Sylvie Espérance : pour l’amour du verbe

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Autrefois ingénieure en biochimie dans l’industrie, Sylvie Espérance n’a pu se résoudre à mettre de côté son envie criante d’écriture, de mise en scène. Une reconversion irrésistible, évidente et en parfaite cohérence avec cet être au désir d’expression sans limites…

Sylvie Espérance
50 ans
Née à Saint-Denis
Réside à Saint-Paul
Comédienne, artiste

Quel a été votre parcours professionnel ?

Sylvie Espérance : « J’étais ingénieur dans l’industrie jusqu’à mes 35 ans et ce boulot ne me plaisait vraiment pas alors je l’ai quitté pour suivre ma fibre artistique, celle qui m’a toujours guidée en réalité. Je me suis alors formée au conservatoire de Saint-Denis puis à Avignon et j’ai commencé à travailler en tant que comédienne à l’âge de 38 ans. Pour subvenir à mes besoins, je travaillais dans un théâtre où j’étais chargée de la partie administrative. En parallèle, mon professeur au conservatoire d’Avignon, faisait des créations en lien avec La Réunion. Il s’agissait d’une série de huit créations avec des comédiens réunionnais, ayant déjà fait la formation à Avignon, il m’a naturellement proposé de faire partie de deux de ses créations et pour moi, tout a commencé ainsi. »

« (…) Je me suis rendu compte de la puissance du mot, de la portée du verbe »

Mais, comment s’est manifesté chez vous ce désir pour l’Art de l’éloquence, cette passion pour le vers ?

S. E. : « J’ai rencontré le théâtre alors que j’étais étudiante à la Fac de Montpellier. Avec un ami, nous nous ennuyions profondément sur le campus et nous avons décidé de monter notre propre club de théâtre. Nous n’y connaissions rien du tout et nous avons donc pris des cours au sein de la Maison de la culture de la ville. J’ai alors vécu de véritables beaux moments de théâtre : des jeunes comme moi, que je fréquentais tous les jours étaient subitement transformés et c’est à partir de ce moment-là que je me suis rendue compte de la puissance du mot, de la portée du verbe. Puis, tout s’est arrêté car j’ai fait mon école d’ingénieurs et je n’avais plus le temps. Lorsque j’ai commencé à travailler, j’ai repris quelques cours. Finalement, je n’ai pu résister bien longtemps à l’appel artistique, le théâtre m’a emportée. »

Comment les comédiens s’approprient-ils les textes des pièces de théâtre ?

S. E. : « Tout dépend de la pièce de théâtre mais pour une pièce telle que Morgabine où tout est basé sur le texte, on passe beaucoup de temps à lire et à relire pour que le comédien comprenne le processus caché qui se déploie à l’intérieur de l’écriture. Puis, il y a le processus parfois fastidieux de l’apprentissage enfin, on fait des essais sur plateau pour voir comment cela sonne dans un espace. A partir de ce moment-là, on émet des propositions pour que le texte raisonne plus juste et tout s’enchaîne. »

« Ici, tout est à créer et nous sommes à l’orée de ce nouveau théâtre réunionnais »

Existe-t-il un « vivier » de comédiens à La Réunion ?

S. E. : « Oui ! Nous avons de plus en plus de comédiens locaux puisque tous les ans, le Conservatoire en délivre. De jeunes Réunionnais sont régulièrement sélectionnés pour poursuivre leurs études dans de grandes écoles en métropole donc il y a un véritable vivier de jeunes bien formés qui a de la culture et qui surtout, a envie de revenir à La Réunion pour inventer un nouveau théâtre. Car, nous sommes formés par le théâtre français et européen, c’est-à-dire un théâtre de verbe. Ici, tout est à créer et nous sommes à l’orée de ce nouveau théâtre réunionnais. D’ailleurs, je suis ravie que ce soit des jeunes qui fassent partie de l’équipe de Morgabine. »

« (…) je ne me pose pas la question de La Réunion dans mes œuvres : elle est dans mes gènes. »

Quelle place tient La Réunion dans vos créations ?

S. E. : « Tout comme mes ascendants, je suis née à La Réunion mais, je ne me pose pas la question de La Réunion dans mes œuvres : elle est dans mes gènes, à l’intérieur de moi. Je laisse donc les choses et les thématiques affleurer. Je me rends compte après coups que ce sont des sujets insulaires : forcément, puisque je suis profondément Réunionnaise, je ne l’ai donc pas fait exprès, La Réunion me travaille inconsciemment. D’ailleurs, il y a des personnages mythologiques qui se retrouvent dans plusieurs créations réunionnaises car nous sommes tous imprégnés d’une culture particulière, singulière. Il est intéressant de se pencher sur le fait que « Morgabine » est le titre du spectacle mais il est aussi le premier nom de l’île de La Réunion. Pour moi, ça va beaucoup plus loin que cela car tout le monde peut se reconnaitre dedans : c’est l’insularité, l’exil intérieur que nous portons tous en nous-mêmes. Morgabine est un récit universel. »

« Morgabine », principaux producteurs : Le Théâtre 
Les Bambous, Le CDNOI, Le Théâtre Canter, La
DACOI, La Région Réunion, La Mairie de Saint-Denis, 
L’ADAMI, La STETIDAM.

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