« La Région doit aider les entreprises réunionnaises »

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Ce cri du cœur, nous l’avons récemment entendu de la bouche d’un chef d’entreprise réunionnais inquiet pour l’avenir de son île. Un appel à l’action qui a suscité notre nouveau billet d’humeur car comme promis, nous allons régulièrement faire entendre notre voix dans un espace public crispé.

La crise des Gilets jaunes aura été le révélateur des profonds malaises et frustrations de la population réunionnaise. Elle a provoqué une paralysie de l’économie réunionnaise durant quinze jours mettant à mal de nombreuses entreprises locales. La CCIR parle d’une perte estimée à 600 et 700 millions d’euros, notamment chez de très petites entreprises (TPE) qui déjà fragilisées par une économie déprimée ont, depuis, du mal à remonter la pente. Une crise qui aura rappelé que la Réunion est sous respiration artificielle. Alors, quand on voit que les annonces qui ont été faites ont essentiellement servies à répondre aux attentes des Gilets jaunes, on se dit que c’est se tromper de cible. Ce sont les entreprises qui créent la richesse et l’emploi !

On nous dira que des mesures d’urgence pour accompagner ces derniers sont « prévues ». L’Etat a proposé un dispositif exceptionnel en fin d’année 2018 et une enveloppe de 20 millions d’euros a été annoncée par la Région Réunion. Sauf que, si les critères (très sélectifs) pour prétendre à ces aides d’urgence sont connus, l’argent n’est toujours pas disponible.

Du côté de l’Etat, n’espérez pas trouver les informations facilement. Il n’y a rien sur la page d’accueil du site de la DIECCTE dont c’est pourtant la mission. Ce sont des partenaires comme les syndicats professionnels (MEDEF, CPME…) ou votre expert-comptable qui pourront vous éclairer . Vous serez ainsi dirigés vers les services des Finances Publiques (le petit nom moderne du fisc) qui examineront votre situation au sein du CODEFI, le Comité Départemental d’Examen des problèmes de Financement des entreprises. Le sésame pour espérer obtenir un étalement (à ne pas confondre avec un effacement !) de vos dettes fiscales et sociales. Mais comment payer des taxes quand on ne gagne pas d’argent ?

Le Gouvernement nous apprend par ailleurs qu’il a écrit à la fédération bancaire française (FBF)  le 30 novembre 2018 pour que celle-ci demande à ses adhérents d’examiner « avec la plus haute bienveillance et au cas par cas les situations des artisans, commerçants et entreprises affectés dans leurs activités, afin de rechercher des solutions appropriées, s’agissant en particulier de besoins de financement à court terme ». Dans la réalité, soit les banques réunionnaises n’ont jamais reçu ces consignes (c’est loin La Réunion et les pigeons voyageurs peuvent se faire bouffer en route), soit elles ont décidé d’ignorer ces demandes. Le secteur bancaire devant être (normalement) le moteur de l’économie, nous préférons croire que c’est un coup des tueurs de pigeons voyageurs !

Pour l’aide régionale, les bénéficiaires seront les entreprises qui font un chiffre d’affaires de moins de 750 000 euros et moins de 10 salariés. En clair des petites entreprises. Une première vague de plus de 2 500 bénéficiaires de ces dispositifs a déjà été identifiée, notamment via la CCIR, et les entreprises connaissent le montant de l’aide d’urgence qui leur sera alloué. Le problème c’est que l’enveloppe de 20 millions d’euros annoncée par la Région n’a été votée que le 29 mars 2019. La Région Réunion a, cette année, adopté son budget avec plus de 3 mois de retard, mettant en difficulté de nombreuses organisations déjà en crise. Le temps que son dispositif d’aide soit activé, il faudra encore attendre au moins, quelques semaines de plus. Mais « nous n’avons plus le temps » !

On attend aussi des nouvelles sur la réforme de l’octroi de mer qui ne sert plus, depuis bien longtemps, à protéger la production locale et sur l’aide au fret, devant permettre de diminuer le coût des importations. C’est, comme si on avait lancé un ballon sonde et qu’on attendait de voir s’il allait éclater !!! Du mal à cerner, également, les intentions de la Région Réunion avec son Plan 10.000 emplois, les entreprises n’ayant pas été associées dans ces annonces. Quelles seront donc les contreparties demandées ?

En même temps, qui croit encore dans la parole de nos élus. Les gens ont perdu confiance dans la parole politique et on sait que les manœuvres électorales ont commencées.  De toute façon, Ibrahim PATEL, encore président de la CCIR et Vice-Président de la Région Réunion malgré ses démêlés judiciaires, a annoncé que « 2019 va être une année difficile ».  70 % des commerçants interrogés par la CCIR se déclarent pessimistes pour l’année 2019 et 90 % d’entre eux craignent une reprise du mouvement des Gilets jaunes. Des raisons donc d’être inquiets en attendant l’allocution de notre président Emmanuel Macron ce lundi soir…

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