Interview Patricia Canovas, directrice OIDEP « Quand on arrive dans le poids lourd, c’est toujours par hasard. Mais si on y reste, c’est par amour ! »

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Directrice de la société OIDEP spécialiste des pièces détachées pour les poids lourds et les engins de travaux publics, Patricia Canovas est une femme qui évolue depuis trente ans dans un milieu d’hommes. Ayant travaillée de longues années en Métropole et à l’étranger, elle voit d’un très bon œil l’évolution de ce secteur à la Réunion et encourage la jeunesse locale à se former à l’heure où il est difficile pour les professionnels de dénicher des candidats sérieux.

 

Pourriez-vous nous présenter la société que vous dirigez à savoir OIDEP ?

« OIDEP est une entreprise dont le métier premier est la distribution de pièces détachées pour les engins de travaux publics. Cela concerne donc les petits tracteurs jusqu’aux grues, pelles et camions. Notre particularité est que nous travaillons avec des fournisseurs dans le monde entier qui nous approvisionnent sur toutes les marques. Depuis le début de l’année, nous proposons la même chose sur les engins agricoles. Nous faisons également de la soudure ou encore de la réparation de marteaux pour les engins au sein de notre propre atelier. »

Depuis quand dirigez-vous cette entreprise ?

« Je suis la directrice de cette entreprise depuis le mois de décembre 2018, j’affiche plus de trente ans d’activités dans le domaine du poids lourd. J’ai travaillé pour un constructeur de remorques et de semi-remorques et c’est un concours de circonstances qui m’a amené à la Réunion où j’ai fini par prendre le relai du créateur d’OIDEP, Daniel Wostyn, lorsque celui-ci est parti à la retraite. »

Comment est constituée votre équipe ?

« Nous sommes une équipe de six personnes et je cherche à recruter deux autres technico-commerciaux. C’est un métier qui demande des grandes connaissances techniques pour conseiller sur les pièces et les réparations qui vont avec. Il s’agit d’un produit très spécifique, il nous faut donc des personnes qui connaissent vraiment les poids lourds dont les pièces sont différentes que l’automobile. Les spécialistes sont peu nombreux sur l’île et quand on en trouve un, on le garde ! »

Vous qui avez exercé de longues années en Métropole, quelle différence faîtes-vous avec le marché Réunionnais ?

« La grande différence c’est la distance par rapport aux fournisseurs. En Métropole, une pièce nous parvient en 24 ou 48 heures mais ici c’est le double voir bien plus. Cette particularité logistique fait qu’on ne travaille pas de la même manière, on doit parfois affréter un avion ou un bateau, on doit beaucoup anticiper ce qui est difficile dans notre métier. La base du métier reste la même mais c’est les conditions qui obligent à travailler différemment. Une autre particularité de l’île c’est le créole. Même si je comprends plutôt bien maintenant, il m’arrive encore parfois d’avoir du mal avec certains clients surtout ceux des hauts de l’île quand je communique par téléphone. J’essaie de m’améliorer même s’il m’arrive d’appeler des amis à la rescousse pour me faciliter la traduction (rires). »

Qu’est-ce qui vous plait le plus dans ce métier ?

« Mon mentor me disait « Quand on arrive dans le poids lourd, c’est toujours par hasard mais si on y reste c’est par amour. » Je pense que si on n’aime pas, on ne reste pas. Moi ce qui me plaît, c’est la dimension technique. Lorsqu’on trouve la solution aux problèmes des clients, c’est une véritable satisfaction qui ne se mesure ni en temps, ni en argent car grâce à nous, une entreprise va pouvoir poursuivre son développement. »

À l’inverse, qu’est-ce qui vous plaît le moins ?

« C’est un métier difficile qui exige d’être debout très tôt le matin. On doit parfois aller voir un client à 18 ou 20 heures. On a très peu de temps libre durant la semaine et on doit sans cesse se former car c’est un secteur qui est en perpétuelle évolution. Ce qui était valable il y a quelques années ne l’est plus forcément aujourd’hui. »

Ce n’est pas commun de voir des femmes s’épanouir dans ce secteur ?

« C’est sûr que lorsque j’ai commencé, nous étions seulement 5 filles à travailler dans des grands groupes de poids lourds. Aujourd’hui ça s’est démocratisé et tant mieux ! Je pense que les filles apportent un peu de subtilité dans ce milieu. Mais c’est évident qu’il n’y a pas de barbies, il faut être prêt à aller sous le camion quand c’est nécessaire. On doit rester le plus simple et le plus pratique possible ne serait-ce que pour être crédible auprès des clients. »

Vous parliez de vos difficultés à recruter, quels conseils donneriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans ce secteur ?

« Si le jeune est motivé, s’il a le goût de la technique et la mécanique, il y a une place à se faire. Mais cela ne viendra pas de suite. S’il a un diplôme de mécanique (CAP ou BEP), il lui faudra encore au moins un an pour avoir les bons réflexes du métier autour de la pièce. Mais s’il est motivé, sa place est toute tracée car nous avons besoin de ce type de profils sur l’île. Trouver du personnel qualifié est un vrai problème. »

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