La mobilité, un aller simple pour un avenir meilleur ?

0
332

Sauter la mer pour un avenir meilleur, cette idée semble profondément ancrée dans les esprits des Réunionnais. Si la mobilité est vécue comme un déchirement pour certain, comme une évidence pour d’autres, elle est presque toujours une formidable opportunité de s’instruire, de s’ouvrir au monde, de grandir et d’apprendre sur soi.

 

Chaque année, le Conseil Départemental et la Région Réunion consacrent une enveloppe de 38 millions d’euros à l’accompagnement des étudiants hors de l’île.

« Nos deux collectivités sont depuis de nombreuses années, le premier partenaire local des étudiants réunionnais. Notre implication […] constitue pour la population un des investissements les plus stratégiques jamais mis en œuvre sur le territoire pour favoriser le capital humain. La configuration démographique de La Réunion caractérisée par la jeunesse de sa population implique des politiques soutenues en termes d’accompagnement. »   

(Édito commun des Présidents, Cyril Melchior et Didier Robert publié sur la page d’accueil du site espaceetudiant974.re)

Et la liste des aides(*) au départ est longue.

Pour la Région :

  • Allocation de premier équipement
  • Allocation de frais d’inscription (L1 / L2 / L3)
  • Allocation de première année de master
  • Allocation de 2e année de master
  • Allocation de première installation
  • Bourse régionale d’études secondaires en mobilité
  • Bourse régionale d’études supérieures en mobilité
  • Aide régionale au remboursement du prêt étudiant
  • Allocation de stages pratiques en mobilité
  • Aide aux tests de certification multilingues
  • Allocation de première installation culture et sports
  • Aide au voyage d’un étudiant pour sa première installation en métropole
  • Aide au voyage d’un parent accompagnant un étudiant en première installation

Pour le Département :

  • Bourse départementale
  • Allocation de scolarité
  • Logement à la CIUP (Cité Internationale Universitaire de Paris)

(*) Le montant dépend de la situation de chacun

Partir oui, mais pour mieux revenir, c’est le choix que font beaucoup de jeunes îliens. Néanmoins, rentrer n’est pas toujours simple, il faut tout repenser, organiser, trouver un emploi, un logement, reprendre ses marques pour se (re)bâtir une vie à La Réunion. Le retour est parfois bien compliqué !

Parmi ceux qui ont fait ce choix, Lindsay Gopal, la jeune entrepreneure, a décidé de revenir vivre à La Réunion après 10 ans en métropole. En juin 2019, elle lance une page Facebook intitulée « Réunionnais de retour au péi ». Une appellation dans laquelle vraisemblablement beaucoup se retrouvent, puisqu’en quelques jours seulement la page compte déjà plusieurs centaines de membres.

« J’ai créé la page car étant moi-même Réunionnaise de retour, j’ai été confrontée aux difficultés du retour et j’ai eu envie qu’on crée un groupe solidaire. Par ailleurs, depuis que je suis rentrée, je suis confortée dans l’idée que le réseau est un point clef pour réussir à La Réunion. Alors j’ai eu envie d’en structurer un, car au-delà des difficultés, les Réunionnais qui sont rentrés sont revenus non seulement avec des compétences, mais aussi avec une force de caractère, une meilleure prise d’initiative, et une envie prononcée d’agir pour notre île. »

La jeune femme de 32 ans, a un parcours dans lequel pas mal de Réunionnais peuvent se reconnaître. Le bac en poche, elle quitte l’île pour entamer des études en métropole dans une filière inexistante à La Réunion. Un critère qui ouvre droit au précieux sésame des aides régionales et départementales. Elle valide son master en alternance et se fait embaucher dans la foulée. Ce profil est celui de centaines d’autres. La vie suit son cours et en un rien de temps on réalise qu’on a quitté son île depuis dix ans. On a appris, on a grandi, on commence à construire une vie d’adulte. Se pose alors cette question, dont la réponse est évidente pour certain et un véritable choix cornélien pour d’autres : « Je reste ou je rentre à la maison ? ».

Cette décision peut être synonyme de prise de risque et d’incompréhension de la part de l’entourage « pourquoi tu rentres alors que tu as déjà un bon travail ? », « marmay revien pa, na poin rien pou zot tèr la ! » (en 2018, à La Réunion, 42 % des jeunes sont au chômage) ou encore « a koz ou la reni, ou té yem pa la ba ? ». Autant de phrases répertoriées sur la page « Réunionnais de retour au péi ». Quel Réunionnais de retour ne les a pas entendues ?

Effectivement, ces doutes sont légitimes, car si le départ est parfaitement encadré par les collectivités réunionnaises, le retour l’est beaucoup moins. La mobilité est « vendue » aux néo-bacheliers, comme une opportunité à ne pas rater, comme un moyen d’aller se former ailleurs pour apporter à La Réunion une nouvelle génération qualifiée. Et cette idée est évidemment fondée ! Alors chaque année à la fin des vacances scolaires, l’aéroport prend des allures de campus, tant il y a d’étudiants prêt à embarquer vers cette nouvelle vie. En revanche, le retour définitif se fait beaucoup plus discret, lorsque, son fameux diplôme décroché si loin de la maison sous le bras, le jeune Réunionnais fait abstraction des mises en garde, fait sa valise et rentre.

Avec sa page Facebook, Lindsay Gopal pose ainsi la question de cet accompagnement.

«  J’espère qu’en mettant ce sujet en lumière, on puisse faire des propositions pour créer un dispositif qui facilite le retour. Je pense qu’il faudrait faciliter la mise en relation des profils de jeunes Réunionnais partis en mobilité et les besoins du marché réunionnais. Il faudrait recenser ces jeunes qui sont encore en étude ou qui viennent de terminer, pour mieux cerner les compétences qui ont été acquises et qui pourraient être bénéfiques pour La Réunion. On devrait piocher dans ce vivier s’il y a un besoin sur le territoire réunionnais ».

La page Facebook rassemble les témoignages et portraits de cette génération de retour qui a l’ambition de construire La Réunion de demain en s’appuyant sur son apprentissage en mobilité. Pour Lindsay Gopal et pour beaucoup d’autres cela doit passer par la construction d’un réseau solide et riche des compétences de chacun. En créant sa page Facebook, c’est dans cette démarche que Lindsay Gopal souhaite s’inscrire.

« Avec ce groupe, l’objectif est de partager des portraits de Réunionnais qui sont partis et revenus, pour mieux comprendre le retour et l’appréhender. Il y aura aussi des rencontres organisées. Le but est également de créer un site internet dédié au retour, de se structurer via la création d’une association, d’organiser à terme d’autres événements comme des conférences, des ateliers… » Pour ce faire, tous les bénévoles sont les bienvenus !  J’ai déjà été contactée par des personnes qui ont spontanément proposé leur aide pour faire partie du groupe activement, donc ça montre le potentiel de ce groupe qui n’est qu’à sa naissance ».

Pour rappel, chaque année sur environ 12 000 candidats au baccalauréat dans le département plus de 2000 jeunes bacheliers quittent La Réunion (étude INSEE 2017). On dénombre presque 30 000 Réunionnais entre 16 et 29 ans vivant en métropole, à la fin de leurs études plus de la moitié reste vivre dans l’hexagone.

© Crédits photo : Elsa Fourcade et page facebook Retour au pei

Commentaires

Publicité