Éclairages sur le marché du cinéma à La Réunion (épisode 2)

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L’écosystème français de soutien à la création cinématographique et audiovisuelle repose sur un principe simple depuis la création du CNC en 1946 : tous les diffuseurs financent la création. Le CNC a d’abord été financé par les salles de cinéma, auxquelles se sont ajoutées les chaînes de télévision, puis les distributeurs de vidéos, les opérateurs télécoms, et désormais l’ensemble des plateformes de vidéos en ligne qui diffusent en France.

Nous vous en parlions la semaine dernière, une taxe spéciale additionnelle (TSA) s’applique en France sur le prix des entrées des projections de spectacles cinématographiques. Cette taxe est un instrument de redistribution des ressources entre les professionnels du cinéma, destiné à favoriser la modernisation des salles et à soutenir la production de films français.

Comme nous vous l’avions expliqué, l’absence de cette taxe et par conséquent, les activités réduites du CNC outre-mer a conduit au développement d’un système de distribution des films, basé sur un système de sous-distributeurs négociant une vente au forfait avec les distributeurs de l’hexagone. Ce système, ajouté à l’extrême concentration du secteur, est à l’origine de pratiques opaques et anti-concurrentielles qui ont eu pour effet de limiter de manière très regrettable le nombre de films programmés chaque année sur les écrans ultramarins, et donc la diversité de programmation.

L’opportunité de relancer l’offre dans les DOM

En France hexagonale, la taxe est perçue par les exploitants au taux de 10,72 % sur les prix des entrées, ou de 16,08 % si la projection est interdite aux moins de 18 ans. La TSA n’a été mise en application aux Antilles, en Guyane et à La Réunion que depuis le 1er janvier 2016, avec une progressivité sur sept ans. La TSA doit y atteindre d’ici à 2022 le taux national de 10,72 %. Mais les opérateurs d’outre-mer estiment qu’aucun cinéma de leur zone n’est en mesure d’absorber un tel taux, « eu égard aux investissements lourds, au fonctionnement de l’exploitation plus onéreux en raison de l’éloignement, et au contexte économique et social ».

Prix d’une place de cinéma en France
TVA 5,5 %
TSA 10,72 %
Base film

·       SACEM                   1,51 %

·       Part de l’exploitant  (variable)

·       Part du distributeur (qui rémunère lui-même le producteur)

 

1,51 %

41,1 %

41,1%

*La répartition entre exploitant et distributeur s’appelle le taux de location, et se négocie chaque semaine pour chaque film. La semaine de sortie du film, ce taux est environ de 50%, c’est-à-dire que l’exploitant et le distributeur se partagent la recette équitablement. Puis, si l’exploitant décide de garder le film à l’affiche, le taux de location peut parfois évoluer légèrement à son avantage, en fonction des négociations menées avec le distributeur.

Selon l’INSEE, le chiffre d’affaires du secteur approche en France les 1,45 milliards d’euros. Il provient des recettes aux guichets (taxes comprises, 71 % du total), des ventes de confiseries et autres produits alimentaires (13 %), de la publicité (4 %) et d’autres ressources (9 %). L’outre-mer n’apparaît pas dans cette analyse, faute de données fiables sur la réalité du marché, et notamment d’un système de billetterie authentifié comme celui que propose le Groupe Datronic… L’installation de ces billetteries agrées par le CNC est récente à La Réunion.

L’extension de la TSA est considérée par les professionnels du secteur comme « la seule solution » pour enrayer l’appauvrissement de l’offre cinématographique dans les départements d’outre-mer (DOM), remédier à son manque de diversité et au sous-équipement en salles de cinéma.

En effet, depuis l’arrivée des multiplex, les petites salles ont été poussées à fermer, si bien que les cinémas des centres-villes disparaissent les uns après les autres au profit des multiplex situés en périphérie.

Pour accompagner l’indispensable effort d’équipement dans les outre-mer, il est envisagé que 80% des recettes de la taxe collectée outre-mer alimentent, par l’intermédiaire du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) qui la perçoit, le compte automatique dans lequel les exploitants peuvent puiser pour réaliser les investissements nécessaires à l’exploitation. Pour les salles existantes, cela permettrait de drainer les ressources vers la rénovation et la modernisation des infrastructures et des matériels. Le CNC pourrait en outre apporter son soutien à la création de nouvelles salles pour accroître l’offre proposée au public domien. Des bénéfices concrets et directs pour les amateurs de cinéma en outre-mer.

L’opportunité d’un soutien renforcé aux productions locales

Il faut en outre rappeler que la TSA constitue aussi un soutien aux producteurs de films. Un taux réduit de la TSA aurait pour effet de limiter le soutien à la production outre-mer, alors même que les œuvres des réalisateurs domiens connaissent un succès croissant. L’horizon du taux plein ouvre la perspective d’un meilleur financement de la production de films outre-mer, et par là même, une plus grande diversité des productions.

Enfin, l’extension de la TSA permettra aux acteurs de l’industrie cinématographique d’évoluer dans un environnement moins incertain, propice au développement. La déclaration des recettes des films et leur communication aux ayants droit seront contrôlées par le CNC lors de la perception de la TSA. Cette transparence ne peut être qu’un atout pour le développement de la création et pour améliorer la confiance des acteurs. On pourrait également imaginer la constitution d’une entente locale de programmation, agréée par le CNC, pour regrouper les demandes des salles indépendantes sur un territoire géographique donné.

Comme le rappelle le CNC, l’instauration de la TSA dans les DOM a été accompagnée d’un plan d’aide à l’exploitation de 4,55 M€, qui témoigne de la volonté du CNC de soutenir l’investissement sur ces territoires. Ainsi, ce sont déjà six cinémas de la Guyane, de la Réunion ou de la Martinique qui ont été soutenus par cette aide. Ce soutien a vocation à se poursuivre, et a déjà atteint un montant supérieur aux recettes perçues par la TSA.

On comprend mieux le soutien du Groupe Ethève à l’instauration de la TSA, et son souhait de s’associer activement à la promotion des œuvres cinématographiques produites à La Réunion.

Simultanément à l’extension de la TSA, les dispositifs d’aide sélective à l’exploitation du CNC ont été rendus accessibles de façon pérenne aux exploitants domiens. 7 M€ par an sont consacrés à la création et à la modernisation des salles, et 16 M€ aux salles classées art et essai. Ces aides sont des ressources non négligeables pour promouvoir la diversité de l’offre de films et du parc de salles. Par ailleurs, les normes de qualité, de confort et d’accessibilité aux personnes en situation de handicap s’appliqueront prochainement dans les DOM. Le CNC soutiendra largement le financement des investissements nécessaires à cette amélioration des infrastructures.

© Crédits photo : Pierre MARCHAL

Éclairages sur le marché du cinéma à La Réunion (épisode 1)

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