Frédéric Vienne : un vent nouveau pour l’agriculture réunionnaise

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Sans surprise, Frédéric Vienne sera, le 18 février prochain, le nouveau président de la Chambre d’Agriculture de La Réunion. À la tête d’une liste FDSEA-Jeunes Agriculteurs pour la première fois majoritaire, il ne manque ni d’ambition ni d’idées pour donner un nouveau souffle à l’agriculture réunionnaise. Interview.

Qu’avez-vous ressenti lorsque votre liste est arrivée en tête aux élections de la Chambre d’Agriculture de La Réunion le 6 février dernier ?

C’était une satisfaction totale pour toute l’équipe. Car cette victoire est avant tout le fruit d’une alliance entre la FDSEA (ndlr : Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles) et les Jeunes Agriculteurs. Pour la première fois, nous sommes devenus le syndicat majoritaire. À titre plus personnel, c’est la consécration d’une carrière de syndicaliste. Il faut bien se rendre compte que c’est beaucoup d’investissement et de temps qui n’est pas consacré au foyer ou à l’exploitation. Ce travail a été aujourd’hui reconnu par les agriculteurs

Justement, vous qui êtes investi depuis 10 ans à la tête de la FDSEA, pourquoi cette consécration arrive-t-elle aujourd’hui ?

Il y a une prise de conscience des agriculteurs et également un changement de génération. Au-delà de notre union, c’est surtout notre programme qui a fait la différence. Nous devons aujourd’hui faire face à des défis complètement différents comme l’autonomie alimentaire ou la diversification des cultures. Il est selon moi nécessaire de sortir de la monoculture de la canne à sucre et de diversifier les exploitations avec notamment du maraîchage. On ne doit pas mettre tous nos œufs dans le même panier.

“Depuis 30 ans, à La Réunion, nous n’avons pas essayé grand chose”

Par quels moyens mener ces évolutions qui nécessitent de profondes transformations ?

Il faut avant tout faire un état des lieux. Qu’est-ce qui est importé et qu’est-ce qu’on peut produire localement ? Ce travail doit être mené pour toutes les filières. Ensuite, il faut également introduire de nouvelles cultures. Depuis 30 ans, à La Réunion, nous n’avons pas essayé grand chose. Pourtant, je sais d’expérience qu’il est possible de faire pousser du riz ou du tabac…

À quelles nouvelles cultures pensez-vous ?

Il y a des marchés de niche qui valent la peine d’être développés sans pour autant mettre les filières en concurrence. Les farines sans gluten sont de plus en plus demandées par les consommateurs et beaucoup peuvent être produites avec nos fruits lontan. Les plantes médicinales sont également une niche intéressante qui mérite d’être exploitée. Pourquoi pas aussi produire du chanvre ou des protéines végétales. Récemment, j’ai vu des chips de patate douce importées d’Espagne et vendues 30 euros le kilo. C’est impensable !

Comment comptez-vous accompagner les agriculteurs réunionnais sur cette voie ?

Il faut développer un service de formation performant et de nouvelles formations innovantes. Nos agriculteurs ont un savoir-faire mais peuvent encore développer leurs compétences. Ils doivent notamment apprendre à bien vendre leurs produits, que ce soit aux grandes surfaces, dans les coopératives ou directement auprès des consommateurs.

“Retisser ce lien entre le consommateur et le producteur”

Vous arrivez dans un contexte de remise en cause du modèle de consommation, comment vous positionnez-vous par rapport à ça ?

Il y a une opportunité à saisir. Les consommateurs demandent de plus en plus de vente directe, sans intermédiaire. Nous devons donc y répondre. Je remarque également un engouement pour les ventes à la ferme, c’est quelque chose que nous devons développer. Bien sûr, ça ne signifie pas que nous ne devons plus travailler avec les grandes surfaces.

Le lien s’est-il étiolé entre le consommateur et l’agriculteur ?

Je pense en effet qu’un fossé s’est creusé. C’est à la Chambre d’Agriculture de jouer son rôle et retisser ce lien entre le consommateur et le producteur, notamment par un contact plus direct. Pour cela nous devons multiplier les moment d’échanges sur les exploitations ou encore communiquer sur les pratiques agricoles qui sont encore trop méconnues.

Pour finir, quel type de président souhaitez-vous être ?

J’espère être le même président de Chambre que j’ai été président de syndicat, c’est-à-dire disponible et sur le terrain. Mon ambition est d’être à l’écoute et aux côtés des agriculteurs dans les bons comme les mauvais moments, et d’avoir une vision globale qui aille dans le sens d’une agriculture réunionnaise moderne et épanouie.

Bio : Le 20 février prochain, soit deux jours après son élection à la présidence de la Chambre d’Agriculture de La Réunion, Frédéric Vienne fêtera ses 48 ans. Président de la FDSEA depuis 10 ans, il quittera son poste en même temps qu’il prendra ses fonctions à la Chambre. Sur sa terre natale du Sud, il cultive 8,45 hectares de cannes et 1 hectare de maraîchage. Une exploitation qu’il a hérité de son père.

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