« Kisa nou lé », le film qui invite les réunionnais à la réflexion existentielle

0
570

Le 31 août, sera mis en ligne le film de Sébastien Clain, « Kisa nou lé », qui traite de l’identité Réunionnaise, éclairée par des historiens, des universitaires et des artistes. Un rendez-vous attendu que nous présente son auteur, tout en nous livrant ses propres reflexions.

 

Comment vous est venue l’idée de ce film ?

Ce film est dans la continuité de mes activités avec le site www.histoire-reunion.re et la page facebook “Histoire Réunion”, à travers lesquels j’essayais de rassembler des articles et des livres portant sur l’histoire de l’île, et montrer ainsi que nombre de ressources existent pour les Réunionnais qui souhaitent en apprendre d’avantage. Avec d’autres Réunionnais, nous avons organisés des conférences à Lyon et à Paris en 2017 et 2018, pour faire intervenir des universitaires et militants associatifs réunionnais sur différents thèmes : l’affaire des avortements et stérilisations forcés, des déportations d’enfants dans la Creuse, le BUMIDOM, le concept de “mobilité”, les possibilités de retour des réunionnais sur leur île etc… 
Beaucoup de Réunionnais sont venus à ces conférences. J’ai compris qu’il y avait un réel besoin de s’instruire. Les “conférence-débat” sont vraiment intéressantes pour échanger, mais je souhaitais expérimenter un autre format pour offrir une ressource accessible à tous. J’ai pensé qu’un film avec des interviews serait adapté pour restituer un savoir que j’estime essentiel pour la société réunionnaise de demain.

Quels sont ses objectifs ?

L’objectif du film est de faire réfléchir sur la place que nous, Réunionnais, avons face à notre histoire et notre identité. Ce documentaire ne va pas répondre à toutes les questions que l’on peut se poser, mais j’espère qu’il contribuera à développer notre réflexion sur plusieurs sujets.

Qui sont les intervenants ?

On peut citer Romuald Barret, Danyèl Waro, Roger Théodora, Ghislaine Mythra-Bessière, Patrice Guezello, Olivya Aliks, Prosper Eve, Oze, et une dizaine d’autres à découvrir !

Quel accueil ont-ils réservé au film ?

Ils étaient tous enthousiastes. Il est évident qu’il y a un réel manque d’espace d’expression à la Réunion autour des sujets abordés dans le film, ou du moins, un espace d’expression pour une pensée critique sur nous-mêmes et la société réunionnaise. D’une part, nous faisons tous le constat que l’histoire réunionnaise n’est pas assez connue, et d’autre part, la majorité des clips vidéo sur la Réunion ou des affiches publicitaires pour le tourisme nous montrent de belles images de paysage de notre île, mais ce sont des images très lisses, formatées pour donner aux gens de venir à la Réunion. Ce qui est visiblement un succès, puisque la Réunion est classée numéro un pour les lieux d’installation des métropolitains d’après une société de déménagements (“MoveHub”). A côté de cela, que faisons-nous de notre passé, comment gérons-nous nos problèmes d’aujourd’hui, et qu’imaginons-nous pour l’avenir de la Réunion ? Les intervenants du film ont beaucoup de choses à dire à ce sujet, et c’était difficile de tout faire tenir en moins de 2h !

« Kisa nou lé » sera-t-il disponible uniquement en ligne ?

Des projections auront lieu à la Réunion et dans l’Hexagone. Les informations seront données sur le site, et sur la page facebook “Histoire Réunion”.

« NOUS AVONS APPRIS À VIVRE ENTRE NOUS, MAIS CELA NE S’EST PAS FAIT TOUT SEUL »

L’Esclavage a marqué durablement la société réunionnaise. Pensez-vous que celle-ci a tourné la page ? Si oui, pourquoi ? Si non, pourquoi ? Quels sont les signes visibles qui peuvent illustrer ce fait ?

Question très vaste et compliquée, il faudrait demander cela à un anthropologue, un sociologue, ou même un psychologue par exemple. Le film parle un peu de ces questions, il offre quelques pistes, mais il faudrait beaucoup plus que quelques minutes dans un film pour y répondre complètement.

On fait souvent référence au « vivre ensemble » à La Réunion. Est-ce une réalité ou juste un slogan touristique ?

Personne ne peut nier la culture réunionnaise est née de différents apports d’autres cultures, et que le peuple réunionnais est né d’un brassage ethnique et culturel. Nous avons appris à vivre entre nous, et à former un peuple à partir de différentes composantes arrivées à différentes périodes à la Réunion. Mais cela ne s’est pas fait tout seul, et cela ne veut pas dire que notre peuple est “uni” dans sa différence. La société réunionnaise n’est pas une “réunion des peuples” comme on peut parfois l’entendre. Les personnes réduites en esclavage n’avaient pas demandé à participer à cette “réunion”. Notre “vivre-ensemble” est le fruit d’une histoire violente et injuste, où des personnes de cultures différentes, de religions différentes, ont été obligées de vivre côte à côte, et face à l’adversité, se sont acceptées et ont créé des liens de solidarité.

Si vous pouviez décrire le Réunionnais en quelques mots, que diriez vous ?

Pour paraphraser un des intervenants, je dirais que notre identité est complexe. Ce qui fonde celle-ci ce n’est pas juste de la biologie, mais aussi de l’historique, du culturel, du sociologique. Il serait inutile de chercher à trouver une caractéristique spécifique commune à tous les Réunionnais, mais notre identité commune existe bien, c’est un mélange de plein de choses. Notre rapport au monde, nos façons d’interagir entre nous, notre façon de nous exprimer, etc… plein de choses qui font que nous sommes Réunionnais, c’est-à-dire une identité unique, parmi toutes celles qui fondent l’humanité.

La chanson de Jacqueline Farreyrol, « Mon île », dit : « Pour le pire et pour le meilleur, tu as choisi comme âme sœur le pays de la liberté ». Qu’en pensez-vous ?

“Choisi” est un peu fort comme terme. Nous avons demandé à être intégrés à la République française comme département d’outre-mer en 1946, ça c’est vrai. Mais nous n’avons pas eu à faire de choix entre différents pays. La France était notre “métropole”, et nous faisions parties des quatre “vieilles colonies” (avec la Martinique, Guadeloupe et Guyane), donc c’était un “choix” dans la logique des choses. Je ne pense pas que le fait que la France soit “le pays de la liberté” puisse avoir une influence dans ce qui s’est passé. Nous voulions l’égalité avec les français de l’hexagone, tout simplement.

Pour vous quelle serait La Réunion « idéale » du futur ?

Une Réunion où les Réunionnais prennent leur développement économique en main, un développement qui permettrait aux jeunes de s’épanouir sur leur île, pour affronter les défis qui vont arriver. Si la Réunion ne devient pas auto-suffisante en nourriture et en énergie, nous risquons d’avoir de graves problèmes, nous sommes bien trop dépendants des importations de toutes sortes. La Réunion idéale serait une île où chacun participerait à construire une société et une économie résiliente pour nous permettre face sereinement au changement climatique et aux bouleversements qu’il va provoquer.

Kisa nou lé, à visionner sur https://www.kisanoule.re/

L'auteur
Sébastien CLAIN, 33 ans, travaille dans l’informatique à Lyon depuis 4 ans. 
Il a quitté l’île après son bac afin de poursuivre ses études. 
N’ayant pu trouver un emploi à la Réunion par la suite, il quitte l’île de nouveau
pour travailler. Etre expatrié ne lui fait pas oublier ses racines, bien au 
contraire.
www.histoire-reunion.re
© Crédits photo : NDLR

Commentaires

Publicité