Marie Ferté, lycéenne et militante

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Elle a loupé la rentrée d’un jour… mais pour la bonne cause. Du haut de ses 17 ans et de son charmant sourire, l’Avironnaise Marie Ferté a représenté La Réunion et même tout l’Outremer samedi dernier en Normandie, lors de la finale du 22ème concours national de plaidoiries des lycéens, organisé par le Mémorial de Caen, à l’occasion des 70 ans de la Déclaration universelle des droits de l’Homme.

« Faute d’enseignant, Djoura, 9 ans, a déjà perdu des mois entiers de sa scolarité. En 2017, sa rentrée en CM1 s’est faite sans instituteur. Et si comme Djoura j’avais été scolarisée dans le 9-3, aurais-je eu les mêmes ambitions ? »

Marie est en terminale au lycée des Avirons. Une brillante élève, consciente de la chance qu’elle a eue. Et déterminée à donner de la voix pour que l’égalité dans l’éducation soit un jour autre chose qu’un vœu pieux.

Arrivée en finale du concours de plaidoiries, elle a affronté le jury, présidé par le célèbre auteur de BD Philippe Geluck, dans le grand amphithéâtre de la ville historique normande. Elle était en concurrence avec les douze autres finalistes des régions de métropole et des lycées français de l’étranger.

« Je n’ai pas fini sur le podium, mais je suis très fière de ma prestation quand même. Un membre du jury m’a expliqué en aparté que mon sujet attaquait l’Éducation nationale, dont faisaient partie certains jurés. J’ai notamment parlé du manque de moyens, ça a pu gêner ».

Depuis l’an dernier, elle s’est préparée avec sa prof d’histoire de première. Elle a travaillé sur un sujet plus que sensible : « Éducation : certains sont plus égaux que d’autres ». « J’ai essayé d’éviter les sujets habituels – enfants soldats, femmes battues, migrants – et j’ai pris clairement partie dans ma plaidoirie ».

Pour autant, elle a travaillé de manière très carrée. Elle s’est notamment plongée dans deux études de cas : une sur le manque d’enseignants, et l’autre sur la foule invisible des contractuels de l’Éducation nationale, lâchés dans l’arène parfois sans la moindre formation. « Il y a de tout, des architectes, des banquiers ou des gens de la grande distribution qui se retrouvent devant une classe du jour au lendemain ». Elle a recueilli des témoignages auprès des associations de parents d’élèves pour faire vivre sa plaidoirie à partir de cas réels. Bref, un vrai travail d’investigation et de terrain, en plus de la découverte de l’art de discourir : une compétence que tout le monde n’a pas spontanément ! « J’ai eu l’occasion de discuter avec Philippe Geluck, qui m’a confié qu’il aurait eu trop de trac à cet âge pour faire ce genre de choses ! » Pour sa part, c’est sur les greens qu’elle part chasser le trac, et plusieurs fois on l’a retrouvée au championnat de France de golf.

Justice-addict depuis toujours

Élève de terminale ES au lycée Saint-Exupéry des Avirons, Marie espère intégrer Sciences Po l’an prochain. Sinon, elle s’inscrira à l’université, pour une double licence de droit en français et anglais, dans le but de devenir avocate en droit international. « On m’a dit que j’avais déjà de bonnes aptitudes», se réjouit-elle.

Autour d’elle, personne n’a opté pour ce secteur professionnel. Sa maman est conseillère Pôle emploi, son père employé dans une entreprise de fromage, et son beau-père enseigne dans son lycée. Ses deux frères sont cuisiniers, et sa grande soeur travaille dans le graphisme. Elle est la révoltée de la famille. « J’ai toujours été sensible à l’injustice, que ce soit au lycée ou dans la société, me disant que je ne pouvais pas rester sans rien faire pour agir ». Lors des gilets jaunes, elle n’a pas gardé ses mains dans les poches. « C’est pour moi un combat juste même si la forme me gênait parfois comme quand les cours étaient empêchés ».

Son top 3 des injustices qu’elle aimerait voir évoluer ? « L’égalité dans l’Éducation, car c’est un cercle vicieux qui aggrave l’inégalité sociale. Le droit à l’avortement dans le monde : on est loin de pouvoir disposer de son corps de la même façon partout. Et les sans-abris, bien sûr, une image à laquelle malheureusement on s’est trop habitués ».

À noter aussi la 3ème place de la Saint-Andréenne Caroline Lai Kane Cheong, du lycée Mahatma Gandhi,  sur le thème « La lutte pour la libération des femmes noires ».

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