Le Comptoir du Vrac, participer pour consommer autrement

0
1262

Unique en son genre à La Réunion, l’épicerie collaborative le Comptoir du Vrac rend accessible nombre de produits biologiques de qualité, si possible locaux, vendus en vrac. Nichée dans les hauteurs de Saint-Leu, elle prend même parfois l’allure d’un café citoyen. Le secret ? Un fonctionnement participatif et collaboratif. Reportage.

«Tu vois, l’accueil c’est vraiment le point stratégique », explique Maddie à Gina, qui tient entre ses mains la précieuse boite remplie de fiches d’adhérents en carton de récupération. « Ici, on fait de la récup’ avec tout », détaille Karine, 42 ans et «super vrakeuse». Un titre qu’elle tient de sa durée d’engagement «d’un peu plus d’un an » au sein de l’épicerie au fonctionnement atypique, Le Comptoir du Vrac . Maddie, 32 ans, est, elle, est une des deux salariées du Comptoir. Et Gina fait partie des nouveaux membres de l’association, parmi les 380 familles déjà adhérentes. Je vous ai perdus ?

Le modèle américain 

« L’idée de cette épicerie est de rendre accessible au plus grand nombre des produits de qualité, de permettre de consommer des produits zéro déchets, naturels, biologiques. Les produits importés sont certifiés bio. Les produits locaux ne sont pas forcément certifiés, mais ils sont naturels et fabriqués en circuits courts ». Là où les magasins conventionnels bio se font « environ 50 à 60 % de marge à La Réunion », selon Maddie, le Comptoir du Vrac n’en prend que 35%. Une différence, d’environ 25% donc, permise par le fonctionnement collaboratif de la structure. Car pour pouvoir consommer, adhérer et ainsi faire vivre et développer l’épicerie, les bénévoles ont une mission : « La cotisation est de 10 euros par an, par famille. Et un membre de chaque famille doit dédier trois heures mensuelles de son temps  à l’épicerie, sur des créneaux fixes pour des activités comme de l’administratif, de la préparation boutique, de la vente etc. Ils peuvent également intégrer une équipe de travail ou proposer de mener un atelier », explique Maddie.

C’est le modèle américain « Food Cup », né dans le quartier new-yorkais de Brooklyn en 1973 et qui compte aujourd’hui 17 000 adhérents, qui a inspiré les initiateurs du Comptoir du Vrac. « Notre association « Place au Vrac »  avait répondu à un appel à projet de la DIECCTE (Direction régionale des entreprises de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi NDLR). Et ce sont deux anciennes bénévoles, Aurélie -devenues aujourd’hui la deuxième salariée de l’association- et Mélanie, qui ont écrit le projet en août 2016 », explique Maddie. L’association voit donc le jour en février 2017 et ouvre son épicerie en juin de la même année.

Créer du lien

Projection-débats, atelier couture, atelier de confection de boissons, le Comptoir du Vrac se veut être plus qu’une simple épicerie : « le deuxième visage de cet épicerie est le café citoyen, un lieu de partage, d’échange où toutes sortes d’ateliers peuvent être proposés et organisés par les adhérents », développe Maddie. « Quand on vient ici, on créé du lien, on rencontre les gens, ce n’est pas une simple épicerie, c’est beaucoup plus que ça », s’émeut une des adhérentes, tout en remplissant son bocal d’amandes.

Vapeur* (nom d’emprunt), 64 ans, a entendu parler du Comptoir par «  le bouche à oreille. il y a déjà quelques mois. Mais j’ai mis un petit moment à m’y rendre, n’ayant pas de voiture », explique le sexagénaire. Oui, car si le Comptoir du Vrac est bien indiqué une fois arrivé à Piton Saint Leu, son accès n’est pas si facile et peu de bus desservent l’endroit. Mais « curieux de ce modèle coopératif et désirant consommer et cuisiner « de vrais produits de l’agriculture raisonnée», le saint-louisien ne regrette pas son choix. « C’est un lieu plein de vie, plein de produits et l’on peut échanger, discuter avec les gens. Ça fait du bien ! »

La convivialité est effectivement reine dans ce lieu. Et elle commence dès l’entrée du local, par un grand «Bienvenue à Zot» en lettres capitales peint sur une planche en bois surplombant un lourd portail en métal. Un portail derrière lequel s’ouvre une véritable cour des miracles, au bon sens du terme : entre un potager, une petite buvette en bois, des tables en bois, des murs aux fresques colorés, on se sent comme à la maison. Au milieu de tout cela, les bénévoles accueillent les nouveaux ou futurs adhérents, expliquent le fonctionnement, prennent le temps de faire visiter les lieux. Et ce samedi, l’association Réunisel -une association d’échanges de savoirs, de pratiques et d’objets entre particuliers – y a même pris ses quartiers sous les parasols dépareillées du Comptoir pour y mener une réunion. «On accueille parfois d’autres associations afin qu’ils puissent avoir un espace où échanger, où travailler. Une pratique qu’on aimerait développer davantage. », explique Maddie.

Lieu symbolique

Pour en arriver là, la salariée et ses acolytes n’ont pas chômé. « Quand on a intégré les lieux, tout était rouillé, vieux, il y avait des barbelés, des pics en ferrailles partout. On a fait un appel sur les réseaux sociaux. Et le jour où a commencé les travaux, 15 personnes nous attendaient devant le local ! ». 140 mètres carrés à remettre en état. 140 mètres carrés symboliques pour l’association: « Ce lieu a été une pizzeria pendant un an, mais avant ça, c’était une boutique de quartier, qui le faisait vraiment vivre », explique Maddie. « On souhaite retrouver ce côté boutique du coin et s’implanter vraiment dans le quartier ». Une zone qui n’a pas été choisie par hasard puisqu’elle fait partie des quartiers dits « prioritaires » de La Réunion. « On souhaite s’ancrer véritablement dans le quartier et transmettre des pratiques plus responsables de consommation au plus grand nombre mais également aux habitants du coin ».

Sur les étagères en bois trônent une trentaine de bocaux remplis de graines improbables, de farines, de pois, de pâtes. On trouve également du miel, du thé, de la bière et même des produits d’hygiène ou de cosmétiques. Dans la friperie, qui fait également office de librairie et de magasin de jouets pour enfants, on croise Rova, 37 ans, bénévole depuis 2017, venue avec son fils de deux ans et demi. «Ici, j’ai touché à tout : la vente, la gestion des stocks, la compta. Cet engagement est la suite concrète de mes actions alternatives au quotidien. Je veux aujourd’hui pouvoir être responsables de mes achats ». Des achats qui peuvent être effectués parmi plus d’une centaine de références, du mercredi au samedi de 16h à 19h30, ainsi que le 1er et le 3ème samedi du mois de 9h30 à 12h.

Et quand on lui pose l’éternelle question d’essaimer son modèle sur d’autres parties de l’île, Maddie sourit : «On nous le demande au moins une fois par semaine… mais pour l’instant, on encourage les personnes ne résidant pas à côté de l’épicerie à se grouper, faire des commandes en gros. Et à terme, avec plus de moyens, on espère pouvoir s’implanter ailleurs». Aujourd’hui, pour accéder à un niveau d’autonomie totale, le Comptoir du Vrac se concentre essentiellement sur le développement de ses actions, la diversification de ses produits, la formation de ses bénévoles, tout âge et milieu confondus. «La plus jeune de nos adhérentes à 12 ans et elle adore faire la buvette -sans alcool évidemment- », plaisante la jeune femme. Comme La Louve à Paris,  La Chouette Coop à Toulouse, La Cagette à Montpellier, Scopéli à Nantes ou L’éléfàn à Grenoble… le modèle du supermarché coopératif n’a pas fini de s’installer dans nos villes.

Alors, tous à vos bocaux !

Plus d’infos sur leur page Facebook: https://www.facebook.com/epiceriecollaborative ou par mail:

Commentaires

Publicité