Les liens complexes entre musique et édition numérique (épisode 1)

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Les dernières années ont vu une profonde mutation des industries culturelles et créatives. Le disque, plus encore que le livre papier, est devenu un produit numérique intégré à de nouvelles chaînes de valeur.  

De support physique à support numérique, d’économie classique à économie de l’accès, le modèle économique de la musique a été révolutionné dès l’arrivée de  Napster en 2003. Ce site Internet, pionnier du téléchargement de fichiers musicaux MP3, a obligé le secteur de la musique à se repenser.  

Aujourd’hui encore, pour faire éditer son œuvre, un artiste musicien a un choix limité. Soit il passe par une maison d’édition, que ce soit un label indépendant ou une des grandes sociétés d’édition musicale appelées  majors (Sony, Universal ou Warner). Soit l’artiste crée son propre label musical ou recherche une coédition. Si l’artiste signe auprès d’une maison d’édition, cette dernière prélèvera un pourcentage sur les revenus de l’œuvre et gérera les droits d’auteur de l’artiste.  

La révolution du MP3

Reste encore à en assurer la distribution. Jusqu’à récemment, suite au contrat signé entre musiciens et labels, la maison d’édition musicale produisait des CD (ou des vinyles) pour les vendre auprès de distributeurs physiques. Depuis 2003 et l’avènement des fichiers MP3, les maisons d’édition musicale travaillent avec les distributeurs digitaux comme Apple Music, Spotify, Deezer, pour vendre en ligne des produits créatifs numérisés. Rejeton du géant mondial Google, YouTube Music vient également de faire son apparition sur le marché de la distribution payante musicale en août 2018.

Pour ceux qui en doutent encore, il est quasiment impossible en tant qu’artiste indépendant de partager ses œuvres sur iTunes ou Spotify. Ces plateformes ne sont pas ouvertes aux petites structures, à moins que vous ayez votre propre label. Afin de gagner en efficacité et en praticité, les artistes doivent passer par un agrégateur ou distributeur digital de musique. Cela leur permet de vendre en ligne leur musique, d’ajouter des infos à leur sujet et surtout d’être présent sur tous les sites de streaming et de téléchargement de leur choix (tant qu’ils sont inclus dans l’offre de leur distributeur digital). 

Se pose alors la question du choix de la plateforme en elle-même. Il existe des centaines d’alternatives aussi bien anglophones (Tunecore, CDBaby, Ditto, Distrokid, etc.) que francophones (Zimbalam, iMusician, Wiseband, etc.), qui offrent chacune des fonctionnalités différentes avec des termes différents (notamment pour le prix et les options). 

Dans le cadre d’un contrat de distribution directe, l’artiste négocie en direct et avec chaque site, l’acquisition, la livraison des fichiers musicaux, les conditions de rémunération et les rapports de vente. Outre la réactivité de cette solution, elle s’avère plus lucrative pour l’artiste qui peut également négocier ses propres taux de rémunération. Les inconvénients sont en lien avec la nécessité de renouveler l’exercice auprès de nombreuses plateformes si on veut être accessible. Outre la longueur des procédures, il faut tenir compte des différences techniques entres les plateformes. Au final, seuls les gros labels et les majors ont un intérêt à choisir cette solution pour peser sur les points de ventes lors de la promotion. 

Des solutions plus ou moins adaptées pour les petits labels

Le second canal est celui des agrégateurs qui se chargent de commercialiser la musique numérique auprès du grand public, en proposant un ou plusieurs types d’offres. Un agrégateur de contenu livre les fichiers musicaux aux sites avec lesquels il a négocié des accords et fournit à l’artiste un rapport sur ses ventes. L’artiste (ou son label) paye ce service d’agrégation  soit par produit numérisé soit via un forfait annuel. L’agrégateur se rémunère sur les frais de mise en ligne et/ou par un pourcentage des revenus générés. Outre le temps gagné, cette solution semble idéale pour les petits labels et les artistes autoproduits, car les solutions d’agrégation permettent d’avoir une distribution digitale pour une somme en général assez abordable. On citera comme exemple de telles plateformes CD Baby,  Zimbalam (qui a fusionné avec Tunecore au sein de Believe Digital), IMusician, Wiseband,  BandCamp… 

Le troisième canal est celui des distributeurs digitaux. En plus du travail d’agrégateur, le distributeur propose un service. Sa rémunération est, comme pour la distribution physique, basée sur un pourcentage des revenus générés par les ventes. Le distributeur représente un large catalogue de références et surtout de chiffre d’affaire sur les différents sites de ventes. Il peut donc négocier au mieux le prix de revient d’une vente, et surtout pousser sur la mise en avant et la visibilité du titre. Il s’agit d’une solution idéale pour les labels ayant un catalogue conséquent et/ou les projets ayant un potentiel commercial fort. On citera par exemple :  Believe Digital,  IdolThe Orchard,  Zebralution 

Un Réunionnais vient, depuis peu, jouer le trouble-fête dans cette mécanique déjà complexe. Comme l’annonce Vigile Hoareau, co-fondateur de Crowdaa : « Crowdaa est une plateforme qui permet à chaque musicien ou à chaque groupe de créer sa propre application mobile Android, afin de distribuer et de vendre leurs contenus de façon indépendante des plateformes de distribution telles que iTunes pour la vente de fichiers, ou Spotify pour le streaming. Avec cette solution, l’artiste devient son propre distributeur indépendant et peut prendre les décisions qui sont les meilleures pour lui. ” 

Car, vous le savez, il existe plusieurs façons de consommer de la musique en ligne… 

Les formes de téléchargement et de streaming sont multiples, comme la qualité audio des fichiers disponibles. Nous reviendrons prochainement sur une présentation plus détaillée de ces plateformes. 

Crowdaa 

Fondée par le Réunionnais Vigile Hoareau (docteur en psychologie et 
spécialiste de l’intelligence artificielle), et l'Américain Jimmy Thomas,
vice-président de la Motown (producteur de Tupac ou du Wu Tang Clan), 
Crowdaa veut révolutionner l'univers de la distribution numérique. 

Ses créateurs ont développé une application mobile pour les fans 
de musique. Elle leur permet de trouver des contenus audio, vidéos 
et live streaming, mais également de suivre leurs artistes préférés. 
Pour cela, ils peuvent entrer en contact et échanger avec eux via l'envoi
d'emails ou de SMS. La musique y est gratuite et sans publicité, et il est
possible de télécharger des morceaux payants. 
Du côté des artistes, la plateforme leur permet, ainsi qu'aux labels, 
de gérer leur marketing, leur relation client et leur distribution. 
Une première qui leur offre la possibilité de s'émanciper des 
plateformes de distribution actuelles. 
 © Crédits photo : De Bioraven

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