Interview Krishna Damour : « On nous prive d’un outil culturel, le septième art, depuis bien trop longtemps. »

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Le sud veut son cinéma. En témoignent les 10 198 signatures récoltées par le Comité de Soutien pour le Multiplexe de Pierrefonds dans le cadre de sa pétition pour la construction de cet édifice qui permettra de diminuer les inégalités en matière de divertissement entre le sud et le nord-ouest de l’île. Krishna Damour, porte-parole de ce comité et plus largement investi dans le Collectif pour le développement de la micro-région Sud revient pour Lotrinfo sur les enjeux de cette ouverture.

 

Malmené par différents épisodes judiciaires et administratifs depuis plus de 15 ans maintenant, le sud s’estime lésé de cette situation qui pénalise une grande partie de la population réunionnaise explique Krishna Damour :

« Nous intervenons au sein du collectif depuis 2006 pour un rééquilibrage territorial. Comme vous le savez la Réunion est partagée en 5 micro-régions et en observant de plus près on remarque un certain déséquilibre structurel. Par exemple, la majorité des centres administratifs se trouvent dans le Nord. On constate aussi une absorption majeure des fonds structurels par le Nord. Résultat, le sud devient le parent pauvre de la Réunion, c’est pourquoi nous avons monté ce collectif afin d’alerter les instances publiques. Nous avons ainsi défendu plusieurs projets dont l’aéroport de Pierrefonds ou encore le CHU de Terre-Sainte. Notre combat pour le multiplexe intervient dans la continuité de cette démarche pour le sud. »

En quoi la livraison d’un multiplexe s’avère importante pour la micro-région Sud ?

« Il faut savoir que l’offre cinématographique est six fois moins pourvue dans le sud de l’île par rapport au nord-ouest. Cela signifie que l’offre culturelle du sud est beaucoup plus pauvre ce qui est au détriment des habitants. Ce n’est pas normal que les familles et les cinéphiles du sud soient contraints de se rendre à Saint-Paul ou à Sainte-Marie pour fréquenter un multiplexe. Il faut alors compter le coût du transport qui s’ajoute au prix du cinéma sans parler des considérations écologiques. Surtout que la CNAC (Commission Nationale d’Aménagement Cinématographique) autorise depuis 2009 la création de deux multiplexes sur cette micro-région, et à l’heure actuelle celui qui est le plus avancé et qui est soutenu par l’État via la Caisse des Dépôts et de Consignations, c’est celui du Groupe Ethève. Nous ne prenons pas parti entre les concurrents, mais c’est tout de même le projet le plus concret qui est susceptible de sortir de terre. »

Quels sont les atouts qui vous ont séduit dans ce projet ?

« Premièrement, le fait que le projet soit situé à Pierrefonds. C’est une zone très accessible pour l’ensemble des sudistes qu’ils proviennent de Saint-Louis, L’Étang-Salé ou de Saint-Pierre et du Tampon. De même, c’est le projet le plus concret, ce n’est pas une utopie. C’est le plus avancé puisque nous sommes à la fin de la procédure des recours. Aussi pour bien connaître l’établissement de Saint-Paul, ce sera un projet convivial et attractif avec 10 salles, 2 restaurants et une salle de réception ce qui manque également au sud. Ce projet s’inscrit dans un pôle de loisirs global qui sera situé dans la zone de Pierrefonds. »

Avez-vous l’impression que les sudistes sont pénalisés par la bataille judiciaire qui est menée actuellement ?

« Je ne peux que réitérer ce que j’ai déjà dit auparavant, à savoir qu’aujourd’hui ces recours prennent les sudistes en otages. Nous sommes clairement dépendants des recours que nous estimons comme abusifs. Et aujourd’hui, un certain opposant politique vient également mettre son grain de sel en étant contre le projet à des fins certainement politiques mais sans tenir compte des besoins de développement de ce territoire. À mon sens, ce n’est pas en déposant des recours pour retarder la livraison du multiplexe, qu’on réduira le manque d’infrastructures dans le sud. Il faut savoir que la ville de Saint-Pierre ne dispose que d’un cinéma actuellement. Dès qu’un film à succès y est projeté, les jeunes et les moins jeunes doivent patienter de longues minutes à l’extérieur pour espérer assister à la projection. Ne faudrait-il pas avant de s’attaquer à la concurrence, structurer l’offre déjà présente ? »

Vous venez de mettre en ligne une pétition en faveur de la création d’un multiplexe pour les sudistes, quelle est le message qui ressort de cette pétition ?

« Cette pétition a été initiée par un Comité de soutien lancé en 2017 pour dire stop aux procédures et aux recours abusifs. Nous avons souhaité mettre en avant cette pétition pour montrer que les sudistes sont attentifs à la création d’un multiplexe. Nous avons collecté près de 10 198 signatures et ce n’est tout de même pas anodin. Cela démontre l’attente des cinéphiles, des sudistes et des Réunionnais de manière générale car les habitants de toute l’île pourront profiter de ce divertissement. »

Quel serait pour vous le meilleur scénario désormais ?

« Le meilleur scénario serait que la Cour d’Appel de Paris suive les décisions précédentes afin de réitérer un avis favorable au projet de Pierrefonds. Nous avons l’impression qu’on nous prive du septième art, on nous confisque un véritable outil culturel depuis bien trop longtemps. »

© Crédits photo :  Comité de Soutien pour le Multiplex de Pierrefonds

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