Recyclage du fêtard

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À partir de quel moment peut-on être considéré comme un fêtard ? La question est plus complexe qu’elle en a l’air.

De Saint-Denis (974) à Saint-Denis (93), le profil est identique.

De la nuit blanche hautement interlope à l’apéro à rallonge, en passant par le bal-popu déglingué ou le tête-à-tête sur-arrosé, chacun voit minuit à sa porte.
Le noceur est un être multifacettes dont le dico donne une définition archi-synthétique : « Noceur : personne qui aime faire la noce, Viveur, fêtard, débauché ». La description est aussi simpliste que lapidaire. Alors, essayons d’approfondir. Amphète (ndlr : désolé), le fêtard, c’est celui qui commet l’acte d’oubli de sa réalité fondamentale. Il désorganise ses valeurs sociales responsables pour mieux réveiller ses pulsions instinctives de confort socio-affectif immédiat. Faire la fête est un affront à l’ordre établi, une démarche libertaire caractérisée par un insolent besoin d’intemporalité instantanée que l’on souhaiterait éternelle, un envol vers l’évanescence de la jouissance sentimentale.

De l’importance de l’apéro

Ha ! L’apéro. Avec un grand A. L’apéro, c’est la rampe de lancement du fêtard. Le décollage. L’instant magique qui métamorphose le noceur en apprenti-spationaute du comptoir. Prologue impérativement convivial de votre aventure intérieure nébulesque, l’apéro, c’est le début de la fin, le frisson de l’entrée en scène de l’artiste de l’agitation somnambule : votre perception festive s’aiguise alors que vous maîtrisez encore votre standing d’humain désincarné de ses contraintes matérialistes. Vous franchissez le pas de l’au-delà nocturne. L’apéro, tout comme le dîner, c’est l’adieu officiel à la rigidité vitale, le passage de la frontière entre le jour et la nuit.

Fumette, alcool and co(co)

Qui dit fête, dit alcool. Et plus si affinités. Les bérets rouges de la java qui n’abusent pas de modificateurs de comportement, tolérés ou non, sont assez rares. Nez rouges, regards humides, cernes accablantes, les fêtards immodérés sont détectables au premier coup d’œil. Pourquoi en arriver là ? Une seule et unique raison : parce que les substances interdites ou à déguster en toute modération amplifient votre acte d’auto-libéralisation comportementale.

La fête, c’est l’oubli de la terrible et banale mesquinerie du quotidien, le passage de l’attraction terrestre diurne à un état d’apesanteur délibérément amnésique. Et ce statut nirvanesque, vous ne pouvez y accéder qu’en bravant les codes de la sobriété.

« La réalité est une hallucination provoquée par le manque d’alcool » écrivait un philosophe dans un élan de lucidité exemplaire. L’alcool, comme la fumette, est à l’évasion festive ce que le turbo à injection est au moteur diesel : un antidote à la lourdeur, un sas d’accès à la légèreté. A condition de ne pas s’éterniser dans la zone rouge de l’abus. Vos organes nobles vous le feront payer au prix fort.

L’appel de la nuit

C’est acquis : le début de l’acte de fête est le point de fusion du réel diurne et de l’imaginaire nocturne. À de très rares exceptions près, c’est une fois le soleil bordé que s’éveillent les pulsions festives du commun des mortels. Le noir, la libertaire couleur du ciel lorsque la nuit est tombée, est un appel à la révolte ludique. Un exemple concret. Empester le gin-to à trois heures de l’après-midi est une attitude jugée antisociale par la majorité des individus, fêtards ou non. A l’inverse, tituber au petit matin pourra être normalement considéré comme une apogée tutoyant l’héroïsme. Celle d’une longue croisade nocturne féérique.

La nuit, traditionnellement plus permissive que le jour, c’est l’indispensable enveloppe charnelle du fêtard. Son espace naturel de libre expression, sa chasse gardée. Au contraire de l’abstinent festif vivant au rythme de la lumière, le bringueur a besoin d’ombre lunaire pour assumer sa condition sans contraintes.

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