[HUMEUR] NRL : « Y en a marre des blocages »

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Nous ne vous avions pas habitué à des billets d’humeurs. À la demande générale (si, si), la question de la Route du littoral nous conduit à changer nos habitudes. Car l’heure est grave : comme de nombreux Réunionnais, nous ressentons un profond ras-le-bol face à ce grand gâchis de la Route du Littoral (actuelle et future). Un sentiment nourri par une série de constats.

Nous pensons qu’il faut clairement affirmer l’urgence de finir la NRL. Car la route actuelle, en plus d’être dangereuse, nous coûte très cher. Elle est dangereuse : tous ceux qui l’empruntent ont toujours à l’esprit le risque de finir sous un galet ou un éboulis. Toutefois, depuis que cette route existe, ses usagers ont fini par apprendre à vivre avec cette peur de la mort. Ils passent par les Plaines, la Montagne ou font avec, comme d’autres usagers de la route de Salazie ou de Cilaos, ou des routes de montagne en France. Mais aussi, elle nous coûte cher. On finirait presque par l’oublier, mais entre les basculements suite à de fortes pluies, les fermetures le dimanche pour travaux, les basculements nocturnes pour finir la construction des piliers de la Nouvelle Route et les embouteillages quotidiens, cet axe qui est l’un des plus importants de La Réunion, est un chemin de croix. Les entreprises et tous les Réunionnais, pas seulement ceux de l’ouest, payent un lourd tribut à ces dysfonctionnements. Ce sont des heures de fatigue accumulées, des consommateurs qui ne peuvent pas se déplacer, des loisirs qui sont supprimés, des commerces qui souffrent, des familles qui ne peuvent se voir, des emplois perturbés voir abandonnés…

D’où notre agacement parce qu’on ne comprend pas « pourquoi est-ce que les choses bloquent ». Le Président de Région Didier Robert a été élu lors de son premier mandat sur la promesse qu’il allait faire la Nouvelle Route du Littoral et abandonner le tram-train. Mais des études pour cette nouvelle route avaient déjà été réalisées par l’État, à l’époque encore responsable de cette route, mais aussi par Paul Vergès qui en plus du tram-train voulait aussi faire une NRL. Didier Robert a donc lancé un projet pour lequel il a été élu (2 fois) et qui était voulu tant par l’État (qui finance la construction de la NRL) que par l’ancienne équipe de Paul Vergès à la Région. À priori, ce n’est pas un projet qui a été fait dans la précipitation, et tout le monde semble d’accord sur sa nécessité. Alors comment en est-on arrivé à une telle situation de blocage ? Est-ce la faute des entreprises qui doivent construire la route ? Il est urgent que nous ayons une totale transparence sur ce point, car sinon les propos les plus délirants vont être propagés, comme ces ridicules soupçons de corruption ou de favoritisme à l’égard de quelques camionneurs.

D’où notre deuxième agacement : il y en a marre que les décisions relatives au fonctionnement et à l’avenir de cette route se prennent dans l’opacité et sans concertation. Le débat n’est plus sur la pertinence de construire ou non la NRL : la route doit finir au plus vite. Les questions sont plus factuelles : pourquoi faut-il fermer cette route si souvent, pourquoi le dimanche, pourquoi a-t-on pris deux ans de retard sur le calendrier initial, quand va-t-on finir la route, combien va-t-elle finalement coûter ? À toutes ces questions, les réponses nous paraissent confuses et relever plus de la propagande que de l’information. En ces heures de Grand Débat National initié par le Président Macron qui nous donne l’exemple à suivre, nous devons avoir de vrais espaces de discussion sur des questions aussi importantes que la Route du Littoral et la problématique des transports. La Région, sereine, affirme que tout va bien et que tout est sous contrôle, alors qu’en face des opposants aux carrières sortent des rapports de services de l’État qui prétendent le contraire. Nous avons besoin de réponses claires et argumentées de la part de l’ensemble de nos responsables à la Région et dans les services de l’État qui finance cette route.

Dans le même temps, il faut arrêter avec les discussions stériles et les obstructions politiciennes. Cette route doit se faire. La partie sur piliers a été réalisée en moins de 2 ans. Il reste la partie en digue qui n’avance pas. Parce qu’il n’y a pas de roches. Puisque la Région a fait le choix de construire cette partie en digue malgré de nombreux avis contraires, elle doit maintenant assumer ce choix et tout faire pour finir la route. Et s’il faut ouvrir des carrières, ce sera tant pis pour les riverains mécontents. Ils savaient, lorsqu’ils ont acheté leurs terrains, qu’ils risquaient, comme tout le monde, d’être un jour exproprié ou voisin d’un équipement public bruyant ou polluant. C’est la loterie du foncier sur une île. On ne va pas sacrifier l’intérêt général pour le confort de certains ou des calculs politiciens. 

Quant aux questions relatives à l’impact de la route actuelle et future sur la biodiversité et sur l’environnement en général, il faut plus de transparence. Il ne suffit pas d’affirmer avoir dépensé plusieurs millions d’euros et avoir acté un plan. Il faut dire quelle en est l’efficacité et ainsi clouer le bec aux détracteurs. Pour les carrières par exemple, il faut aller sur place et démontrer aux gens que la Région a imposé (on espère que c’est le cas) un strict respect de la réglementation et un engagement de remise en l’état des sites à la fin de leur exploitation pour la NRL. Car les opposants, à part s’opposer, ne proposent rien de vraiment sérieux comme alternative. Ils demandent une expertise qui déterminera par exemple que, peut-être, le choix de la digue est inévitable ou qu’il faudrait plutôt finir la route en piliers. Et attendant on fait quoi ? On continue à souffrir des nuisances de la Route du Littoral. Il y en a marre d’attendre et d’être pris en otage.

Nous payons encore le coût économique de la crise des gilets jaunes en fin d’année 2018. Mais nous payons depuis des années le coût économique du dysfonctionnement de la Route du Littoral. Il est urgent que les entreprises sachent quand ce chantier (et les nuisances qui vont avec) va se terminer. Les commerçants de l’ouest, les restaurateurs, les entreprises, les consommateurs, les usagers ont autant le droit que les camionneurs à voir leur situation économique être prise en compte par la Région. Les intérêts (même légitimes) d’une corporation ne sont pas supérieurs à ceux de la population.

Nous lançons donc un appel à l’action urgente de la Région, de l’État et des entreprises en charge de cette route pour que les travaux avancent et qu’on sorte de la situation de blocage qui nous empoisonne actuellement la vie. Nous ne resterons plus spectateur car il faut que les choses avancent. Pour le bénéfice de tous.

© Crédits photo : Pierre MARCHAL

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