Les vaches sacrées du Kerval

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Direction ce dimanche le cirque de Mafate et plus précisément le plateau du Kerval, parfois nommé Kelval. À la découverte d’un endroit dépaysant et riche.                                         Durée 7h, distance 19.2 km, altitude haute-basse 1973 – 1380 m, dénivelé positif 1400 m, randonnée difficile.

Ce lieu peu connu des Réunionnais fait partie du massif du Piton des Neiges, ancien volcan à l’origine de la formation de l’île de La Réunion. Il est situé dans le sud-est du cirque naturel de Mafate, au pied du Gros Morne et des Trois Salazes et pour les puristes, rattaché à la carte communale de Saint-Paul.

Comme souvent à La Réunion, « Kerval » est un mot d’origine malgache qui signifie « Petit Enclos », de Kely et Vala.

Un accès réservé aux bons marcheurs

Nous avons choisi d’y accéder via le Cirque de Salazie, en passant par le Col des Bœufs en haut du village de Grand-Ilet. Un itinéraire alternatif est possible par Cilaos et le col du Taïbit.

Nous garons nos voitures sur le parking surveillé contre la somme de 12 euros (2 jours, une nuit). Je me fais la remarque que ce prix est plus élevé que l’année précédente.

Nous prenons la direction du Col des Bœufs que nous atteignons en 30 minutes d’une montée facile sur une large piste empruntée par de rares véhicules.

Saisis par un vent froid à notre arrivée au Col, nous découvrons la vue à couper le souffle sur le Cirque de Mafate et ses contreforts qui s’offre à nos pieds. Nous entamons la descente vers le Plateau des Tamarins en contrebas que nous atteignons après 45 minutes d’une marche parfois difficile sur des rondins. Mais pour cette fois, pas de boue alors que le site est très souvent humide.

Direction le village de Marla ou plus exactement le Gite de Maison Laclos que nous atteignons après une heure de descente. L’accès au Plateau de Kerval se fait par un sentier caché dans les arbres à proximité du Gite de Maison Laclos. Depuis Marla, il faut 1 heure pour y accéder à pied à 1 850 m d’altitude, jusqu’à ce plateau de la quiétude. Le sentier est praticable par seulement des randonneurs aguerris et bien équipés, car il est très mal balisé et très accidenté.

Malgré la montée difficile (plus encore lorsqu’il pleut), en débouchant à l’orée du plateau, on réalise rapidement que d’autres créatures peuplent les lieux… Des vaches, comme venues de nulle part (comment ont-elles monté le coteau ?) nous observent au loin. Tapies dans la brume, ou à l’ombre des tamarins, elles guettent avec curiosité les réactions des nouveaux venus, à la recherche de leurs intentions.

Tout en hypothèses sur l’origine de ces vaches, nous suivons un petit chemin tracé dans la pelouse à la recherche des berges du magnifique lac où nous espérons poser nos tentes. Au bout de quelque minutes, guidés par un troupeau de vaches folles qui s’échappent devant nous en meuglant, il s’offre à nos yeux au pied de la falaise sur laquelle court une petite cascade. Nous voilà arrivés.

Une biodiversité exceptionnelle

Le lieu, plutôt atypique dans le cirque de Mafate, est prisé des campeurs. Par son isolement, il est propice à la méditation, d’autant que la beauté des paysages inspire.

Les randonneurs doivent toutefois se montrer vigilant et ranger leurs affaires : la mare sert en effet à abreuver des troupeaux de vaches qui y vivent à l’année. Et ces ruminants ingurgitent à peu près tout ce qui traîne autour des tentes. Nous aurons ainsi été réveillés par l’une d’elle venue chaparder des pommes dans une marmite que nous pensions pourtant avoir mis à l’abri sous des branches…

Pour le reste, on aperçoit quelques alevins et des têtards dans la mare, mais l’eau est rarement propre à cause des vaches. Sauf pour une Hirondelle de Bourbon et des Salanganes qui ont été observées venant boire et s’alimenter. Des passereaux endémiques sont également présents : le Tec-tec est le roi des airs, avec ses cousins Bec rose, Cardinal, Martin…

On trouve dans les milieux humides des hauts de La Réunion de nombreuses « mares » à végétation marécageuse (riche en sphaignes et en espèces rares et endémiques) comme celle de Kerval. On pense ici à la mare à jonc à Cilaos, la mare à Poule d’eau à Salazie, la mare à Boue dans les hauts de la Plaine des Cafres, de même que les petites mares d’altitude de la région du volcan de la fournaise, Piton de l’eau, mare Argamasse….

Pour les experts en biodiversité, consultez la fiche du site sur : http://carmen.developpement-durable.gouv.fr/IHM/metadata/REU/Publication/ZH_fiches/2003/07_Mare_de_Kerval.pdf


Mafate : vers un éco-territoire pour le Parc national

Lieu incontournable de l’île, le cirque de Mafate est un lieu appelé à se développer. Le Parc souhaite en effet en faire une vitrine pour le tourisme et le Patrimoine mondial. L’ambition est de construire un territoire exemplaire tout en améliorant le cadre de vie de ses 800 habitants. Il s’agit de répondre aux besoins primaires des Mafatais et d’en faire des ambassadeurs du Patrimoine mondial en tant qu’habitant impliqué dans la préservation de la biodiversité environnante.

Avec une population fragmentée et répartie dans les rares îlets dont l’aspect plan favorise la constructions de villages, le cirque de Mafate n’est pas desservi par un accès routier. Il en résulte un enclavement des résidents et un frein à la circulation dans le cirque. Ce problème impacte en particulier l’éducation au sein de Mafate.

Autre trajet possible :

Départ de Cilaos : rendez-vous au village de Cilaos, 
prenez la direction de l’îlet à cordes puis garez-vous 
après le pont de Palmiste Rouge d’où part le sentier
vers Mafate par le Taïbit.

Difficulté : Difficile - Durée : 8h 
- Distance : 20km    - Dénivelé Positif : 1800m.

© Crédits photo : @Fenol et Pierre MARCHAL

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