Compagnies aériennes à la Réunion, stop au monopole des « Vol’Air »

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Entre terre et mer lors de notre précédent billet d’humeur sur les retards de la nouvelle route du littoral, levons les yeux et intéressons-nous cette fois sur ce qui se passe dans le ciel réunionnais. Une prise d’altitude nécessaire pour se rendre compte du manège des compagnies aériennes, inévitables gagnants d’un petit jeu qui dure depuis voilà plusieurs décennies au grand détriment des Réunionnais.

 

Bonne nouvelle : selon les chiffres de la Direction Générale de l’Aviation Civile (DGAC) de mars 2019, les prix des billets d’avion toutes destinations confondues au départ de l’Hexagone sont en baisse (-2,3% par rapport à 2018). Mauvaise nouvelle : ces chiffres ne concernent pas la Réunion. Pire encore, les prix des billets d’avion à destination des Outre-mer sont en hausse de 3,7% en moyenne (Réunion, Martinique, Guadeloupe, Guyane.) La Réunion est même le seul département où les prix des billets au départ de l’île ont augmenté (+5%). Une exclusivité dont on se serait pourtant bien passé.

Ciel dégagé et aucune turbulence pour les compagnies aériennes

Une hausse des prix qui survient malgré des tarifs pratiqués déjà très élevés sur une île où la situation de l’emploi se dégrade de jours en jours avec les conséquences que l’on connaît sur le pouvoir d’achat. Même pour la classe moyenne, voyager relève de plus en plus du sacrifice tant les prix s’envolent notamment en période de vacances. Pour autant, le marché du transport aérien ne s’est jamais aussi bien porté à l’aéroport Roland Garros. L’établissement est le premier aéroport d’Outre-mer en 2018 en affluence avec ses 2,4 millions de passagers juste devant celui de Pointe-à-Pitre en Guadeloupe. Le onzième aéroport français a multiplié les records d’affluence avec des progressions observées sur les lignes grands-courriers internationales, régionales et même de transports de marchandises. Par rapport à l’exercice précédent, 2018 a permis d’enregistrer 12% de passagers supplémentaires sur les lignes Métropole-Réunion qui représentent 60% de l’activité totale de l’aéroport (chiffres DGAC relayées par le site Air Journal). Des résultats qui font le bonheur des compagnies aériennes qui se partagent les seuls flux de transports grand public opérationnels à la Réunion.

La Continuité territoriale, l’arbre qui cache la forêt

Instaurée pour pallier les tarifs exorbitants imposés par les compagnies aériennes, la continuité territoriale est une vraie fausse bonne idée. Financée par le contribuable, elle coûte près de 50 M€ par an à la région. Une somme qui participe ainsi à l’affluence évoquée sur les lignes et à l’enrichissement des compagnies aériennes alors qu’elle aurait pu être allouée à d’autres projets d’utilités publiques. Outre les surcoûts imposés dès lors aux non-bénéficiaires de la continuité territoriale, ce dispositif est de plus non viable à long terme puisqu’il permet à des sociétés privées d’entretenir leur monopole tout en augmentant leurs tarifs. Ces mêmes tarifs qui font fuir les touristes éventuels ou qui les contraignent à restreindre leurs dépenses une fois arrivés sur l’île.

Le prix des billets est une fatalité à la Réunion

Peu remis en cause par les gilets jaunes locaux, l’aspect onéreux des billets d’avion est en fait assimilé comme une fatalité par la population locale. Au fil des années, celle-ci a appris à s’en accommoder alors que partout ailleurs, dans le monde et dans les autres territoires d’Outre-mer, les compagnies low-cost fleurissent et apportent un peu de souplesse aux voyageurs en faisant jouer la concurrence. De son côté, La Réunion pâtit encore de la fermeture de l’aéroport aux compagnies étrangères. Force est de constater que l’arrivée de la compagnie low-cost French Blue en 2017, désormais French Bee, n’aura pas été suffisante pour contraindre les concurrents à aligner leurs tarifs. Premiers bénéficiaires d’un marché qui a le vent en poupe, le renouvellement ne viendra pas des compagnies aériennes présentes actuellement sur le tarmac de l’aéroport. Il est du ressort de l’IRT et de la société exploitante de l’aéroport de conclure des accords afin d’attirer des nouvelles offres attrayantes pour les réunionnais et les touristes. Si des discussions en ce sens ont bien eu lieu ces dernières années, il faudra désormais des résultats probants pour véritablement changer la donne.

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