Vanille Attié : “Je suis une saltimbanque”

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Vanille Attié, danseuse, comédienne, chanteuse réunionnaise, était à La Réunion cette semaine pour profiter de ses proches et garder le lien avec son île. Alors qu’elle s’apprête à sortir son 6ème album, nous avons pu nous entretenir avec cette touche-à-tout artistique. Interview. 

Vous êtes chanteuse, danseuse, comédienne, animatrice… Qu’est-ce qui a suscité cet appétit pour les arts ?
C’est avec Jean-Pierre Clain, figure emblématique de la danse à La Réunion, que tout a commencé. J’avais 15-16 ans. Il m’a repéré lors d’un spectacle de danse un vendredi soir. Et j’ai ensuite participé à son propre spectacle qui s’appelait Life. Puis, j’ai fait la connaissance de Patrick Pongahé, qui a été un nouveau déclencheur. J’ai clairement attrapé le virus de la scène grâce à ces gens. Je suis ensuite passée de la danse à la chanson. Mais je me définirais davantage comme une auteure que comme une chanteuse.
Ce qui m’intéresse dans tout cela, c’est de raconter des histoires, que ce soit en chantant ou en dansant. Et puis, j’ai fait quelques pubs locales. En gros, entre 16 et 18 ans, j’ai un peu touché à tout. J’ai fini par saturer le marché… un peu trop… (rires). J’ai donc décidé de partir à Paris avec l’idée de devenir danseuse professionnelle. Je n’ai jamais arrêté de danser. Que ce soit en enseignant ou en me produisant. Clairement, je suis une saltimbanque (rires) !

Vous parlez d’enseignement, vous donnez donc des cours ? 
Oui, et notamment dans le cadre d’une association culturelle, que j’ai créée il y a 10 ans, à Paris. Elle s’appelle Léla et se concentre surtout sur l’apprentissage de la comédie musicale. J’ai manqué de ce genre de pratiques et dispositifs quand j’étais plus jeune. Et l’envie de transmettre est arrivée naturellement. J’anime donc des ateliers pour un public de 9 mois à 17 ans. On les initie d’abord à la danse, puis aux clowneries, puis au théâtre, puis au chant, pour enfin arriver à la comédie musicale.
Je veux juste concrétiser des rêves, encourager ces enfants et adolescents à ne pas lâcher leurs envies artistiques.

Vous avez sorti cinq albums, pourriez-vous revenir dessus ? 
Mes albums sont tous un peu différents. Le premier, Lagon des Horizons, était un album de «parisienne ». J’avais 20 ans, j’arrivais à Paris… Ce sont des chansons à textes, avec piano et voix, ou voix guitare. J’y raconte mes premiers pas dans la capitale, mes premières rencontres, la difficulté de faire ce métier… Je me suis même essayé au rap pour faire comme MC Solaar : ça, c’était raté (rires) ! Le deuxième album, Si ou n’a l’envie, c’était mon retour aux sources : un album en créole. Les 3ème et 4ème album sont beaucoup plus expérimentaux. C’est complètement barré musicalement en fait ! (rires) On aime ou on n’aime pas. Ils m’ont permis de découvrir les musiques électroniques : je suis passée de la bande 12 pouces au numérique (rires) ! Il y a eu aussi un album « fantôme », un album qu’on a créé pour une association de protection des coraux, dont l’argent des ventes revenait directement à l’association en question.

Aujourd’hui, vous préparez un 6ème album. Comment se construit-il ? 
Le fil rouge de cet album c’est la vie intime d’une femme, une femme plus mûre, qui s’assume, qui parle de vie, de mort, de sexe. C’est un peu moi dans ces textes. La musique permet de se libérer, même si ce n’est pas conscient. En même temps, on fait un métier de névrosé, on court tout le temps, on n’arrête pas… Heureusement qu’on peut équilibrer tout ça avec l’écriture, la création etc.

Si je veux décrire cet album, je dirais que c’est un album aux « musiques hybrides ». J’ai eu envie de mélanger les styles musicaux, des sons, créer des ambiances musicales particulières. En fait, j’ai voulu faire un album anachronique, combiner des styles qui normalement ne se retrouvent jamais ensemble. Par exemple, j’ai mélangé de la musique classique avec du hard rock, j’ai distillé des bruits d’eau, de bâtons de pluie, de feu… Il y a également beaucoup d’éléments électroniques. Mais la base « chansons à texte » est toujours là.

Pourquoi tenir autant à ces fusions de styles ? 
Parce que je déteste les albums où on a l’impression d’écouter un seul morceau tout du long. C’est ma phobie (rires) !

Vous n’avez pas peur d’égarer un peu le public ? 
Non, car c’est ce qui a fait le succès de mon premier album. C’est la diversité des sons qui a attiré le public. Peut-être que je ne rallierai pas de nouveaux auditeurs à cet album, mais ceux qui me suivent d’habitude ne seront pas étonnés.

Vous avez sorti 5 albums. Un seul est en créole. Pourquoi ne pas avoir produit davantage d’albums dans votre langue maternelle ?
Je ne me sens plus légitime pour parler cette langue… je rêve en français, je vis à Paris…J’ai l’impression de trahir cette belle langue si je me mets à la parler ou à la chanter… d’autant que j’ai dorénavant un accent… Ça fait 30 ans que j’habite en métropole. Mais je parle créole en famille, avec mes proches. En revanche, même si mes chansons ne sont pas dans cette langue, je mets un point d’honneur à glisser du maloya dans certains morceaux.

Quel lien entretenez-vous aujourd’hui avec La Réunion ?
Et bien déjà, c’est chez moi (rires) ! J’ai besoin de mon île. Elle me manque beaucoup : toute ma famille est ici, ainsi que mes amies de toujours. La qualité de la vie aussi évidemment : les fruits, le soleil… Profiter de tout ça, adossée à la montagne, les yeux vers la mer, c’est inégalable ! Et puis, pour ma fille. Je n’ai pas envie qu’elle perde le lien. Alors, je reviens 3,4 fois par an, quand c’est possible. Au-delà de ça, dans le cadre de mon titre d’ambassadrice de La Réunion à Paris, dès que je peux, je parle de mon île, je la mets à l’honneur, je parle de notre modèle du vivre-ensemble. Un jour, quand ma fille aura quitté le nid, je vieillirais sous un palmier, sur mon île (rires).

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