Emballages : à la recherche de la petite bête

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L’objectif principal d’un emballage : vous emballer, et provoquer l’acte d’achat ! Tout l’art du packaging consiste à mettre en avant les produits, avec de belles photos, des couleurs attrayantes et des arguments lisibles, quand ils peuvent mettre en confiance le consommateur, puis dissimuler le plus possible les informations moins glamours. 

 

Un petit tour sur le site de la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) est très édifiant. On peut y lire : « Les denrées préemballées sont des produits le plus souvent vendus dans les rayons de libre-service et soumis à des règles strictes. Deux grandes règles doivent être respectées :
a) l’étiquetage doit faire figurer diverses informations qui renseignent objectivement le consommateur. Elles doivent être rédigées au moins en français ;
b) l’étiquetage doit être loyal et précis ; il ne doit pas induire le consommateur en erreur (composition du produit, origine, etc.). »
La plupart des produits respectent cette réglementation, mais au détour d’un rayon, on peut parfois trouver des emballages aux informations incomplètes, peu lisibles, voire trompeuses.

Biscuits Gerblé

Voilà un exemple parlant d’un produit qui essaye de se faire passer pour ce qu’il n’est pas, à savoir un produit diététique, et sans avoir l’air d’y toucher !
Deux termes lourds de sens sont utilisés : « diététique » et « complet ». On remarque que « diététique » n’est pas associé au produit lui-même, mais comme accroche de la marque, avec une police de caractère script, c’est malin. « Complet » est en revanche écrit plus lisiblement et plus gros. Dans la liste des ingrédients, on s’aperçoit en effet que les biscuits sont composés de farine complète de blé à 43,4%, et… de farine de blé, donc sous entendu « normale », et dans des proportions non précisées. Pas si complet que ça donc, le biscuit.
Mais un ingrédient interpelle davantage : l’huile de palme. Cette dernière est certes certifiée durable (voir lien ci-dessous) mais sa haute teneur en graisse saturée n’en fait pas particulièrement un composant « diététique ». Un autre produit similaire, qui n’affiche pas « diététique », mentionne 22 Kcal et 4g de matière grasse supplémentaires pour 100g, avec des glucides équivalents (67g).
Moralité : n’espérez pas vous goinfrer de biscuits Gerblé en vous imaginant qu’ils auront moins d’impact que les autres sur votre tour de taille !

En savoir plus sur l’huile de palme « durable »
Certification RSPO

Ti Bazar Léo

Les légumes frais sont parfois chers, surtout après des intempéries ou des épisodes de sécheresse. Pour garder des apports en fibres, les légumes congelés sont une alternative intéressante et moins coûteuse. Quelle ne fut pas notre surprise de découvrir ces sachets de légumes estampillés « Ti bazar léo ». Un nom bien de chez nous qui pourrait sous-entendre que les légumes en question proviennent de nos campagnes. Le nom du produit « karay » sonne aussi très local. Et quand on retourne le sachet, on s’aperçoit que la provenance est : RPC. République Populaire de Chine ! Oh les beaux légumes qui ont fait des milliers kilomètres et dont on ne sait pas comment ils ont poussé, avec quelle dose d’insecticide, etc. … Il est certain qu’emballer tout ça sous une robe très réunionnaise, ça donne davantage confiance !

Miel Albius

Un simple examen du prix révèle que ce miel portant le nom de notre Edmond réunionnais (et le dessin de son visage avec les montagnes en arrière-plan) est tout sauf local. À La Réunion, le miel est surtout artisanal et, particulièrement depuis l’apparition de la Varoa, se négocie à des tarifs volcaniques. La mention légale sur le pot le confirme : « mélange de miels originaires et non originaires de l’Union européenne ». Une reine n’y retrouverait pas ses ouvrières. Edmond Albius, ambassadeur des miels du monde entier, c’est étrange. On aurait plutôt tendance à l’associer à la vanille. Cela aurait peut-être un rapport avec la fécondation des fleurs (fleurs, abeilles), il faut aller chercher loin.

Bio, oui, mais d’où ?

La Soboriz ne transige pas : « Tous les riz bio subissent plusieurs contrôles, d’abord par les laboratoires Eurofins. Si des traces de pesticides sont trouvées nous refusons les produits. Les conditionnements sont également contrôlés quand ils arrivent chez nous. ».
Quatre riz bio sont vendus en conditionnement d’un kilo. Un seul, le riz parfumé, affiche clairement sa provenance : la Thaïlande. Bien, et les autres ?
« La réglementation INCO (n°1169/2011 publié au Journal Officiel de l’Union européenne concernent l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires, ndlr) nous oblige à préciser la provenance des riz parfumés uniquement, mais cela va peut-être changer » indique la Soboriz qui nous informe tout de même que les autres riz bio proviennent essentiellement du Pakistan et d’Inde. Pourquoi donc ne pas le signaler quand même ?

https://www.eurofins.fr/agroalimentaire/solutions-…

Le Thazard fumé, une queue de poisson

C’est l’expression consacrée quand une voiture vous dépasse et se rabat en vitesse, juste devant vous. Vous êtes surpris, vous mettez en grand coup de frein. Vous le serez également en constatant que ce thazard des Fumaisons de l’Océan indien, avec leur beau logo bien mis en avant, et un graphisme qui mentionne « Manapany », « Saint-Pierre » et le « volcan », a été péché… au centre du Pacifique ! Oui, fumé dans l’Océan indien ne veut pas forcément dire péché dans l’Océan indien !

Des pâtes, des pâtes, oui mais du cochon…

Avec tous les termes figurant sur l’emballage, plus de doute : ces tortellinis viennent d’Italie. On l’espère. Le problème n’est pas là. Ces pâtes farcies à « la viande » sont ornées d’une photo évoquant au moins du veau, ou, au pis, du mouton. C’est rose à souhait. Appétissant. Nulle part au recto, il n’est clairement mentionné de quel type de viande il s’agit. Un examen attentif du texte (très) compact au verso révèle que c’est… du porc ! On peut dire que la réglementation est respectée : c’est écrit aussi en français. Comment ? Ça, c’est une autre histoire. C’est à peine lisible.
Nos compatriotes musulmans rompus à l’exercice auront pris le temps de vérifier, mais l’afficher clairement aurait été plus honnête, comme le fait par exemple Lustucru avec le logo : « Viande bovine française ». Cochon qui s’en dédit.

La pizza fraîche

« Ne pas congeler » est bien écrit, mais en tout petit sur cette pizza « Le Traiteur de Bourbon ». Bon, à priori, le client qui achète ce produit est censé en faire un usage rapide : passage au four et engloutissement devant une bonne série Netflix. Mais imaginons l’improbable : le client la met au congélateur parce que finalement il n’a plus le temps de la déguster tout de suite.
On pense d’abord qu’il s’agit seulement d’un conseil d’utilisation pour préserver les saveurs, et que cela n’a rien à voir avec le fait que certains ingrédients étaient déjà congelés avant. Contactée, la responsable qualité du fabriquant indique qu’effectivement la pâte était congelée, mais que la viande est fraîche. Un beau « ne pas congeler » écrit en plus gros serait donc plus indiqué.

De l’origine du lait

« Viva », « Balkis », « Lait demi-écrémé », « Silhouette », « Candia »… cinq références de lait différentes sur des briques qui portent toutes l’estampille de la Cilam, le laitier local.
En dehors du fait qu’on se demande bien comment ces quatre laits peuvent être différents, tout en provenant du même endroit, on s’interroge sur la mention suivante, qui apparaît sur la plupart des briques : « Ce lait, partiellement reconstitué, provient de lait reconstitué et des élevages des Hauts de l’île de La Réunion. Lait origine France. » On devine que le lait de France est reconstitué. Il arrive en poudre, on y rajoute de l’eau, et on mélange le résultat au lait local. On se demande bien quelles sont les proportions respectives de lait reconstitué et de lait local, et si ces proportions sont différentes selon les références.
« Le pourcentage de lait local est fonction de la récolte, déclare le service consommateur de la Cilam. Il est au minimum de 20%, sur le demi-écrémé, mais cela peut être davantage. Ainsi sur la référence « Silhouette », on peut atteindre 100% de lait de La Réunion. » Auquel cas ce n’est plus vraiment un mélange.
Quant à la mention « lait origine France », le service consommateur de la Cilam se fend d’une sorte de litote : « C’est une mention légale. Nous sommes en France ». C’est donc ainsi qu’il fallait l’entendre. A ce compte-là pourquoi ne pas apposer le logo « lait collecté et conditionné en France », qu’on voit sur les bouteilles de Candia Bio ? Deux réponses. D’abord la Cilam n’adhère pas à Syndilait, syndicat national du lait de consommation, dont fait partie Candia, marque pourtant représentée par la Cilam.
« Initié par Syndilait (en 2015), regroupant les fabricants français de lait de consommation, ce logo constitue un moyen de sensibiliser et d’encourager les Français à la consommation citoyenne. Il leur garantit un lait 100% français, issu exclusivement de lait provenant de fermes de l’Hexagone et conditionné sur le territoire » peut-on lire sur le site de Syndilait,
Si la Cilam évite (opportunément ?) le distinguo entre La Réunion et la France métropolitaine, ce logo, lui, le fait.
Dès lors qu’il existe deux origines différentes de lait, n’eût-il pas été encore plus clair d’écrire par exemple : « Ce lait est un mélange de lait en poudre reconstitué importé de France métropolitaine, et au minimum de 20% de lait des élevages des Hauts de La Réunion».

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