À la découverte de Pao, le « Siri » local développé par deux Réunionnais

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Dans la catégorie la Réunion a du talent, nous demandons Anaëlle et Jérémy. Forts d’un parcours à l’international long comme le bras, ces deux anciens expatriés sont revenus récemment sur l’île avec l’objectif d’y développer des nouvelles technologies. De leurs réflexions est né Pao, un assistant virtuel péi qui n’aura rien à envier à Siri. Découverte.

 

D’un côté Anaëlle, native de Sainte-Suzanne qui s’est consacrée à plusieurs filières durant ses études. Médecine dans un premier temps puis génie civil notamment dans le traitement de l’eau, elle s’est par la suite orientée en école de commerce où son parcours l’emmènera à travailler pour un important éditeur de logiciels. Au sein de cette entreprise où elle restera 5 ans, elle découvrira la partie développement mais également la dimension marketing de produits notamment à l’international depuis Chicago.

De l’autre côté, Jérémy originaire de Saint-Louis qui s’est spécialisé dans l’informatique. Passionné de danse hip-hop, il fera un passage à Strasbourg avant d’obtenir son diplôme d’ingénieur et d’exercer en Chine pendant deux ans. Son parcours l’emmènera également à travailler en Allemagne et en Autriche où il rencontrera de nombreux leaders des nouvelles technologies dont Adam Cheyer, créateur de Siri.

Désireux tous les deux de rentrer au pays, pour répondre à l’appel de l’île et de la famille après de longues années en Métropole et à l’international, c’est par hasard qu’ils se rencontrent lors d’un évènement professionnel et qu’ils décident de s’associer.

« En 2015, j’ai souhaité redonner du sens à ma vie professionnelle avec un appel du pays qui se faisait de plus en plus pressant, je décide donc de rentrer à la Réunion. Je suis partie 13 ans au final de mon île et j’avais ce besoin de rentrer même si j’avais à l’époque l’optique de repartir par la suite. C’est en préparant la Mascareignes que je me retrouve dans des sentiers de l’île à me rendre compte que je ne connais pas grand-chose sur l’île. C’est à ce moment-là que je me suis dit que ce serait génial d’avoir une sorte de compagnon de voyage virtuel qui saurait répondre à mes questions. C’est en rencontrant Jérémy en 2017 qui avait les mêmes idées depuis sa rencontre avec Adam Cheyer que nous avons commencé à travailler ensemble » explique Anaëlle.

Pourriez-vous nous expliquer qui est Pao ?

Jérémy : Pao est un assistant virtuel spécialisé dans le tourisme et le shopping. Il saura vous donner des conseils sur ce qu’il faut acheter et vous orienter sur les visites à faire à la Réunion. L’idée est qu’il vous facilite la vie sur vos achats et lors de vos sorties culturelles en vous rendant l’information accessible à portée de voix. Sur la partie shopping, il saura vous guider selon que vous cherchez une nouvelle robe, un endroit où manger ou un cadeau pour votre petite sœur et ce à tout moment de la journée. Pao sera opérationnel dès le début de l’année prochaine sous forme d’une application gratuite pour Android et Iphone. C’est notre société Kowidi qui propose également la création de site web sous abonnement qui développe cette technologie.

Avez-vous déjà prévu d’autres expansions pour Pao au-delà du tourisme et du shopping ?

Anaëlle : Oui totalement ! Nous voulons que Pao devienne un assistant pour la vie de tous les jours. Pour le moment, nous y allons brique par brique mais nous avons déjà plusieurs secteurs en tête où Pao pourrait être utile notamment à des populations cibles comme les seniors où les personnes atteintes de déficiences visuelles. Ce sont des idées en développement mais nous sommes déjà en contact avec des spécialistes et des associations pour pouvoir aider, conseiller et faciliter la vie de ces utilisateurs de manière pertinente.

Quelle est la phase la plus difficile dans le développement de Pao ?

Jérémy : Le plus difficile est dans le développement de l’assistant virtuel intelligent. Il doit comprendre la réponse à apporter à chaque formulation de l’utilisateur qui peut demander plusieurs choses en une seule phrase (un ordre de prix et un lieu géographique par exemple). C’est tout ce processus lié à l’intelligence artificielle qui est long à développer. La grosse différence avec Siri sera la personnalisation et le conseil. Pao sera capable selon les informations que vous avez entrées sur votre profil, de vous guider dans vos choix et vous faire des suggestions selon vos goûts. Ce sont-là deux points que le créateur de Siri lui-même m’avait conseillé de développer lorsque je l’ai rencontré.

Forts de vos expériences à l’international, vous ressentiez tous les deux cette envie de rentrer à la Réunion. Pensez-vous que partir est nécessaire pour mieux revenir ?

Anaëlle : J’ai la conviction que le fait de partir est indispensable, pas uniquement pour revenir et créer sa boîte, mais surtout car c’est s’ouvrir au monde, faire des nouvelles rencontres et découvrir de nouvelles expériences. Ce n’est pas forcément exclusif à la Réunion, ce serait la même réflexion pour un Indien qui resterait dans son pays toute sa vie, ou un chinois dans le sien. Partir apporte selon mon expérience, une réflexion sur le monde que l’on ne peut avoir lorsqu’on reste à l’endroit où on a toujours vécu. Donc oui, je pense que c’est nécessaire de partir pour prendre de l’expérience et effectivement si on a la chance de pouvoir rentrer par la suite c’est juste formidable. Dans mon cas, je suis viscéralement attachée à ce bout de caillou qu’est la Réunion et je suis ravie de pouvoir mettre à profit les connaissances que j’ai acquis ailleurs. Mais ce n’est pas facile de revenir. Pendant notre absence, la Réunion évolue et on ne revient pas avec une place au chaud qui nous attend. On doit tout recommencer, refaire sa place comme on aurait dû le faire ailleurs.

Jérémy : Pour moi également c’est très intéressant de partir aussi et se rendre compte à quel point on est riche culturellement à la Réunion. C’est en discutant avec des étrangers et en visitant d’autres pays qu’on réalise tout ce que la Réunion offre au quotidien. On revient avec un nouveau regard et on observe des choses qu’on ne voyait pas avant sur l’île.

Quelle est votre vision sur le secteur des nouvelles technologies à la Réunion ?

Jérémy : Je trouve qu’on n’avance pas assez vite. À la Réunion nous sommes très consommateurs de ce qui se fait à l’extérieur mais nous ne sommes pas précurseurs. Certains commencent à se lancer mais peu de personnes osent investir dans ce domaine. Même si on est une petite île, je pense qu’il y a beaucoup à faire et que nous sommes capables de le faire.

Avez-vous des personnes qui vous inspirent dans votre parcours ?

Jérémy : Oui, j’ai beaucoup de gens qui m’inspirent. Je parlais tout à l’heure du créateur de Siri qui m’inspire énormément. Je pense aussi à Bill Gates dont j’ai pu lire la biographie, même si je ne suis pas d’accord avec toutes ses idées, ce qu’il a réalisé est formidable. Pareil pour Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon. Mais ce qui m’inspire au quotidien c’est surtout l’envie d’être un modèle moi-même pour les jeunes réunionnais. J’ai eu l’occasion de donner des cours et quand je vois des jeunes qui sont motivés, ça me donne envie de les inspirer par mon parcours. J’ai envie de leur ouvrir la voie car je veux les aider à se lancer.

Anaëlle : C’est ce qu’on partage avec Jérémy, cette ambition commune de pouvoir apporter notre état d’esprit et notre vision autour de nous. Selon nous, la qualité qui réunit les entrepreneurs à succès c’est la résilience. Alors on discute et on cherche à savoir comment développer la résilience à notre échelle et comment amener notre génération à aller toujours plus loin. De mon côté également j’ai des mentors qui m’inspirent, ce sont mes grands-parents car malgré leur histoire très compliquée, ils ont réussi à faire des choses incroyables. Je me dis que si j’arrive à faire le dixième de ce qu’ils ont fait malgré le peu de moyens qu’ils avaient, ce serait formidable.

Que peut-on vous souhaiter de meilleur d’ici 5 ans ?

Anaëlle : Le scénario idéal serait que nous ayons déjà développer Pao et notre technologie partout dans le monde. Que Pao soit polyglotte et que des milliers d’utilisateurs l’utilisent dans le monde.

Jérémy : Je rajouterais qu’on aurait beaucoup d’employés. Notre entreprise regrouperait de nombreux Réunionnais d’ici et ceux qui travaillent à l’international. Regrouper les talents réunionnais, des cadres et des stagiaires pour les former à notre façon et leur transmettre nos connaissances technologiques.

Rendez-vous pris d’ici 5 ans.

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