Interview de l’écailliste Yves Riou « La passion offre une autre perception du travail. »

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Artisan et président de l’Association des Écaillistes, Yves Riou nous fait part d’un métier unique au monde dans l’atelier qu’il partage avec ses confrères à Kélonia. En effet, régulée par un arrêté ministériel, cette activité est soumise à de nombreuses contraintes administratives, mais qui sont loin de freiner ce passionné qui exerce depuis plus de trente ans désormais.

 

Pourriez-vous nous présenter votre métier ?

« Je travaille l’écaille de tortues vertes provenant de l’ancienne Ferme Corail. Un établissement qui parlera aux plus nostalgiques et qui existait avant Kélonia de 1977 à 1997. Lors de la fermeture de l’établissement le Ministère de l’Environnement a fait un inventaire des stocks existants et par arrêté ministériel a réglementé l’utilisation des écailles. Comme nous étions plusieurs à travailler l’écaille depuis longtemps, nous nous sommes partagé les stocks. Aujourd’hui nous travaillons uniquement des écailles d’avant 1984 soit avant la Convention de Washington. Ce sont des matériaux dits pré-convention et nous sommes limités à ce stock. Le jour où nous n’avons plus de matière, l’activité disparaîtra. C’est pour cela que nous sommes présents au musée histoire de vulgariser un métier qui en fait est extrêmement rare. En sachant que les stocks ne sont pas renouvelés, il nous reste à peu près une dizaine d’années de travail. »

Comment êtes-vous devenu écailliste ?

« J’ai exercé en tant que bijoutier de 1980 à 1983, année à partir de laquelle j’ai fait la formation du Centre de l’Écaille qui se situait dans l’ancienne Gare où se trouve désormais La Poste au centre-ville de Saint-Leu. C’était une formation qualifiante pour des jeunes qui avaient déjà des compétences et qui durait 6 à 12 mois. J’ai fait cette formation qui nous apprenait des techniques assez classiques pour travailler l’écaille pour confectionner des lunettes et la marqueterie surtout. Par la suite, chacun s’est diversifié en travaillant l’écaille comme une pierre pour fabriquer des bijoux par exemple. »

Qu’est-ce qui vous plaît dans ce métier ?

« L’écaille est un matériel qui peut être utilisé de différentes manières du fait de ses nombreuses particularités mécaniques. Par exemple, on peut la mettre en forme à chaud pour qu’elle devienne moue comme un tissu et la poser autour de stylo par exemple. Autrement, on peut la greffer directement sans colle en superposant plusieurs plaques qu’on compresse à chaud par la suite notamment pour fabriquer des paires de lunettes. De plus, ce qui me plait c’est vraiment le travail de l’écaille qui est une myriade de couleurs sans pareille. C’est une matière qui se greffe, qui change de forme et qui ne casse pas. C’est un métier manuel qui demande du savoir-faire mais surtout beaucoup de créativité. »

À l’inverse, qu’est-ce qui est le plus contraignant ?

« Le plus contraignant réside dans la préparation. Il faut bien racler la carapace car d’un côté il y a de l’algue et de l’autre c’est du cartilage. Il faut prendre le temps de bien préparer la pièce avant de la travailler. »

Combien êtes-vous à pratiquer ce métier ?

« Nous sommes quatre artisans à la Réunion dont trois qui viennent exercer à Kélonia. Nous allons essayer de travailler le moins possible pour durer le plus longtemps possible. La profession est encadrée par arrêté ministériel qui donne un arrêté préfectoral de cinq ans à chaque artisan. On doit faire une demande tous les cinq ans pour renouveler cet arrêté. Chaque artisan travaille son propre stock et ne veut pas s’en démunir. La réglementation est telle que l’activité est vouée à s’éteindre. »

Il n’est plus possible de devenir écailliste aujourd’hui, toutefois quels seraient les métiers qui s’en rapproche ?

« Les métiers qui se rapprochent sont du domaine de la bijouterie ou encore la tabletterie qui consiste à travailler des matériaux naturels pour réaliser toutes sortes d’objets. Il faut surtout avoir une bonne formation de base en bijouterie ou en sculpture puis avoir de l’imagination. Il y a beaucoup de galères mais les métiers d’arts sont des métiers passionnants qui ont encore plus sens à la Réunion où on contribue à la mise en valeur du patrimoine local auprès du public. »

© Crédits photo : NDLR

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