Mettre en place des ambassadeurs de la gentillesse à La Réunion « J’étais profondément en colère contre les injustices »

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Son créneau : la gentillesse ! Joëlle Saw Cam Freve est une professeur de mathématiques pas tout à fait comme les autres. En novembre prochain, pour la semaine mondiale de la gentillesse, elle organisera son 3e flashmob dans le parc de la Trinité à Saint-Denis. Son souhait : structurer une « tribu d’ambassadeurs de la gentillesse » à travers l’île.

 

Vous organiserez en novembre au Parc de la trinité à Saint-Denis, un rassemblement « Dance For Kindness ». Pourquoi un tel rassemblement ?

En 2014, j’ai organisé ce flashmob dans mon collège à la demande des élèves. L’année d’après je l’ai « ouvert » à tout public. Depuis 2015, j’organise ce rassemblement au parc de La Trinité à Saint-Denis pour faire partie de la grande célébration mondiale pour la gentillesse. La danse, la musique, le collectif, tout est prétexte à rassembler les gens autour des valeurs en règle générale et de la gentillesse en particulier. En 2015, l’évènement s’est tenu dans 100 villes, 50 pays tout autour du monde avec plus de 12 000 participants. Depuis 2016, ce sont 120 villes et 50 pays tout autour du monde.

Quels sont les actions de ce mouvement ?

Le mouvement réunionnais a 2 grosses actions : La semaine mondiale de la Gentillesse – la semaine de novembre qui contient le 13 novembre, journée mondiale de la Gentillesse, et Le Stand de la Gentillesse au festival de Noël du Conseil Départemental « Au Bonheur des Enfants » qui a lieu tous les ans au Jardin de l’Etat.
Cette année pour la journée Mondiale de la Gentillesse, nous avons plusieurs rendez-vous : Le samedi 9 novembre de 18h à 21h, au Collège Les Deux Canons. Ce sera une Soirée Conférence sur le thème de l’Éducation Positive et Scientifique. Le dimanche 10 novembre aura lieu le flashmob sur le Parc de La Trinité. Enfin, Le samedi 16 novembre de 18h à 21h, au Collège Les Deux Canons. Ce sera une Soirée Ateliers sur le thème de l’Education et de la Parentalité Positive. Il y aura également aussi plusieurs évènements privés dans les écoles.

« D’autres voient la bienveillance comme du laxisme… »

Comment réagissent les gens à qui vous parler de gentillesse, de bienveillance ?

Ils ne comprennent pas toujours. Quand on parle de psychologie positive, ou de n’importe quoi de positif, certains se mettent sur la défensive en pensant qu’on sous-entend alors qu’ils sont négatifs. Il faut revenir aux origines de la Psychologie Positive. Au départ, la Psychologie ne s’occupait que des gens qui n’allaient pas bien, voire qui avaient des pathologies. La Psychologie Positive a été créée avec le but de se préoccuper du bien-être de tous, un peu dans l’idée de faire du préventif et pas uniquement du curatif. Mais les deux versants sont nécessaires et complémentaires.
D’autres voient la bienveillance comme du laxisme… Et ils s’indignent que la bienveillance créée des enfants gâtés pourris. C’est parce qu’ils croient que pour être bienveillant, il ne faut pas de cadre, or, celui-ci est fondamental.

Que répondez-vous à ceux qui disent « trop bon trop con » ?

Qu’on n’a pas la même définition de la bonté, de la bienveillance, de la gentillesse. Il n’empêche que la question de l’équilibre est essentielle. Être bienveillant, c’est veiller au bien d’autrui, mais sans s’oublier, il s’agit d’être authentique, en phase avec ce qu’on donne, dans le respect de soi.

« J’étais épuisée de lutter toujours contre tout… »

Quel est le déclic qui vous a amené vers cette démarche personnelle ?

L’épuisement. Je travaille en Collège en réseau d’éducation prioritaire +. J’étais épuisée de lutter toujours contre tout : contre la violence, contre le harcèlement, contre le décrochage scolaire, contre le système et l’institution qui peuvent être véritablement maltraitants, contre les anti-bienveillance… J’étais profondément en colère, contre les injustices, contre les incohérences du système, contre les gens en pilotage automatique, contre car ils existent aussi, les personnes intentionnellement malveillantes… Je ne voulais plus lutter contre mais mettre toute cette énergie à œuvrer pour… C’est tellement plus enthousiasmant, motivant, efficace, en fait. J’ai eu l’occasion d’en parler lors d’une conférence TedXSaintDenisWomen : « De la Colère à la Bienveillance ».

« Ma pédagogie à l’époque n’est plus du tout celle que j’ai aujourd’hui »

Quelles actions avez-vous déjà mis en place pour partager votre démarche ?

J’enseigne depuis 2002. Certes ma pédagogie a l’époque n’est plus du tout celle que j’ai aujourd’hui, mais j’ai le sentiment d’avoir toujours œuvré quotidiennement et de plus en plus dans cet état d’esprit.
À partir de 2015, j’ai porté cette Semaine Mondiale de La Gentillesse à la Réunion, avec des temps de conférences, des actions dans les écoles, l’investissement des jeunes au service des jeunes, le flashmob, le stand de la Gentillesse en décembre, mais aussi 2 autres actions : Vous êtes Super et The Biggest Eye Contact Experiment.
Mon parcours suit mes enfants, je m’investis bénévolement dans tout ce que je trouve important pour eux. C’est comme cela que je suis entrée dans mes différentes associations : crèches bio-écolo, agriculture biologique, haut potentiel, maison de naissance… Il y aussi toute la dimension humanitaire et artistique qui m’appelle avec Léz’arts d’ici, une compagnie d’évènementiel, TEDx les conférences pour les idées qui méritent d’être partagées.

Quelles sont celles que vous aimeriez mettre en place ?

J’aimerais structurer une Tribu d’Ambassadeurs de Gentillesse qui pourraient intervenir bénévolement pour ceux qui en ont besoin. Je l’ai déjà beaucoup fait, mais j’aimerais vraiment avoir ce vivier de jeunes, que j’outille, que je forme, que j’accompagne, que je soutiens.
Avec les Jeunes, nous avons déjà été dans les Hôpitaux pour Noël et Mardi-Gras, dans les structures d’accueil pour les enfants placés, dans les écoles. Nous sommes intervenus pour la Journée Mondiale des personnes âgées, pour la Journée Mondiale des personnes handicapées, nous sommes allés servir les repas pour le Noël d’Emmaüs. Chaque action nous a tous fait grandir.
J’ai aussi besoin d’une équipe adulte. Je suis souvent seule pour organiser, décider, piloter. Je n’ai jamais eu et pris le temps de faire des dossiers de demandes de subventions. Chaque année, je me retrouve à mettre de ma poche pour le matériel, payer le bus ou le repas des jeunes.

Quel est votre parcours ?

J’ai passé un CAPES de Maths, je suis donc professeur de Maths en Collège. Chaque année, j’ai fait des formations sur tout ce qui me semblait utile pour aider les élèves : écoute active, communication non violente, troubles des apprentissages, haut potentiel, méditation de pleine conscience, éducation positive et scientifique…
À chaque fois que cela me plaisait particulièrement, et que je le pouvais, j’ai passé la formation de formateurs. Je suis donc habilitée à animer les ateliers de parentalité positive de la méthode « Faber & Mazlich » et je suis également formatrice académique et formatrice en éducation positive et scientifique.

© Crédits photo : NDLR

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