La tourneuse de pages

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C’est une étrange petite annonce à l’Etang Salé les Hauts. Elle attire l’oeil et l’attention de ceux qui fréquentent l’épicerie bio ou le bureau de tabac attenants : Gaëlle, « lectrice à domicile », propose de se rendre chez vous, pour vous faire la lecture à votre guise : prose ou poésie, fiction ou réel, enfants ou gramounes, tous types de publics, bien-portants ou non, ayant perdu le chemin des mots, l’usage de leurs membres ou leur acuité visuelle.

 

La lectrice, c’est Mademoiselle Augé. Une toute jeune trentenaire, amoureuse des lettres qu’on lit autant que de celles qu’on écrit.

D’aussi loin où remonte sa mémoire, elle a « toujours aimé la lecture et l’écriture ». Après un bac littéraire, cette Montpelliéraine passionnée de théâtre et de danse a bifurqué vers le travail social pour devenir monitrice éducatrice : « j’aime l’Humain », résume-t-elle tout simplement avec un doux sourire, sur la terrasse qu’elle partage avec sa coloc et leurs deux jeunes enfants respectifs. Son fils s’appelle Sohan, « celui qui donne de l’amour », et a déjà soufflé sept bougies.

Quoi qu’elle ait fait, jamais elle n’a quitté la planète livres. Après avoir animé moults ateliers d’écriture et de théâtre, elle a rejoint les deux bouts – travail social et expression écrite – en devenant facilitatrice au sein de la célèbre revue marseillaise «La Feuille de chou ». Elle y accompagnait des patients de psychiatrie dans le processus d’écriture.

Un souvenir lui revient avec un sourire. « C’était au lycée. J’aimais inventer des mots. Je me souviens avoir écrit « Terrorifier » sur ma copie ».  Le barbarisme lui a valu un coup de stylo rouge en passant. Tous les profs ne sont pas des poètes.

De la même manière, elle a passé des heures à inventer des histoires pour son fils, avec lequel elle a rejoint la Réunion il y a neuf mois, île natale de son ancien compagnon.

Pour cela, elle a quitté le confort de son CDI, avec dans ses bagages l’envie de monter une association ou une entreprise dans l’économie sociale et solidaire. Une nouvelle page à tourner.

Alors forcément, la vie est devenue un peu moins confortable. En attendant d’avoir les sous, elle voyage sur grand écran. « Ce qui vient d’ailleurs, les modes de vie différents des nôtres, ça me passionne. Les Tsiganes, Cuba pour sa transition sociétale, l’Amérique du Sud, l’Afrique… »

Avec un Bafa « contes et arts du spectacle » en poche, elle a également proposé à la bibliothèque d’être lectrice bénévole. « J’explore mes environs », rit-elle, rêvant de créer sa « biblioroulotte », sur le modèle d’initiatives de lecture nomade qui la font rêver : la bibliambule (qui fait le lien entre hamac et lire, voir sur www.les-zambules.com), les bibliothèques à dos de dromadaire au Kénya, d’âne en Ethiopie ou de cheval en Indonésie…

Car tout le monde n’a pas la ressource pour pousser la porte dune bibliothèque. A l’instar d’un théâtre ou d’un opéra, le lieu peut impressionner.

Alors, forte de son expérience de porte-à-porte, elle a décidé que la lutte contre l’illettrisme pouvait aussi se jouer à domicile, livre en main, chez les gens les plus éloignés de la culture et du spectacle. « Le livre est un moyen fabuleux de lutter contre la solitude, de provoquer l’échange. Lire n’est pas qu’une activité solitaire, loin de là ».

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