La Kaz Créole, belle et complexe, entre vestige du passé et défi d’avenir

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Aux quatre coins de l’île, en villes ou dans les petits quartiers, imposantes ou discrètes, flamboyantes ou à l’abandon, la kaz créole fait partie intégrante du paysage de la Réunion. Aux yeux des touristes, elle est une attraction qui se laisse prendre en photo dans tous ses états. Pour les réunionnais, elle témoigne d’une autre époque et rappelle aux plus nostalgiques des lointains souvenirs.

 

Rouv le baro, rent’ sou la varang !

Reconnaissable parmi tant d’autres, la kaz créole, c’est avant tout un style qui lui est propre. Composé notamment des fameux lambrequins qui font son charme, sa tôle, son bois, son jardin mais également son barreau à ne pas confondre avec le bardeau qui peut habiller ses murs.

Chaque élément, au-delà de l’intérêt esthétique, nous apprends beaucoup sur la façon de vivre de l’époque et sur l’influence qui ont fait et qui continuent de faire la Réunion. Ainsi, la varangue devenue une composante phare des maisons réunionnaises, trouve son origine en Inde et plus précisément à Pondichéry. Celle-ci arrive à la Réunion dans les années 1640 sous l’influence de la Compagnie des Indes. Les lambrequins qui constituent certainement l’élément remarquable par excellence des kaz créoles permettent en plus de la décoration, de faire ruisseler l’eau provenant du toit et ainsi protéger les murs de l’humidité.

Dans un document du CRDP de la Réunion dédié à l’histoire des cases de la Réunion, Vincent Cassagnaud, architecte des bâtiments de France explique « Expression d’une culture régionale à la croisée de nombreuses influences, l’architecture créole est un puissant facteur identitaire, témoin muet mais toujours présent de l’histoire de La Réunion.»

Toutefois, si des éléments distinctifs semblent constituer le portrait type de la kaz créole, l’habitat réunionnais se révèle en réalité tout aussi complexe à définir que les habitants de l’île eux-mêmes. En effet, les maisons réunionnaises ont été façonnées par des siècles d’histoire et des vagues d’occupants différents. Les maison pavillons répandues au XVIIIe siècle tranchent ainsi avec les sublimes kaz issues de l’après-guerre. Tout comme la fameuse kaz en bois sous tôle s’oppose aux maisons au décor néoclassique du centre-ville de Saint-Denis. Son métissage façonné à travers les âges, le fait qu’il n’y ait pas « une » mais bien « des » kaz créoles, et si c’était au sein de cette complexité que résidait tout son charme ?

Un héritage victime de son succès ?

Ce même travail du CRDP pointe du doigt une menace que les promeneurs les plus avertis auront sans doute remarqué. La kaz créole, victime de son succès, est aujourd’hui repensée, imitée mais pas égalée ! En effet, symbole de l’art de vivre à la Réunion, la kaz créole n’en finit plus d’inspirer le plus grand nombre. Ainsi, au rythme exigeant dicté par la défiscalisation, de nombreuses bâtisses ont vu le jour en ne reprenant uniquement que les signes visibles de l’architecture créole (lambrequins, toitures). Comme le souligne l’architecte Nicolas Peyrebonne, ces nouvelles maisons offrent en réalité une richesse architecturale assez faible mais composent désormais le paysage réunionnais. Pour ce dernier, la Réunion devra à l’avenir s’inspirer du passé sans tomber dans « la caricature » pour établir un nouveau modèle capable de répondre aux nouveaux besoins de l’environnement et des Réunionnais.

© Crédits photo : Pierre MARCHAL

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