Portail iThaque : Pour (enfin) plus de produits locaux dans nos cantines

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Mettre des produits locaux dans les assiettes de nos marmailles. L’ambition du portail iThaque est pleine de bon sens, particulièrement contemporaine et répond à un enjeu économique important. Pour autant, le chemin pour faire de cet outil une solution est long et semé d’embûches. Mais c’est sans compter sur l’énergie et la bonne volonté déployées par son créateur. Parcours.

Carottes râpées d’Australie en entrée. Bœufs de métropole en plat. Pommes d’Afrique du Sud en dessert. Non, il ne s’agit pas du menu d’un restaurant vantant les « cuisines du monde » mais de ce qu’on trouve quotidiennement dans les assiettes de nos marmailles à la cantine. Si un tel non-sens économique et écologique en irrite plus d’un, Jean-Luc Lesizza a, lui, décidé de franchir le pas et passer à l’action.

« On a lancé le projet iThaque en 2014, se souvient-il. On a commencé par des études de consultation et des ateliers pour sensibiliser les collectivités et les fournisseurs et comprendre pourquoi il y avait si peu de produits locaux dans les menus de la restauration scolaire ». Il n’est alors qu’au début de sa vaste opération d’évangélisation. « Nous avons tout de suite eu de bons retours sur le concept et ses intentions, mais nous nous sommes aussi rapidement heurtés aux difficultés liées aux aspects pratiques », témoigne-t-il.

« L’outil, même s’il est important, ne fait pas tout »

Pourtant, Jean-Luc Lesizza n’est pas un novice. Ni même un amateur. Il dirige depuis 1997 la société Micronotes, qu’il a lui même fondé. « Une partie de notre activité consiste notamment à dématérialiser les commandes de la grande distribution, explique-t-il. Nous avons donc une bonne connaissance de la chaîne d’approvisionnement et des moyens pour limiter les coûts ». En toute logique, le portail iThaque s’appuie sur cette expertise.

D’un point de vue pratique, il est construit à partir de trois modules. « Il y a une partie catalogue, qui permet aux acheteurs d’avoir une visibilité sur les produits via des fiches normées, détaille son fondateur. Il y a une partie planification pour organiser ses achats sur plus d’un an afin, notamment, de permettre à l’offre d’anticiper les besoins et se structurer. Il y a enfin une troisième partie qui centralise les demandes d’approvisionnement pour, entre autres, mutualiser l’acheminement ».

On l’a compris, le portail est particulièrement complet et bien pensé. « Mais l’outil, même s’il est important, ne fait pas tout. D’autres paramètres entrent en jeu, assure Jean-Luc Lesizza. . Il y a bien une volonté politique, nous avons d’ailleurs travaillé avec le Conseil Départemental et la DAAF (ndlr Direction de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt de La Réunion) sur ces questions, mais la mise en place est compliquée ». En matière de marchés publics, car c’est bien de cela qu’il s’agit, il est en effet long et compliqué de faire évoluer les usages et les mentalités.

iThaque lorgne sur la métropole et l’Espagne

Preuve néanmoins que l’initiative portée par le portail iThaque est au cœur des enjeux actuels, les politiques publiques s’en mêlent. Il y a un an, en avril 2018, un amendement au projet de loi agriculture et alimentation a été voté à l’Assemblée Nationale pour qu’au moins 50% de produits locaux ou issus de l’agriculture biologique composent les repas de la restauration collective publique. A La Réunion, sous l’impulsion de la CPME Réunion, le SBA (Stratégie du Bon Achat) impose également des critères pour que la commande publique privilégie les entreprises locales et serve ainsi d’avantage l’économie du territoire.

La patience de Jean-Luc Lesizza devrait donc finir par payer. « On finalise la phase pilote et commençons la commercialisation. Nous sommes d’ailleurs en discussion avec la Chambre d’Agriculture et les filières », s’avance-t-il. Mais il voit déjà plus loin. En plus d’ajouter des fonctionnalités à son portail, comme le développement de nouveaux canaux de distribution en misant sur les circuits-courts, il souhaite l’exporter. « iThaque est basé sur un fonctionnement en écosystème. Chaque groupement peut avoir son propre portail », explique-t-il. Il aurait déjà des touches en métropole et en Espagne. Exporter des solutions intelligentes plutôt qu’importer des produits frais, certains on fait leur choix…

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