Péters repris de justesse (1)

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Dans sa reprise de Rest là maloya, Le gros B, Lavilliers de son nom de scène, variétise clairement feu Alain Péters. Episode 1 de la longue série des covers dédiées au plus rock des auteurs réunionnais.

Une logique vagabonde et créative

J’apprends, avec beaucoup de retard, à l’occasion d’une session flow sur Deezer, que Lavilliers a repris le titre-phare de feu Alain Péters, Rest là maloya. Autant surprise que déboussolée à la première écoute, je finis par entendre la froideur de ce qu’il me reste de raison. Que le Gros B, petit nom que nous donnons, mon ami Germon et moi-je, au Stéphanois, commette cet acte repreneur n’a rien de complètement surprenant. Ce type aime bien chanter, prendre des avions, rencontrer des zikeurs locaux, les associer à ses délits, la reprise de Péters s’inscrit donc dans la logique vagabonde et créative du bonhomme.

Le résultat vaut ce qu’il vaut, on n’aime ou on n’aime pas. Perso, même s’il elle est assaisonnée aux sonorités kouleur-lokal, la tambouille du Gros manque de piment dramatique et s’apparente davantage à un très audible titre de varièt’ vaguement world qu’à un hommage passionnel au poète-rocker réunionais. On est loin, très loin, de la version écorchée vive arrangée par Tue Loup et qui, pour ne rien te cacher, m’avait carrément fait chialer dans mes yeux.

Des réactions outragées

Ce papier pourrait s’arrêtait là si je n’étais pas tombée sur les réactions outragées de quelques puristes improvisés docteur es Péters. Traître, il chante en français, il ne respecte pas le texte, il déshonore sa mémoire, le Lavilliers en prend plein la cheutron. Alors là les gars, permettez-moi de m’inscrire en folle. Le propre de toute reprise, c’est quoi, si ce n’est de désosser l’original, d’en garder la colonne vertébrale et de l’adapter à sa propre sensibilité ?

Chanter Péters comme Péters serait une expérience aussi vaine qu’inutile, voire vulgaire. Que tous les baiseurs de tchik du devoir de mémoire culturo-identitaire se la mettent sous le bras et aillent écouter des reprises autrement plus bousculantes comme celles de Hey Joe par Willy DeVille, de Smoke on the water par Pink Turtle ou, pire du pire du détournement d’art majeur, de Dans le port d’Amsterdam par Parabellum. Mort aux fafs.

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