Entreprendre à La Réunion : le portage salarial comme alternative

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Entreprendre à La Réunion. Un vaste sujet qui mérite bien plus qu’un simple article généraliste. C’est pourquoi nous vous proposons une série de sujets ayant pour objectif d’apporter des réponses et solutions concrètes.

Pour ce premier épisode, nous vous emmenons à la découverte d’une solution peu connue et qui cumule pourtant plusieurs avantages : le portage salarial. Avec ce statut, l’entrepreneur se transforme en « porté » et devient salarié de la société de portage salarial. Il garde toute son indépendance pour le développement de son activité et son chiffre d’affaires, mais bénéficie d’un accompagnement, de démarches simplifiées et d’une sécurité juridique et sociale.

« Pour monter une société en France il faut que tu répondes à des énigmes. C’est un Escape Game. Je ne sais même plus ce que je voulais vendre à la base ». L’humoriste Roman Frayssinet s’en amuse, mais il n’est malheureusement pas si loin de la vérité. Les contraintes administratives qui s’abattent sur les entrepreneurs peuvent, au mieux ralentir le projet, au pire provoquer son abandon pur et simple.

La Réunion et ses forces vives n’en sont pas exemptées. Notre île cumule même des spécificités locales qui renforcent les contraintes pesant sur les entrepreneurs péi. Il faut attendre entre quatre et huit mois pour une demande d’immatriculation d’entreprise, entre 6 et 15 mois pour une demande de modification, et de six à neuf mois pour obtenir un extrait de K-Bis. En métropole, comptez entre deux à cinq jours maximum.

Indispensables lorsqu’on souhaite créer une entreprise, ces démarches peuvent être contournées. Notamment via une solution encore assez méconnue et cumulant pourtant de nombreux avantages : le portage salarial. Elle consiste, pour un travailleur indépendant, à confier la gestion juridique et administrative de son activité à une société spécialisée. Cette dernière salarie l’entrepreneur « porté », facture son chiffre d’affaires et, après avoir ponctionné une commission, le reverse sous forme de salaire.

20% de croissance annuelle pour les entreprises de portage

À l’initiative et à la tête de Réunion Portage, seule société de ce type à La Réunion, Morgane Palmieri définit le portage salarial comme « un statut juridique alternatif à la création d’entreprise ». Elle y voit trois grands avantages : « La sécurité juridique, pour le porté comme pour son client, car contrairement à un avocat ou un comptable, l’entreprise de portage endosse les responsabilités juridiques. Un gain de temps puisque la gestion est prise en charge par l’entreprise de portage et que le porté peut donc se consacrer à son activité. Et enfin le statut de salarié, plus avantageux et garantissant une meilleure protection sociale, notamment en cas de chômage ou de maladie ».

Voilà qui explique pourquoi de plus en plus d’entrepreneurs-consultants s’orientent vers cette solution. En 2015, on dénombre environ 70 000 salariés portés en France et plus de 240 entreprises de portage*. Mieux, les entreprises de portage salariale affichent une croissance annuelle moyenne de près de 20% (+42% entre 2012 et 2015*). Réunion Portage symbolise cet essor à La Réunion. Créée en 2012, la société est passée de 600 000 euros de chiffre d’affaires en 2013 à 1,7 million d’euros en 2018. « Nous serons dans le palmarès 2018 des 500 champions de la croissance du journal Les Échos », assure fièrement Morgane Palmieri. En 2018, le chiffre d’affaires de Réunion Portage a été réalisé par « seulement » 47 portés, soit un CA moyen d’environ 30 000 euros par consultant.

Un moyen de valoriser les compétences réunionnaises

Mais qui sont ces fameux salariés portés ? « Il s’agit principalement de professionnels avec un bon niveau de qualification, une solide expérience et donc un haut niveau de compétence », explique Morgane Palmieri. Des indépendants qui ont bien souvent hésité entre différents statuts et qui se sont orientés vers cette solution, moins contraignante qu’une SASU (Société par Actions Simplifiée Unipersonnelle) et plus protectrice que la micro-entreprise. Il existe néanmoins des limites à ce statut. Il ne s’applique pas aux professions réglementées et n’est pas compatible avec une activité artisanale ou commerciale. Il ne faut pas non plus avoir besoin d’embaucher, ou de financements pour lancer son activité. « Cela s’applique aux professions libérales où il suffit d’un ordinateur et de matière grise pour travailler », ironise Morgane Palmieri.

Une situation de plus en plus commune sur le marché de l’emploi où les activités de consulting et le travail dématérialisé sont en plein développement. La forme de travail proposée par les entreprises de portage salarial est donc amenée à se développer. Depuis 2008 et sa première mention dans le Code du Travail, ce statut n’a cessé de progresser dans sa reconnaissance et sa réglementation. Après une ordonnance en 2015, le portage salarial fait l’objet d’une Convention Collective Nationale signée en 2017. « Alors que le gouvernement s’attache à drastiquement réduire le nombre de branches professionnelles, une nouvelle a été créée pour le portage salarial, cela prouve que ce statut répond à un réel besoin et correspond aux évolutions du marché », assure Morgane Palmieri.

Des convictions que cette dernière porte (sans jeu de mot) bien au-delà du simple statut. Elle a d’ailleurs un message à faire passer :« À La Réunion, le marché de l’expertise et du consulting représente entre 600 et 700 millions d’euros par an. Sur cette manne, 277 millions d’euros sont achetés hors du territoire. Notre vocation n’est donc pas seulement d’accompagner nos portés, mais aussi de valoriser les compétences réunionnaises. Consommer local, cela vaut pour tous les types de prestations ». De l’entrepreneuriat au consommez péi, la boucle est bouclée.

*Chiffres PEPS (Syndicat des Professionnels de l’Emploi en Portage Salarial)

© Crédits photo : Pierre MARCHAL
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