L’industrie réunionnaise, une réussite historique

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Le décollage de l’industrie réunionnaise, dans les années 60 et 70, n’a pas seulement mis un terme à près d’un siècle de stagnation économique. Il a largement contribué au renouveau de l’identité réunionnaise, dans une société ouverte à toutes les influences de la modernité.

Jusqu’où remonter dans le passé pour trouver les racines de l’industrie réunionnaise ? La Réunion était une île déserte quand elle fut colonisée au XVIIème siècle par la France. La Compagnie des Indes orientales en acquit la propriété pour servir d’escale sur la route des Indes et pour développer des cultures d’exportation : épices, café, et plus tard sucre de canne. Ainsi, dès le début, l’île fut assimilée à un projet économique et intégrée dans un courant d’échange, qui la reliait d’un côté à l’Europe et de l’autre à l’Asie.

La page suivante de l’histoire appartient à l’industrie sucrière. Celle-ci s’impose au lendemain de la déflagration napoléonienne pour compenser la perte, aux Caraïbes, de Saint-Domingue, et dans l’océan Indien, celle de l’Île de France conquise par les Anglais. L’île alimente la France en sucre de canne, et son destin agricole se double alors d’une vocation industrielle qui ne la quittera plus. L’île Bourbon devient une terre de fabriques de sucre. Elle comptera plus de 200 sucreries au début du XIXème siècle.

Dès cette époque, entre production, transformation et expédition, les problématiques d’une industrie insulaire éloignée de son marché sont déjà posées : le transport, la compétitivité car d’autres terres à travers le monde produisent du sucre de canne, et plus tard viendront la concurrence du sucre de betterave et les aléas du cours du sucre, etc.

La crise qui clôt l’âge d’or réunionnais du sucre de canne survient en 1863. Elle n’a pas que des causes naturelles (attaque du borer et cyclones à répétition). Elle est liée aussi à la levée par Napoléon III des protections douanières qui favorisaient jusque-là le sucre colonial. Loin de baisser les bras, l’industrie sucrière réagit en se restructurant et en se modernisant. Ses usines s’équipent de machines à vapeur…

Mais il n’y a pas que le sucre qui traduise l’évolution économique de la Réunion à cette époque. À partir de 1882, le chemin de fer accélère le transport de marchandises et de passagers entre les différents quartiers. Le port en eau profonde de la Pointe des Galets entre en service en 1886, facilitant le transport maritime. À l’approche de la fin du siècle, La Réunion reste une économie de comptoir, mais avec bientôt 300 000 habitants, un artisanat local peut éclore pour fournir des produits et des services de base : huile, bière, bougies, éclairage à l’hydrogène liquide, machine à glace… La Réunion n’est pas coupée du progrès, et la seconde moitié du XIXème siècle voit, par exemple, l’apparition de l’imprimerie et la naissance d’une presse locale d’opinion. L’esprit d’entreprendre est vivace dans la colonie, comme le montre la forte délégation réunionnaise qui présente les produits de la colonie à l’exposition universelle de 1900. Il s’enrichira de l’arrivée de populations nouvelles, chinoises et indo-musulmanes, qui bientôt, elles aussi, deviendront les viviers de nombreux entrepreneurs.

Toutefois, alors que la colonisation de Madagascar bat son plein et mobilise nombre de Réunionnais, les projets à La Réunion se heurtent au manque cruel d’infrastructures, de moyens de financement et d’énergie électrique. Sans électricité, pas de développement possible. La question du manque d’énergie sera récurrente jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. L’île se modernise donc très lentement. Automobile, avion, télégraphe, radio, téléphone, font leur apparition, mais seule une petite partie de la population en profite.

Au plan économique, la frustration est d’autant plus forte qu’une nouvelle génération de jeunes entrepreneurs-décideurs, en phase avec leur époque, émerge. À l’image d’Anatole Hugot qui, dès 1930, propose d’exploiter l’énergie hydraulique à Takamaka pour produire de l’électricité. Ainsi, au seuil de la Seconde Guerre mondiale, la colonie ne manque pas de volonté, ni de projets, mais de moyens.

© Crédits photo : lithographie de Roussin

 

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