Les chemins de l’industrialisation

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S’appuyant au départ sur ses piliers historiques, l’agriculture et la construction, l’industrialisation actuelle s’est construite dans le cadre de la départementalisation en cinquante ans, soit une génération.

Après la guerre, il lui faudra attendre encore une bonne dizaine d’années avant de voir de nouveaux moyens financiers et techniques se déployer à la Réunion. La départementalisation est votée le 19 mars 1946, mais, confronté au défi de la reconstruction de l’économie hexagonale, l’État tarde à s’investir dans le développement de l’île. La Réunion n’en continue pas moins d’avancer à son petit rythme durant cette période, avec ses propres forces. Des projets novateurs se concrétisent, à l’exemple de la conserverie de Villeneuve.

La seconde moitié des années 50 voit enfin le lancement des premiers grands programmes d’équipement. Au tournant des années 50-60, l’économie frémit. Un secteur de petites industries plus diversifié commence à se constituer à côté des piliers que représentent l’industrie sucrière et le BTP. Avec les programmes d’infrastructures, les mesures sociales, un secteur public renforcé, les facteurs de la croissance se mettent en place. C’est alors qu’une génération de jeunes entrepreneurs entre en piste. Les projets vont vite se multiplier, soutenus par l’électrification de l’île et par un secteur financier qui se développe.

Le bâtiment et les travaux publics décollent. La coopération agricole commence à s’organiser. La filière bovine laitière montre l’exemple. Avec l’élévation du niveau de vie, l’alimentation devient la priorité des dépenses des ménages qui découvrent la société de consommation. Les industries de la boisson sont parmi les premières à en profiter. La première franchise de production, Orangina, est obtenue en 1959 par Chane-Hive. Les projets fleurissent à partir des années 60 : brasseries, boissons gazeuses, conserverie, production de lait et de sous-produits du lait, biscuiterie, boulangerie, travail des grains et du riz, etc. Pour accueillir les entreprises, les premières zones d’activité voient le jour au Port et à Saint-Pierre.

Dans la décennie 70, l’élan économique se confirme et s’accélère. Ce sont des années charnières pour le développement de la Réunion. L’industrie locale y fonde ses bases dans de nombreux secteurs, portée par la construction de logements et l’élévation du niveau de vie. Des petites industries pour l’équipement de l’habitat et pour l’équipement de la personne voient le jour. Mousse plastique, détergents ménagers, textile et habillement, emballage, fabrication de papier à partir de la bagasse, mais aussi matériaux de construction, pêche industrielle et conserverie de poissons, raffinerie de pétrole, datent de ces années-là.

Cette période voit naître les entreprises qui sont devenues les piliers de l’industrie actuelle. L’éventail des métiers s’étoffe. L’esprit d’entreprise bénéficie en outre de l’arrivée d’entrepreneurs ayant quitté Madagascar après la révolution de 1972. Et c’est ainsi qu’en 1977 l’industrie locale emploie déjà 4 000 personnes.

Ce mouvement voit aussi les importations exploser, et les industriels de La Réunion éprouvent le besoin de s’unir pour réfléchir en commun à l’avenir. Ils veulent défendre auprès des pouvoirs publics leur vision d’une Réunion productrice, créatrice de richesse, de savoir-faire et d’emplois. L’association des industriels de La Réunion (ADIR) est créée en 1975, à une époque où rien n’est acquis.

La stratégie de l’import-substitution ouvre des perspectives mais la concurrence devient aussi de plus en plus vive. Dans tous les secteurs, les importations ont tôt fait de menacer un tissu industriel dynamique, mais fragile du fait de l’étroitesse de son marché et de ses coûts de production. Et la problématique ancestrale de l’éloignement des sources d’approvisionnement prend alors une nouvelle dimension : celle d’un handicap de compétitivité face à la concurrence des produits fabriqués en grande série pour le marché métropolitain. Rénové, le vieil octroi de mer issu de l’Ancien Régime, qui taxe les produits entrant sur le territoire, se voit attribuer une nouvelle mission : celle de protéger l’industrie locale en train d’éclore.

 © Crédits photo : Pierre MARCHAL

L’industrie réunionnaise, une réussite historique

 

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