La mangue, fruit de la passion

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Terrien multifacette, Patrick Serveaux évoque aujourd’hui sa passion pour ses vergers. Premier épisode d’une série qui en compte trois.

Tu as beaucoup de casquettes. Tu peux te résumer en trois mots ?
Self made man.

OK. L’interview est finie. Tu as tout dit. Explique.
Je suis d’abord chef d’entreprise après avoir été salarié. J’ai créé mes activités seul.

Tu es un patron reconnu aujourd’hui. Estimes-tu avoir réussi ?
Je pense que je viens de loin par rapport au monde dans lequel j’évolue aujourd’hui. Mais il faut rester modeste. La réussite peut s’arrêter du jour au lendemain. J’ai eu la chance d’avoir des parents qui m’ont accompagné.

Que faisaient tes parents ?
D’abord, mes grands-parents. Ils avaient un cheptel avec des vaches, des chèvres, des cabris. Mon grand-père a mis en place la cocoteraie de La Possession. Il était à la fois inspecteur des douanes mais aussi très nature.

Tes parents donc ?
Mon père était militaire de carrière. Il a fait la Corée, l’Indochine et l’Algérie. À la fin des conflits, il est revenu pour travailler à La Réunion dans le domaine agricole.

Que voulaient-t-ils que tu deviennes ?
Ils me voyaient plutôt dans un métier tertiaire. Profession libérale.

Et toi ?
Je me suis toujours vu dans l’agriculture.

Comment as-tu fait ?
Je bossais pour une banque avec laquelle j’aurais dû faire carrière. Je décide de stopper. Je me lance dans une formation de plantation de vergers. Je suis en relation avec Éric Boyer, président du Conseil général de la Réunion, qui décide de lancer une politique fruitière à La Réunion. À l’époque, on vendait les fruits à prix d’or, essentiellement sur des petites tables au bord de la route. J’ai profité de cette politique.

Donc ?
J’ai commencé par louer des terrains, à ma mère notamment, au Port, pour planter des manguiers sur les terrains entre la quatre-voies et l’ancienne route nationale, là où rien n’avait jamais été planté. Nous avons planté environ 2 500 manguiers dans un désert. Avec un système d’irrigation nouvelle génération.

Le goutte-à-goutte tu veux dire?
Oui. Peu de monde connaissait. Nous avons mis en place des kilomètres et des kilomètres de tuyaux.

L’importance du soleil aussi ?
Oui. C’est une zone où il fait très chaud. Ainsi que l’amplitude thermique. Forte chaleur en journée, moins la nuit. Très important pour les vergers.

Que fais-tu de tes mangues aujourd’hui ?
Parlons d’hier peut-être.

Si tu veux.
J’avais une 404 bâché que je remplissais de cocos et de mangues. Je les vendais aux marchés du Port et de Saint-Paul. Deux nuits par semaine, on se levait à 2 heures du matin et on partait avec la camionnette.

Ça partait bien ?
Il nous arrivait de revenir avec un peu de stock. Mais nous nous sommes organisés, et avons commencé à bosser avec la grande distribution, notamment grâce à un monsieur qui s’appelait Brébion.

Tu n’es pas tout seul sur le marché de la mangue ?
Non. Nous sommes une vingtaine. Au lieu de se tirer dans les pattes, nous avons décidé de nous unir de façon officielle à travers l’Association des vergers de l’ouest.

C’est une façon de vous unir et de vous protéger ?
Oui. C’est surtout une question de synergie. Un + un, ça ne fait pas deux. Ça peut faire trois ou quatre. On peut planter ensemble des variétés qui s’échangent au niveau de la récolte. Donc mettre des variétés qui s’échelonnent entre mars – avril et octobre. Ne plus s’embêter à vendre des fruits trois fois par semaine sur les marchés forains et avoir un véritable réseau de distribution.

La mangue, c’est ton fruit de la passion ?
Disons-le comme ça.

Merci à toi. On se retrouve dans l’épisode 2 pour la suite de tes activités.

https://www.facebook.com/avogp/

© Crédits photo : Pierre MARCHAL
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