Les combattants de la liberté

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Aline Murin-Hoarau, professeure au collège de Sainte-Suzanne, et Conseillère régionale déléguée à la culture, a fait de l’histoire de son île natale un véritable sacerdoce. Une mission obsessionnelle dans le bon sens du terme. Luttant contre toute forme d’obscurantisme, ses recherches aux côtés d’autres historiens visent à transmettre aux générations futures l’acceptation de notre passé à travers les hommes et les femmes qui l’ont façonné. Le marronnage en fait partie.

À l’occasion de la célébration du 170ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage, Aline Murin-Hoarau édite un livret sur l’histoire du marronnage à La Réunion. Aboutissement de recherches menées sur le passé esclavagiste de l’île, cet ouvrage contribue à une meilleure connaissance pédagogique de tout un pan de notre histoire réunionnaise.

Pour l’historienne, le marronnage, symbole de la résistance à l’injustice,  est intimement lié à l’histoire de l’esclavage et du peuplement de La Réunion. « Ce travail mené avec Jean-Pierre Coevoet qui s’est beaucoup investi dans ce projet remonte à plus de dix ans. Le 170ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage a été l’occasion de me replonger dans mes notes pour mener à terme une réflexion personnelle, pouvoir disserter, élaborer une planche philosophique sous une approche pédagogique ; afin de mieux vulgariser auprès du plus grand nombre et notamment à destination des élèves. Un travail abordé par Prosper Eve et Sudel Fuma qui m’ont fortement inspiré ».

Quête de liberté

Pour Aline Murin-Hoarau, « le marronnage est synonyme d’une quête de liberté, d’un esprit de rébellion guidé par l’âme de nos ancêtres suppliciés. Au bout de cette fuite qui est en fait un combat, se trouve toujours la mort ».

Pour mener à bien ce projet, les deux historiens ont élaboré trois pistes afin de définir ce qu’est le marronnage, à partir de quand il apparaît, sa place dans le Code Noir et les Lettres Patentes, ainsi que les différentes formes qui en découlent. « Nous sommes remontés à 1663 jusqu’à 1848, soit presque 200 ans d’histoire ».

« Cet ouvrage met l’accent sur le courage des marrons qui n’ont pas attendu les décrets officiels sur l’émancipation et la liberté de 1848. D’origine malgache, refusant courageusement son statut d’esclave pour fuir le littoral dans les hauts de l’île, l’esclave dépersonnalisé a choisi de rompre avec le littoral, de gagner les hauteurs de l’île en défiant son maître. En choisissant de marronner, l’esclave libre affaiblit l’ordre établi, celui de la productivité de l’habitation. La montagne constitue alors un refuge. C’est son espace de liberté, l’espace où tout ce qui est interdit devient possible.

Je veux à travers cet ouvrage faire passer des valeurs, valoriser et vanter le courage, l’audace des hommes qui ont marqué notre histoire. Ces marrons qui ont bravé la mort, le froid, au prix de la liberté » confie Aline Murin-Hoarau.

Valoriser l’Homme réunionnais

« Il nous faut connaître l’histoire de ces marrons pour valoriser l’Homme réunionnais avec un Grand H, ce peuple digne, en harmonie avec la nature, la famille, sa culture et le culte des ancêtres. C’est en cela qu’il nous faut mettre en lumière cette partie de notre histoire, la diffuser pour la partager, la transmettre. Sortir du silence pour retrouver cet esprit qui animait les marrons, cette soif de liberté, cette sagesse et ce respect de l’ancien ».

« Furcy, Anchaing, Eva, Mafate et Cimendef, autant de noms légendaires de marrons à jamais inscrits dans la mémoire collective et notre histoire commune. Ils participent de ce fait à notre identité réunionnaise, au même titre que le maloya qui a contribué à la mise en lumière du culte des ancêtres. Le marronnage annonce ce patrimoine politique qui a construit des projets réunionnais dans une île où la créolisation traduit la diversité aboutissant à l’unité » confie l’historienne passionnée, qui conclut par une anecdote, un souvenir à jamais gravé dans sa mémoire :

« J’ai grandi au Chaudron à Saint-Denis où je croisais, étant petite, Alain Peters, qui à l’époque vivait dans la rue. Il était souvent adossé à la bibliothèque du quartier. Je me souviens d’une phrase qu’un jour il me dit, une phrase qui m’a poursuivi des années. Il m’avoua alors qu’il était un marron. Une phrase qui résonne encore en moi. C’est aussi pour cela que j’ai demandé à sa soeur Emmanuelle d’illustrer le livret avec Jean-Philippe Adam. Il n’y a pas de hasard dans la vie, juste des rencontres qui un jour prennent tout leur sens ».

Illustration : Emmanuelle Peters et Jean-Philippe Adam

Aline Murin-Hoarau en quelques dates

– 1990 : Licence d’histoire à la Réunion

– 1992 : Institutrice à Sainte-Suzanne

– 1997 : Diplômée du CAPES

– 2011 : Participe à la rédaction du livret sur l’histoire de Sainte-Suzanne

– 2015 : Exposition sur le marronnage

– 2016 : participe à l’élaboration de nombreuses expositions sur l’histoire de la Réunion. A contribué à la réalisation des documents pédagogiques.

© Crédits photo : Pierre MARCHAL

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