Le bois, la nouvelle énergie verte de La Réunion ?

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Comment se passer du charbon et compléter la production insuffisante d’énergie issue de la bagasse ? Et si on utilisait le bois ?

À l’horizon 2023, La Réunion va tenter de prendre un virage énergétique. En France métropolitaine, le Bois Énergie constitue actuellement la première source d’énergie renouvelable. Sur notre île, l’Office National des Forêts et Albioma se penchent activement sur l’utilisation de cette source d’énergie naturelle. Des phases de pré-test sont réalisées depuis le début du mois de juin dans l’usine Albioma du Gol. Il s’agit d’utiliser les chutes des scieries et le bois de forêt inutilisable par ailleurs pour produire de l’électricité.

L’énergie issue du bois présente différents avantages : elle est peu coûteuse et son prix, qui n’est pas sujet aux conflits internationaux comme le pétrole ou le gaz reste stable. Elle permet aussi de gérer durablement les forêts françaises. La filière représente une véritable alternative aux énergies fossiles. En effet, les forêts se reconstituent entre 5 à 200 ans, soit un million de fois plus vite que le charbon ou le pétrole.

En tant que premier fournisseur d’électricité à La Réunion (environ 60 % des besoins), Albioma se charge des pré-tests puis des tests de la filière Bois Énergie locale. Le groupe, implanté en outre-mer, en métropole, à Maurice et au Brésil a développé depuis 25 ans une production d’énergie renouvelable à partir de la bagasse (résidu fibreux de la canne à sucre). Il est également le premier producteur d’énergie photovoltaïque en Outre
mer. Des ressources qui sont insuffisantes pour se passer totalement du charbon. Le Bois Énergie un nouveau défi pour Frédéric Moyne, PDG d’Albioma.

« Nous avons fixé à 2023 l’objectif de conversion à 100 % de nos deux centrales thermiques de l’île. L’étude réalisée en 2018 par l’ONF a permis de mettre en évidence un fort potentiel de mobilisation de bois-énergie issu des coproduits de l’exploitation forestière. »

L’objectif pour le fournisseur d’énergie est « d’assurer à moyen terme l’émergence structurée d’une filière de biomasse forestière locale, avec notamment la création d’emplois. »

Actuellement, la coupe et l’utilisation sont prises en charge par des charbonniers à hauteur d’environ 500 m3. Le Bois Énergie permettra de récupérer le reste du peuplement d’acacias sans altérer les filières locales.

À l’heure actuelle, il existe deux types d’acheminement dans le processus du Bois Énergie :

– De la forêt à la broyeuse :
Le bois est exposé sur le bord de la route forestière. Une fois sec, il est broyé sur place, placé dans des camionsbennes et transporté vers les plateformes afin d’être brûlé.

– De la forêt à la plateforme
Le procédé de départ est identique pour le séchage, mais le bois est cette fois-ci broyé directement sur la plateforme. Cela accélère la procédure générale et permet de gérer une quantité plus importante de matière.

Pour rassurer tout de suite les amoureux de la forêt, notez que la filière Bois Énergie n’utilise que la matière qui n’est pas valorisée sous forme de planche, ameublement ou autres… Si cette nouvelle filière se veut être créatrice d’emplois, l’ONF l’affirme, elle n’impactera pas les filières parallèles. L’objectif est de trouver une solution durable dans le traitement du surplus de bois.
À La Réunion, dans un premier temps, la filière utilisera majoritairement l’acacia. Il s’agit d’une essence peu qualitative pour la transformation, mais qui constitue un excellent fertilisant pour les sols. Suite aux incendies du Maïdo ces dernières années, l’Acacia a été implanté dans la zone pour relancer la reprise de la forêt. Mais cette espèce envahissante a peu à peu grignoté du terrain. Le Bois Énergie doit ainsi permettre de maîtriser la gestion
de cette essence invasive. Le but : relancer la dynamique naturelle des forêts. À travers une coupe tous les 15 ans, la filière Bois Énergie devrait contenir le peuplement d’Acacia dans nos forêts, sans pour autant perdre ses bienfaits sur les milieux naturels. À noter que, dans une moindre mesure, l’ONF propose également l’utilisation des bois de Cryptoméria non valorisés par les filières existantes.

Le lancement de cette nouvelle procédure a un coût pour Albioma. Le groupe doit injecter plusieurs dizaines de millions d’euros dans l’opération. Un enjeu important donc puis ce qu’en phase de pré-test, la filière n’a pas encore pu faire ses preuves et révéler tout son potentiel. Les équipes portent ainsi une attention toute particulière à la bonne qualité de broyage, dont dépend l’efficacité du procédé. Jusqu’à l’horizon 2025, les estimations font état de 1000 m3 de bois à brûler chaque année.

À terme, si les tests se montrent probants, le Bois Énergie pourrait s’intéresser à d’autres fôrets de l’île et à d’autres types d’essences comme le Camphrier ou encore le Filaos. Une chose est certaine, l’ONF ne sera en mesure de fournir qu’une petite partie des quantités de bois nécessaire, une filière d’importation sera donc développée. Les pré-tests sont en cours jusqu’aux mois d’août-septembre 2019. Pour suivre la volonté nationale d’abandonner le charbon d’ici fin 2022, la transition devrait être effective à l’horizon 2023, dans les centrales thermiques du Gol et de Bois Rouge. Soit avec une année de retard sur la métropole. Reste à savoir si cette nouvelle ressource sera suffisante pour permettre une transition énergétique durable.

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