Grillades en plein air : des bases de loisirs franciliennes à l’étoile Michelin texane

Alors que les beaux jours éveillent chez les Parisiens des envies de merguez et de brochettes grillées, la capitale française oppose une fin de non-recevoir aux amateurs de braise. Il est en effet strictement interdit de sortir son matériel de cuisson dans les parcs et jardins intra-muros, sous peine de s’exposer à une amende dissuasive. Pour profiter légalement d’un barbecue, il faut franchir le périphérique. Paradoxalement, pendant que les Franciliens cherchent un coin d’herbe pour leurs grillades dominicales, outre-Atlantique, cette pratique culinaire populaire vient de recevoir la plus haute distinction gastronomique sans pour autant devenir inaccessible. Tour d’horizon, de l’Île-de-France au Texas.

L’Île-de-France, refuge des amateurs de braise

Pour éviter les sanctions et les risques d’incendie, les habitants de la région doivent se tourner vers les bases de loisirs aménagées. Ces espaces, souvent situés en grande couronne, offrent un cadre sécurisé indispensable à la pratique.

En Seine-et-Marne, la base de loisirs de Varennes-sur-Seine fait figure de bon élève. Autour de son plan d’eau accessible gratuitement toute l’année, les familles peuvent s’installer pour déjeuner après une promenade ou une partie de pétanque. Si les feux sont autorisés, l’autonomie est de mise : les visiteurs doivent impérativement apporter leur propre charbon ainsi que leur grille.

Les Yvelines, terre d’accueil des grands espaces

Le département des Yvelines propose plusieurs options pour les adeptes du déjeuner sur l’herbe. La base de loisirs de Saint-Quentin-en-Yvelines, connue pour abriter le plus grand plan d’eau de la région et un vaste domaine de 600 hectares, a délimité une zone spécifique. Celle-ci se situe stratégiquement près de la route menant au Relais des Canardières, permettant d’allier pique-nique et activités nautiques.

Plus à l’ouest, à environ 70 kilomètres de la capitale, la base de loisirs des Boucles de Seine à Moisson offre 350 hectares de verdure. Entre une partie de golf ou de tennis, les groupes d’amis peuvent s’y retrouver dans les zones dédiées aux barbecues. De même, la base du Val de Seine à Verneuil-sur-Seine autorise les grillades sur l’ensemble de son site, à l’exception notable de la plage, privilégiant ainsi la tranquillité des baigneurs tout en profitant d’un cadre où forêt et eau se côtoient.

Discipline et civisme dans le Val-d’Oise

À Cergy-Pontoise, la réglementation s’est durcie pour mieux encadrer la pratique. Autrefois toléré sur l’ensemble de la base, le barbecue est désormais cantonné à un secteur précis, situé entre l’étang des Cayennes et celui des Eguerets, à proximité du téléski.

Les autorités du parc insistent sur un point crucial : les feux au sol sont proscrits. Les usagers doivent obligatoirement se munir de barbecues sur pied pour préserver les pelouses. Le respect de l’environnement reste la condition sine qua non de cette tolérance, avec une obligation stricte de gestion des déchets via les poubelles mises à disposition.

Quand le barbecue décroche une étoile Michelin

Si en France le barbecue reste synonyme de loisir décontracté, il accède au rang de haute cuisine aux États-Unis. Le célèbre guide Michelin, souvent associé à des additions vertigineuses et à une atmosphère guindée, a bousculé ses propres codes en 2024. Le restaurant LeRoy and Lewis Barbecue, situé à Austin au Texas, a obtenu sa première étoile, prouvant que l’excellence culinaire n’est pas incompatible avec la simplicité.

L’établissement a connu une ascension fulgurante. Démarré comme un simple « food truck » en 2017, il s’est sédentarisé un an seulement avant son sacre dans un bâtiment en briques de près de 500 mètres carrés dans le sud d’Austin. Cette distinction vient saluer une approche qualitative où la viande provient exclusivement de ranchs et fermes texans.

L’excellence à prix doux

Ce qui surprend davantage que l’étoile elle-même, c’est la politique tarifaire de l’établissement. Alors que le coût médian d’un repas dans un restaurant une étoile Michelin avoisine les 165 dollars, LeRoy and Lewis maintient des prix comparables à ceux des chaînes de restauration grand public.

Une assiette composée de deux viandes et deux accompagnements — servie avec les traditionnels cornichons, piments jalapeños, pain et sauce — est facturée 23 dollars. Avec des burgers et sandwichs proposés à moins de 20 dollars et des offres spéciales en semaine après 17 heures, l’adresse texane démontre qu’il est possible de figurer dans le guide rouge sans ruiner sa clientèle, réconciliant ainsi gastronomie de pointe et cuisine populaire.