille qu’après un marathon chez Leclerc ou Auchan. Leur mot d’ordre tient en trois airs : (faire) Rire, Réagir et Railler. Déclinables aussi en label triple D : Déconne, Dessin et Dénonce.

Pour souffler la première bougie du p’tit Bongou, il fallait trouver, selon “Manzi”, « quelque chose de fédérateur entre le Cri du margouillat et Rock à la buse. Un truc dans l’esprit des affiches de rock à la Réunion, qui ont fait l’objet des expos de 2016 et 2017 à la Cité des Arts ».

BD, rock et satire, les ingrédients étaient parfaits pour réaliser un gâteau d’anniversaire en forme de clin d’œil au supermarché Ferraille (*) des Requins marteaux. À défaut de bougie, ce seront des boîtes de conserve qui feront étinceler les yeux émus des adeptes du Bongou. 25 artistes péi se sont ainsi lancés dans la confection de cet hommage-clin d’œil, et 25 boîtes de conserve sont nées de cette cuisine furieusement satirique et gentiment déconneuse : graphistes, dessinateurs, peintres, street artistes et autres locaux comme Hippolyte, John Bob, Jace, Tehem, etc. Chacun égratigne, taquine le bon goût réunionnais qui n’a pas échappé à la tyrannie du packaging.

Au fil des boîtes, tout le monde en prend pour son grade, chaque communauté a droit à son petit coup de scalpel. Une mise en boîte pour tester l’humour des uns et des autres sur des thèmes qui fâchent souvent, mais jamais gravement.

Par exemple, l’art d’éviter le politiquement correct et la récupération, comme l’illustre la boîte Mayola, « la mayo-nase battue au rythme des roulèrs », qui « peut contenir des traces d’appropriation culturelle ». Oussanousavon, Tartine La Roue, tout y passe.

Ou dénicher la malbouffe en conserve, avec la boîte « Gastroentézourite, le civet qui va vous lessiver » dont le cri de ralliement est « Une île, un peuple, intestin ». À déguster en buvant un bon jus de GlyphoZat’ en conserve…

Ou encore la boîte qu’on préfère chez Lotrinfo, une « spéciale contrepèterie » appelée Bouchons Mafate dont les ingrédients mettent l’eau à la bouche : cherchez les  contrepèteries, il y en a 20 ! Une « fine appellation » , « au jus de canne », « c’est mieux que de bouffer de la rillette » « chute de poids », « canard sur le feu », « pas de fausse graisse », « cuit dans son jus »…

Petite histoire du commerce

C’est aussi un véritable hommage à l’histoire du commerce entre la métropole et sa fille des îles : nourrir cette chère enfant n’a pas été de tout repos en effet, et on ne compte plus les échecs pour pérenniser les échanges commerciaux entre l’Europe et l’archipel des Mascareignes : voiliers chargés d’espoirs, de richesses et de nouveautés technologiques à destination de l’océan Indien dont le périple s’achevait parfois à peine l’ancre levée… tel ce boutre bordelais qui coula dans les flots du confluent de la Garonne.

Mais le marin aventurier est opiniâtre et fier. On a même entendu l’un d’eux moquer ainsi l’uniforme : « jamais je n’aurai de rebord à mes épaulettes ». Préférant garder leurs potes malouins, bravant les océans, contournant la tête de l’Afrique, combattant les vilains anthropophages qui font gaver tous les Blancs, faisant fortune du commerce des épices, des menthes qui saoûlent et autres denrées exotiques. Au prix parfois de leur santé, ils couraient tant de buts exotiques qu’ils en perdaient leur belle mine.

Cette époque est révolue et le marin est devenu riche à force de peiner. On déplore même qu’il roule aujourd’hui sur les pépettes (si vous me permettez l’expression). Mais ne nous égarons point : en 2019 le cœur de la Réunion bat, régulier et inarrêtable malgré les gilets jaunes, au rythme consumériste de la mondialisation. Ainsi, ces piles de boîtes – à entasser façon Andy Warhol dans la cuisine – feront baver plus d’une ménagère de moins de 50 ans… et délier plus d’une bourse.

(*) Remember le supermarché Ferraille : http://supermarcheferraille.free.fr/home.htm des géniaux Requins marteaux : http://lesrequinsmarteaux.over-blog.com/tag/supermarche%20ferraille/

Ô toi lecteur attentif, tu auras compris qu'il y a le choix dans la date, 
et que tu pourras remplir ton caddische à la Cité des arts les 15 (18h) 
et 16 mars (13h à 20h) dans le cadre du festival Rock à la Buse, ou plus 
tard à la Galerie Very yes de Jace, à St Pierre. Une soirée à la Tête dans 
les étoiles aura lieu ensuite, en avril.

À noter que ce week-end à la Cité des arts, on se délectera en parallèle 
de l’expo BD des immenses auteurs sud-africains Anton Kannemeyer et Conrad
Botes, créateurs de la revue Bittercomix en 1992 (première publication 
underground africaine), ainsi que du Marg’bazar et des dédicaces d’auteurs.

Tirées à 50 exemplaires maxi chacune, ces boîtes vides recouvertes d’une
étiquette proviennent de Bourbon industries à Bras Panon. Elles sont 
vendues 5 euros, histoire d’indemniser les artistes qui ont oeuvré quasi
bénévolement.

On peut voir toutes les moques sur https://www.bongou.re/boutik/

Commentaires

Publicité