20 000 lieues sous la terre

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LEGENDE : Le Piton de la Fournaise fait partie de l'un des volcans les plus actifs au monde. La formation de tunnels de lave a permis à des guides spécialisés de faire découvrir au plus grand nombre une curiosité géologique à nulle autre pareille.

Notre journaliste a tenté l’expérience de se retrouver enfermée sous la coulée de lave 2004, dans le cadre d’une des activités les plus atypiques de La Réunion, l’exploration des tunnels de lave. Récit.

« Bonjour, réservation confirmée, rendez-vous demain à 13h au niveau du parking de la coulée de lave 2001, sur la RN2 entre Saint Philippe et Sainte Rose. Prévoyez bien le temps de route. Demandez Seb». SMS on ne peut plus efficace. Me voilà en route pour le Grand brûlé, cette zone située au sein de la dernière caldeira formée par le Piton de la Fournaise, côté Est de l’île, afin d’explorer les tréfonds de la terre réunionnaise. En chemin, je me demande tout de même si j’ai bien fait de me lancer dans cette activité, moi qui ne suis pas une grande adepte de la spéléo, voire limite claustro. Une fois sur la Route des laves, mes réflexions se stoppent net. C’est sous une pluie fine, digne des plus beaux crachins finistériens, que je traverse un paysage lunaire, apocalyptique et fascinant.

13h tapantes, pour une fois, je ne suis pas en retard. Une voix rieuse au léger accent chantant me sort de mes pensées. « Tu es Clara ? Je suis Seb. On attend encore deux personnes mais tu peux commencer à te préparer ». Je m’exécute derechef, me dirige vers l’utilitaire blanc estampillé Volcanorun et rejoins cinq autres personnes de tout âge – le plus âgé a 63 ans, oui oui – toutes professions confondues. Elles suivront la visite avec moi. Nous nous équipons sur les conseils de Seb, 32 ans. Diplômé en spéléologie, il exerce son activité dans les tunnels de lave depuis un an et demi. Avant, il habitait en Corse, mais a grandi à La Réunion. C’est son beau-père, Roby Soriano, le précurseur de l’activité en 2006, qui lui propose de revenir sur l’île, afin de travailler avec lui. « Je n’ai aucun regret d’avoir quitté la Corse. Regarde le terrain de jeux qu’on a ici. Et tu as vu mon bureau ? », me lance-t-il en désignant cette immensité volcanique.

Casque en main, genouillère et gants de protection enfilés, nous suivons le trentenaire passionné, à travers les champs de lave cordée, là où la nature tente de reprendre ses droits.

Bois de chapelets, fougères, lichen, filaos, orchidées sauvages : outre l’aspect exploratoire et sportif de l’activité, Seb nous présente la flore qui peuple le site, allant jusqu’à nous parler de ses vertus médicinales. Ok, la sortie s’annonce intéressante et particulièrement complète. C’était sans compter la petite phrase de Seb qui fait tout : « Je vais vous emmener dans une portion des tunnels de lave très peu fréquentée du public, une portion particulièrement préservée». Échange de regards ravis avec les participants. « Il y a une dizaine d’entrées sur la coulée de 2004, donc on peut entrer et sortir où on veut, il y a des échappatoires partout ». Me voilà rassurée.

À quelques dizaines de mètres de l’océan

Après 5 minutes de marche, nous atteignons une faille de 2 mètres sur 80 cm de diamètre. « Voici l’entrée du tunnel qui mène au salon rouge ». Avec l’aide de Seb, nous descendons un par un dans la cavité. Casque vissé sur la tête, j’allume ma petite lampe frontale. Je reste ébahie : devant nous s’ouvre un dédale de tunnels impressionnants. Et je ne suis pas au bout de mes surprises. Sur ma gauche, un puits de lumière, où s’enchevêtrent fougères et autres plantes invasives. Bref, une extraordinaire oasis souterraine, ou presque. J’en oublie même la chaleur et l’humidité de cet environnement, un peu étouffant par moment. Les consignes de sécurité ne se font pas attendre. Seb rappelle également la spécificité du site, et pour cause : nous nous trouvons au milieu de 6,4 km de réseaux de tunnels, sous la coulée de lave 2004. Il revient également sur le côté insolite de l’activité. Car mis à part Hawaii, qui regorge de ce type de tunnels, La Réunion est le deuxième spot où l’on peut explorer ces labyrinthes de lave avec un guide.

« Durant ce parcours, on va taquiner un peu l’océan ». Devant nos yeux ronds, Seb tempère « enfin… on ne va pas descendre jusque dans l’eau, hein ». Pas grave, imaginer que nous sommes à quelques dizaines de mètres de l’océan fait son petit effet. Même si ça reste vague.

On s’enfonce tranquillement dans ce labyrinthe aux couleurs sublimes et aux formes improbables… On n’entend que le bruit sourd de nos pas, des gouttes d’eau qui perlent au niveau des stalactites de lave séchée …et des casques qui cognent parfois contre les parois. Car même si l’on évolue doucement, l’exercice demande toute l’attention possible, et les roches peuvent parfois déchirer les vêtements et entailler la peau.

Seb nous donne un véritable cours de géologie. Il revient sur la formation de ces tunnels, qui se sont créés par un phénomène qu’on appelle la vidange. « Lorsque la lave diminue dans les cavités, l’air entre et va littéralement figer la lave ». Tout se joue finalement durant la vidange. « Selon l’inclinaison et la vitesse de refroidissement de la lave, on aura des formes et des aspects de roches complètement différents ». Effectivement, les couleurs varient du orange criard au noir brillant, en passant par du marron chocolat ou du gris chrome. C’est fabuleux. J’ai envie de croquer dans chaque mur, tellement la ressemblance avec mon pêché mignon sucré est évidente. « On pourrait croire qu’un sculpteur est passé par ici, s’émerveille le doyen du groupe. Les formes sont tellement précises, tellement bien agencées. On dirait une galerie d’art contemporain, vraiment ! »

Et puis, il y a le « plafond », un plafond extrêmement brillant, scintillant, même. « On appelle ça la vitrification », sourit mon guide. Il ne semble absolument pas se lasser de ce qu’il voit presque tous les jours. « Non, mais c’est fou, tout de même. C’est magnifique! Et regardez donc ces petites gouttes de lave », s’exclame-t-ilOn se retrouve alors dans le salon rouge… une incroyable salle aux couleurs sang. Piliers de lave, dédoublement de tunnels, banquette vitrifiée… nous poursuivons notre visite. Les parois ne sont pas trop rapprochées, les plafonds sont parfois très hauts, ce qui empêche la sensation de claustrophobie. Pour ce parcours, à aucun moment nous ne sommes obligés de nous mettre à plat ventre. Tout au plus, nous sommes accroupis. Car le passage le plus bas est de 70 centimètres et le plus haut de 5,60 mètres. Nous terminons notre sortie par le tunnel le plus emprunté. Preuve en est: des petits bouts de caoutchouc arrachés aux chaussures de sport sont restés accrochés aux aspérités du sol.
Les deux heures et demi sont malheureusement déjà terminées. Nous remontons à la surface, sourire tranche-papaye pour tout le monde. La prochaine fois, c’est clair, je me lance dans l’excursion à la journée.

Pour toutes informations :

Pour 2h30 de visite : tarif enfant – 35 euros / tarif adultes : 50 euros

Toutes les informations : https://tunnelsdelave.re

0692 16 20 90

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