60 bougies pour le PCR

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Ces 17 et 18 mai 2019, le Parti communiste réunionnais célèbre ces 60 ans. Soixante années d’histoire intrinsèquement liée à celle de La Réunion. Retour sur la naissance du PCR.

 

Mais pourquoi cette volonté de créer le PCR ?

Lors de la départementalisation en 1946, Paul Vergès alors âgé de 21 ans s’engage en politique aux côtés de son père, le docteur Raymond Vergès. Celui-ci est l’un des hommes ayant porté La Réunion sur la route de la décolonisation. Mais voilà, 13 ans après, en 1959 Paul Vergès dresse un triste bilan de la départementalisation. Pour lui, c’est un échec ! Les mesures sociales traînent à se mettre en place, et l’égalité avec les départements métropolitains est loin d’être un fait établis. Pour Paul Vergès, il faut imaginer une nouvelle organisation administrative. La solution selon lui : l’autonomie de l’île. Une idée politique qui trouve un écho chez les militants réunionnais du Parti communiste français (PCF). Les plus anciens, comme Léon Lepervanche ou Raymond Mondon, eux ne semblent pas convaincus par le projet du jeune Vergès. La départementalisation et la création de la Fédération communiste locale, ils se sont battu pour, et voient d’un mauvais oeil la création de ce nouveau parti.

A la fin des années 1950, le contexte a changé. Le PCF incite les sections ultramarines à prendre leur indépendance. Par ailleurs, en mars 1959, le second tour des élections municipales se déroule sous haute tension à Saint-Denis, la foule hurle à la fraude. Un climat électrique s’empare alors du chef-lieu. Les partisans de Paul Vergès accusent ceux de Gabriel Macé d’avoir modifié les résultats du scrutin, en défaveur du candidat communiste. L’un des défenseurs de Macé abat le jeune Eliard Laude. Le camp de Vergès accuse la préfecture, les gendarmes et la police d’être de mèche avec celui de Macé. Cet épisode a certainement précipité la décision de Paul Vergès de créer son parti. Deux mois plus tard, les 17 et 18 mai 1959, la Fédération réunionnaise du Parti communiste français est dissoute en présence du représentant du comité central, Léon Feix. Le premier comité directeur du PCR est formé. Ses membres sont Paul Vergès, Bruny Payet, Alice Peverelly et Evenor Lucas, auquel s’ajoute un bureau composé de Pierre Rossolin et d’Isnelle Amelin.

Très tôt, le PCR exprime des divergences d’opinions avec le PCF, en particulier sur les questions internationales. Au moment de sa création, le parti réunionnais défend ardemment un programme autonomiste. Il s’oppose rapidement à l’ancien Premier ministre du général de Gaulle, Michel Debré, élu député de La Réunion en 1963. Autonomiste oui, mais pas indépendantiste. Dans un premier temps Paul Vergès reste fidèle aux idées de son père qui a, rappelons le, proposé aux côtés de Léon Lepervanche le projet de départementalisation, à l’Assemblée nationale, en 1946. Le PCR réclame alors davantage de pouvoirs décisionnels au niveau local. L’autonomie doit se faire tout en restant dans une organisation française.

Un programme et des idées relayés notamment dans le journal Témoignages. Organe de presse fondé par Raymond Vergès en 1944. Un moyen d’expression particulièrement précieux pour le PCR puisque celui-ci est interdit d’antenne sur l’Office de radiodiffusion-télévision française, ORTF. Une censure des médias qui s’instaure à partir du milieu des années 1960 et qui reste en vigueur même après la fin de l’ORTF en 1974. Pour avoir droit de citer, le PCR devra attendre l’arrivée de la gauche au pouvoir avec l’élection de François Mitterrand en 1981

Un parcours fait de victoires et d’échecs, de hauts et de bas, mais 60 ans après sa création, le PCR fait toujours partie du paysage politique réunionnais. Aujourd’hui, bien que le PCR s’attache à la mise en avant de l’identité culturelle réunionnaise, le parti ne revendique plus l’autonomie de l’île. Six décennies marquées par la personnalité charismatique de Paul Vergès, qui pour beaucoup, représentait à lui seul le Parti communiste local. Ainsi, depuis presque trois ans, le PCR a tourné une page importante de son histoire. Il a dû faire le deuil de son leader de toujours. Paul Vergès est resté président du PCR jusqu’à sa mort en novembre 2016, il a été remplacé par son secrétaire général, Elie Hoarau.

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