Humeur : Oui, les filles ne jouent pas comme les garçons, et c’est tant mieux !

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Sur le papier, l’événement a tout pour plaire, une Coupe du Monde à la maison, la France parmi les favorites, trois victoires en autant de matchs, des années qu’on attendait cela. Pourtant, voilà à peine deux semaines que la compétition a débutée, mais la Coupe est déjà pleine. La faute aux misogynes qui s’ignorent et aux féministes invétérées qui mènent une bataille sans merci polluant nos ondes TV, radios et nos réseaux sociaux de leurs jacasseries de comptoir.

 

Comme des garçons…

On en connaît tous. Mais si vous savez, ces footeux qui auraient pu faire carrière, mais seulement voilà : « Rupture des ligaments croisés, la poisse ». Les voilà désormais spectateurs d’une vie qui n’aurait de toute manière pas été la leur. Tous ces experts tactico-technique critiquant inlassablement les déplacements, les choix, les frappes de tels et tels joueurs. Imaginez un peu leur frustration, à l’heure où des filles, mais oui « le sexe faible », bénéficient d’un coup de projecteur sans précédent à domicile. Plus motivés que jamais, ils compilent le pire de ce qui s’est fait en ce début de compétition, gestes techniques ratés, frappes complètement hors du cadre et autres maladresses font le tour des réseaux sociaux. Le geste malheureux de la défenseure Wendy Renard face à la Norvège aura suffi pour faire d’elle la risée de Twitter, faisant oublier ses deux buts lors du match d’ouverture. Il faut dire qu’on ne leur fait pas de cadeau à ces dames.

Seulement les voilà surgir, avec certes la meilleure volonté du monde, la Dreamteam de la bien-pensance féminine contre-attaque avec ses arguments affûtés pour affirmer que « Oui, les femmes jouent comme des garçons ! » N’en déplaise aux non-binaires, des différences physiologiques existent et limiter ses arguments à l’égalité hommes-femmes, c’est donner du grain à moudre à ceux communément appelés les haters.

L’égalité est un droit, pas une réalité

La France est un exemple pour beaucoup de nations en matière de football féminin. La réussite des clubs professionnels tricolores en Ligue des Champions est le fruit du travail de visionnaires qui ont su investir à juste titre dans la discipline. Jean-Michel Aulas et Lou Nicollin pour ne citer qu’eux. Mais cet investissement reste très modéré en comparaison aux moyens qui sont alloués au football masculin. Ainsi, le PSG et l’OL, soit les deux plus grosses écuries, dépensent entre 5 et 7 M€ chaque année pour leur section féminine quand l’équipe des garçons possède un budget de 490 M€ pour Paris et 170 M€ pour Lyon. Le budget alloué aux meilleures équipes féminines équivaudrait ainsi à celui d’un club de bas de classement de Ligue 2. Ces investissements sont du même ordre lorsqu’il s’agit de fournir aux féminines des équipements, des structures et autres atouts pour progresser. Même concernant le staff et ce également dans le milieu amateur, les éducateurs les plus diplômés, les entraîneurs les plus expérimentés, sont réservés aux sections masculines. Dans de telles conditions, alors que les investissements diffèrent en tout point (budget, staff, structures…), comment espérer que les filles puissent développer le même niveau de jeu que celui développé par les garçons ?

Le Football féminin doit se vendre autrement

Loin de moi l’idée de blâmer telles ou telles organisations sur la gestion de leur section féminine. Le football de haut niveau, on le sait, reste un business pour le meilleur et pour le pire. Pour autant, les institutions qui ont su faire confiance aux filles en investissant un tant soit peu dans le football féminin, voient aujourd’hui les fruits de leurs efforts. Les USA qui sont à l’heure actuelle les favorites à leur propre succession sur le toit du monde, en sont la preuve vivante. Distancées sur le soccer masculin où sont installées depuis trop longtemps des nations phares, les institutions américaines ont su bâtir une équipe forte et rendre celle-ci attractive en s’appuyant sur des icônes telles que Alex Morgan. Pour aller plus loin, le football féminin devra prouver qu’il est capable de générer des fonds, d’attirer des sponsors, les audiences de ces premiers jours de compétition plaident en leur faveur. Pourvu que ça dure !

Pour que le football féminin puisse vivre pleinement sa Coupe du Monde, il est également primordial de cesser les comparaisons avec les homologues masculins. Non, Delphine Cascarino n’est pas la Mbappé des filles ! Pas une seule rencontre, sans que les commentateurs de TF1 n’en reviennent aux garçons lors d’une rencontre féminine. Là-encore, les Américaines peuvent être citées en exemple. Bien aidées, par le fait qu’il n’y ait de toute manière, aucune référence au sein de l’équipe masculine, les filles disposent de toute la place pour briller en leur nom et pour écrire leur propre histoire.

Les Bleues ont d’autres atouts pour plaire au public

Laissons leurs exploits à Pogba et consorts et concentrons-nous sur ce que les filles ont à offrir. Des jolis gestes certes, mais surtout de belles histoires. Le football féminin possède son lot de parcours atypiques, de réussites touchantes et de témoignages poignants. Beaucoup de joueuses de ce mondial ne peuvent vivre uniquement du football et doivent travailler en parallèle de leur carrière sportive. Leur parcours et leur humilité se rapprochent des valeurs du sport amateur qui sont bien plus attrayantes pour les annonceurs que le football business auquel on est habitué tout au long de l’année. Les marques l’ont bien compris en utilisant beaucoup de storytelling pour éduquer le public et montrer le football féminin sous son meilleur jour. Aux médias désormais, à la fédération française de football, aux chroniqueurs et commentateurs d’en faire de même. Le basket l’a réalisé par exemple en mettant en avant des filles extraordinaires en 2013 avec « les Braqueuses ». Un véritable engouement s’était créé pour soutenir la bande à Dumerc sans que personne ne se plaigne que le basket féminin soit moins attractif que le masculin.

Enfin, à ceux qui au nom de la parité réclament plus d’égalité dans le traitement médiatique et le budget alloué aux joueuses, montrer votre mécontentement ne suffit pas. Agissez en faveur du sport féminin, intéressez-vous aux joueuses au-delà de la Coupe du Monde, suivez-les sur les réseaux sociaux, acheter leurs maillots, allez voir leurs matchs toute l’année. C’est en devenant bankable que le foot féminin pourra prospérer à l’avenir.

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