Réunion Rando sous la lave

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A La Réunion, le volcan a façonné d’innombrables tunnels de lave au rythme de ses coulées. Les plus anciens remontent aux origines de l’île, les plus récents sont à peine refroidis. Leur exploration est longtemps restée l’affaire de quelques spéléologues passionnés. Mais depuis peu, ils sont l’objet d’une activité touristique en plein essor. Après la terre, après la mer, les visiteurs curieux y découvrent une autre facette de l’île : un improbable décor souterrain, une invite au merveilleux.

Quoi de commun entre un sarcophage, un requin et un fer à repasser ; un dodo, une banquette de moleskine et un rail de wagonnet ? Rien, sauf qu’on trouve tout cela dans les tunnels de lave réunionnais !

« Il faut imaginer La Réunion comme un unique massif volcanique, explique Andrea Di Muro, ex-responsable scientifique de l’Observatoire volcanologique du Piton de la Fournaise. L’activité tellurique y est encore très intense. Chaque fois que le volcan se réveille, les débordements de lave peuvent façonner de nouvelles cavités. »

Dans ces moments de créativité, Dame Nature s’amuse à dessiner d’improbables décors souterrains : pilier néoclassique, bas-relief au style pompier, faux-plafond finement sculpté, mur de bardeaux, sol en béton ciré…

Les entrailles du volcan ont parfois des allures de monstre vivant. Tel le Capitaine Achab dans le ventre de la baleine, on se prend à l’entendre respirer tandis que ses boyaux suintent d’humidité.

Ce milieu sombre et inquiétant est depuis toujours l’objet d’une fascination mystique, entre attirance et aversion. Pas d’ombres portées dans ces couloirs en forme de train fantôme. Un néant d’obscurité, en somme, parfois troué d’un rai de lumière quasi-divine aux rares endroits à ciel ouvert où la voûte s’est effondrée.

Rien de surnaturel pourtant. « Ce relief et ces formes sont dus à un phénomène bien connu, explique Anthony Finizola, professeur au laboratoire de géosciences de l’Université de La Réunion. Lorsque la lave s’écoule, les couches de surface se refroidissent au contact de l’air et forment une carapace dans laquelle un flux très fluide continue de dévaler au rythme de la pente. Dès que la source se tarit, le boyau se vidange complètement par sa sortie. Au final, il ne reste plus qu’un tunnel. »

A l’inverse des cavités karstiques, qui résultent d’un long processus d’érosion, le temps nécessaire au développement de ces tubes de lave est très court : une semaine à quelques mois à peine. Juste le temps qu’il faut pour pétrifier la pâte épaisse en des formes étonnantes : grappes de fruits figées au plafond, stalactites de basalte, perles de lave collées comme des châteaux de sable !

Chacun y voit ce qu’il veut, mais comment ne pas être stupéfait par ces rouleaux de cordes nouées, ces gradins rouge-sang aux contours noir de jais, ces troncs d’arbres engloutis par un flot bouillonnant et dont il ne reste que la forme en creux !

Ile gruyère, La Réunion renferme pléthore de ces conduits de lave souterrains. Dans la foulée du formidable déchaînement de matière qui a vu l’île émerger des flots voici 4.5 millions d’années, bien des cavernes sont nées dans les soubresauts du volcan.

La plupart de ces cavernes sont proposées à la visite depuis des années. Mais l’activité a longtemps tardé à décoller, restant l’apanage des scientifiques et des amateurs éclairés.

« Les gens préféraient voir le volcan du dessus plutôt que du dessous, constate Ludovic Marconnot, guide de montagne assermenté. Ce sont les dernières coulées qui ont relancé l’intérêt. Tout à coup, ce qui n’était qu’affaire de passionnés est devenu un vrai produit touristique. »

De ce point de vue, la coulée d’août 2004 constitue la visite la plus ahurissante qui soit. Son tunnel serpente sur 750 m, en amont et en aval de la route nationale du Grand Brûlé, la fameuse « route des laves ».

Hormis quelques rares éboulis, il est tel que la coulée l’a façonné ; avec ses formes bizarroïdes et ses galeries superposées, ses dégueuloirs de pouzzolane qui succèdent à des rampes lisses comme des toboggans, ses dédales étroits débouchant sur de vastes cathédrales.

« L’activité a beau être en plein essor, quand on est là-dessous, on a toujours l’impression d’être seul au monde », relève Fred Mélon, l’un des rares guides spécialisés ayant l’agrément nécessaire pour vous y mener.

Rien ne dit que ce tunnel restera. Lui-même est d’ailleurs né sur une coulée antérieure, celle de 2001, qu’il a presqu’entièrement recouverte !

« Du fait du relief, la région entre Saint-Philippe et Sainte-Rose est propice à ce type de coulée, reprend Fred Mélon. Quand elle jaillit des flancs du volcan, la lave atteint régulièrement la côte. Ce n’est pas pour rien que la route est refaite si souvent ! »

La coulée de 2007 en est le plus récent exemple. Epaisse de 60 mètres, large de 1.2 km, elle abrite un autre tunnel qui suscite déjà toutes les convoitises ! La Réunion pourra alors s’enorgueillir officiellement d’un titre qu’elle possède déjà : celui de rare site mondial où l’on propose cette activité sur des coulées aussi récentes !

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