Malacca, la mythique

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Direction l’Asie du sud-est à la découverte d’une ville mythique qui a influencée l’histoire de La Réunion: Malacca. 

Véritable Venise de la Malaisie, et de l’Asie du sud-est (avant Singapour), Malacca abrite un patrimoine de toute beauté. Je parle ici de la Venise marchande, pas de la ville engloutie sous les eaux. En effet, longtemps carrefour des routes maritimes reliant l’océan Indien à la mer de Chine, Malacca a vu se succéder les colonisations portugaise, hollandaise et anglaise, et a hérité d’un métissage culturel visible notamment dans son architecture pittoresque. La ville accueille aujourd’hui une population chinoise importante et son quartier de Chinatown est l’un des plus agréables du pays, avec ses jolies façades stylisées et ses temples éblouissants.

Faisons tout d’abord un peu de géographie. L’histoire viendra après. Puis le tourisme.

Bendar Melaka, le véritable nom malais de la ville, se trouve au sud de la Malaisie, à 3 heures de bus ou de train de la grouillante capitale Kuala Lumpur et à la même distance de Singapour. C’est un port, une ville côtière donc, d’environ 400.000 habitants mais le coeur de ville, autour de son centre historique est une enclave de tranquillité perturbée parfois par des groupes de touristes chinois.

Une ville empreinte d’histoire

La ville s’est imposée dans l’imaginaire mondial pour le détroit qui porte encore son nom.  Le détroit de Malacca, avec ses 800 kilomètres, est le plus long du monde. C’est un des passages maritimes les plus fréquentés aussi, où transitent le tiers des containers et la moitié des pétroliers du monde. C’est le passage obligé entre l’Océan Indien et l’Océan Pacifique, entre le Moyen et l’Extrême-Orient, reliant quatre des pays les plus peuplés du monde : Inde, Indonésie, Japon et Chine.

Située sur une artère du commerce international, la cité-État de Malacca, fondé vers 1400, devint rapidement le port le plus important de la région, rôle que du VIIIe au XIIIe siècles avait tenu une autre cité-État, Sriwijaya, ancien nom de Palembang. Parameswara,  le prince de Palembang (fondateur de Malacca) se convertit à l’islam à la fin de son règne en 1414 et pris le nom d’Iskandar Shah. Il va développer les relations de Malacca avec la Chine et le monde arabe. Les marchands musulmans joueront un rôle prépondérant dans l’essor de la ville. En outre, dès 1405, la cité cherche la protection de la Chine et y envoie plusieurs missions. En retour, l’amiral chinois musulman Zheng He vient plusieurs fois à Malaka de 1405 à 1433, à la tête d’une énorme flotte. Le quartier de Bukit Cina témoigne de l’établissement de Chinois, qui considéraient qu’il avait le meilleur Feng Shui de la cité. Le cimetière chinois de Malaka est le plus grand cimetière chinois du monde hors de Chine.

Malaka est conquise en 1511 par le vice-roi portugais des Indes, Afonso de Albuquerque, parti de Goa à la tête d’une flotte de dix-huit bateaux et 1.200 hommes. C’est l’époque de la découverte probable des iles Mascareignes (La Réunion et Maurice) par les Portugais. Rappelons que c’est en 1506 que Dom Manuel 1er, roi du Portugal, décide d’envoyer une armada menée par Tristan da Cunha, avec la mission de reconnaître les côtes de Madagascar et de pousser ensuite l’exploration jusqu’à Malacca, dont on parlait depuis le retour de Vasco da Gama en 1498. Afonso de Albuquerque fait partie de cette flotte avec comme mission secrète de remplacer Francisco de Almeida, premier vice-roi des Indes portugaises.

Une étape de la découverte des Mascareignes

Par la suite, l’essor de cette nouvelle route des épices et de la soie va amener une multiplication des échanges dans l’océan indien. Ainsi, le recensement général de la population réunionnaise en 1704 affichait à Bourbon 311 esclaves, parmi lesquels 45 sont indiens, un est dit “de Malaqueet un autre est “more”. Ce dernier terme désigne sans doute un musulman dont l’origine, indéterminée, peut être la Malaisie aussi bien que la Mer Rouge, les Comores ou un autre lieu. L’esclave de “Malaque”, c’est-à-dire Malacca, peut avec plus de certitude être considéré comme Malais.

Enfant déjà je rêvais de ces destinations exotiques aux noms porteurs d’histoires. Malacca faisait partie de ce panthéon des villes à visiter un jour.  Une visite devenue inoubliable.

La ville de Malacca est aujourd’hui classée au Patrimoine Mondial de l’Humanité par l’Unesco. Comme moi, vous serez séduit par son héritage multiculturel, le charme de ses constructions coloniales portugaises, hollandaises, britanniques ou encore chinoises, mais aussi par ses pittoresques boutiques de bibelots et d’antiquités éparpillées dans les vieilles ruelles étroites. 

Le point central de la ville est le Town Square, où l’on trouve la Christ Church (datant de 1753) et le Stadhuys (hotel de ville en Hollandais). La colline Butik Saint-Paul se situe juste à coté : on y trouve les ruines de l’église Saint Paul, construite par les Portugais en 1521 et où Saint François-Xavier s’est rendu à plusieurs reprises, puis au pied de la colline les ruines de la Porta de Santiago, vestige du fort d’A Famosa.

Deux musées sont à ne pas rater: le Musée historique ethnographique, situé dans le Stadhuys, et le Musée Baba and Nyonya Heritage situé dans la veille ville. Le Musée historique ethnographique retrace les batailles entre puissances européennes pour le contrôle stratégique du détroit de Malacca : on peut y flâner facilement plusieurs heures. Le Musée Baba and Nyonya Heritage qui appartient toujours aux descendants d’une riche famille, montre l’habitat, le luxe et les coutumes syncrétiques issues du mélange des Malais et des Chinois. 

Enfin, il faut absolument tester les cuisines locales. Pour cela, direction Jalan Taman Melaka Raya (TMR) et les vendeurs de rue… Vous pourrez goûter des mets d’influence malaise, chinoise et portugaise. Pour l’hébergement, nous vous conseillons le somptueux Puri Hotel. Un petit bijou architectural.

© Crédits photo : Jean-Philippe Payet

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